Haïti : information sur le traitement réservé aux ressortissants haïtiens qui retournent en Haïti après un long séjour à l’étranger, particulièrement ceux qui reviennent du Canada, et sur le traitement réservé aux membres de leur famille par la société, les groupes criminels et les autorités en Haïti; la protection offerte par l’État (2024-juillet 2025) [HTI202375.EF]

Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada

1. Aperçu

Un outil de suivi en ligne fourni par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations Unies présente les statistiques suivantes concernant le nombre d’Haïtiens expulsés depuis 2021 :

Année Hommes % Femmes % Enfants % Total
2021 11 750 59,9 4 711 24,0 3 169 16,2 19 630
2022 26 250 66,5 8 163 20,7 5 048 12,8 39 461
2023 151 234 69,8 43 928 20,3 21 515 10,0 216 677
2024 154 221 77,4 34 725 17,4 10 232 5,2 199 178
2025
(jusqu’au 28 juillet)
101 081 68,0 35 008 23,5 12 575 8,4 148 664
Total 444 536 71,3 126 535 20,3 52 539 8,5 623 610

(Nations Unies 2025-07-28).

Le même outil présente les données suivantes sur les expulsions d’Haïtiens par pays :

Pays de provenance Année Total
2021
(%)
2022
(%)
2023
(%)
2024
(%)
2025
(jusqu’au 28 juillet)
(%)
République dominicaine S/O 42,88 96,07 97,15 97,97 90,49
États-Unis 76,24 38,45 0,86 0,78 0,37 5,46
Îles Turques et Caïques 3,83 4,50 1,54 1,11 1,44 1,64
Bahamas 10,19 6,50 0,93 0,57 0,18 1,28
Cuba 6,95 7,61 0,35 S/O S/O 0,82
Türkiye S/O S/O 0,21 0,37 S/O 0,19
Mexique 2,79 S/O S/O S/O 0,00 0,09
Jamaïque S/O S/O 0,03 0,02 0,04 0,03

(Nations Unies 2025-07-28).

L’Institut de politique migratoire (Migration Policy Institute - MPI), une organisation [traduction] « non partisane » ayant son siège à Washington qui réalise des travaux de recherche et milite pour de meilleures politiques en matière d’immigration et d’intégration (MPI s.d.), signale que, selon des données en date de 2023, les [traduction] « États-Unis sont la destination la plus populaire pour les migrants haïtiens » et que « nombre » d’entre eux vont au Brésil, au Canada, au Chili et en République dominicaine (MPI 2023-07-05).

Selon le Miami Herald, un journal américain couvrant le Sud de la Floride, le département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security - DHS) des États-Unis a expulsé 2 803 Haïtiens de 2020 à octobre 2024 (2024-11-01). D’après des médias, en février 2025, l’administration du second mandat de Donald Trump a expulsé 21 Haïtiens des États-Unis vers Haïti (NorthJersey.com 2025-03-12; The Haitian Times 2025-02-05). Des sources signalent que 109 Haïtiens ont été expulsés des États-Unis en juillet 2025 (IciHaiti 2025-07-17; VBI 2025-07-16). Il est mentionné dans le Miami Herald que, en juin 2025, l’administration Trump a transféré 20 Haïtiens à la base navale de la baie de Guantánamo avant de les expulser vers Haïti, après avoir nié songer à utiliser la base (2025-06-25).

Les Services de la citoyenneté et de l’immigration des États-Unis (US Citizenship and Immigration Services - USCIS) du département de la Sécurité intérieure a dit que le département révoquerait le statut de protection temporaire (Temporary Protected Status – TPS) [1] des ressortissants haïtiens à compter du 2 septembre 2025, malgré un arrêté signé en juillet 2024 qui prolongeait ce statut jusqu’au 3 février 2026 (É.-U. 2025-07-01, 1). Selon des sources, environ 500 000 Haïtiens qui vivent aux États-Unis pourraient voir leur statut de protection temporaire révoqué (BBC 2025-02-21; NBC 2025-07-01; WLRN 2025-06-28). Toutefois, des médias signalent qu’un juge de la Cour fédérale des États-Unis a décidé en juillet 2025 que le statut de protection temporaire ne pouvait pas être révoqué avant le 3 février 2026 (The Haitian Times 2025-07-21; CBS News 2025-07-02; AP 2025-07-02).

Dans une déclaration faite en février 2023 au terme d’une visite officielle en Haïti, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a fait observer que [version française des Nations Unies] « tant que la situation désastreuse du pays n’est pas résolue, il est clair que les violations et abus systématiques des droits humains ne permettent pas actuellement le retour sûr, digne et durable des Haïtiens en Haïti » (Nations Unies 2023-02-10). En janvier 2025, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a réitéré son [version française des Nations Unies] « "appel à tous les États pour qu’ils ne renvoient personne de force en Haïti" » (Nations Unies 2025-01-07).

Au cours d’entretiens avec la Direction des recherches en 2024, des sources ont signalé qu’il est [traduction] « très rare » (responsables 2024-01-11) ou [traduction] « peu probable » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16) que les ressortissants haïtiens retournent volontairement; toutefois, on observe une tendance chez les ressortissants haïtiens à [traduction] « revenir volontairement » de la République dominicaine en raison de préoccupations liées à la sécurité là-bas (responsables 2024-01-1). Au cours d’un entretien conjoint avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2024, une directrice de la Haitian Bridge Alliance (HBA) [2], s’exprimant en son nom personnel, et une anthropologue indépendante, qui habite en Haïti, ont fait remarquer que les Haïtiens ne restent pas longtemps en République dominicaine, mais que ceux qui reviennent des États-Unis sont plus susceptibles de s’être absentés d’Haïti pendant de longues périodes, étant donné qu’il est difficile pour les migrants haïtiens d’atteindre les États-Unis; par exemple, [traduction] « il se peut qu’ils soient aux États-Unis depuis deux mois ou deux ans, mais leur trajet a pu prendre jusqu’à six ans » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

1.1 Identifiabilité des personnes qui retournent en Haïti

Au cours d’un entretien téléphonique avec la Direction des recherches tenu en janvier 2024, le codirecteur de Défenseurs Plus [3], avocat spécialiste du droit international et des droits de la personne à Port-au-Prince, a déclaré que le fait qu’une personne maîtrise l’anglais, mais parle le créole avec difficulté serait un indice pour d’autres Haïtiens qu’il s’agit d’une personne qui revient de l’étranger (avocat 2024-01-17). De même, au cours d’un entretien avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2024, deux responsables de la mission de l’OIM en Haïti [4], s’exprimant en leur nom personnel à titre d’experts en la matière, ont affirmé que [traduction] « de nombreuses » personnes qui retournent en Haïti ne peuvent pas parler le français ou le créole (responsables 2024-01-11). Au cours de l’entretien conjoint ayant eu lieu en 2024, la directrice de la HBA a signalé qu’elle connaissait une personne qui avait séjourné 3 ans à l’extérieur d’Haïti et qui était identifiable à titre de personne qui revient de l’étranger parce qu’elle avait perdu son accent haïtien (directrice 2024-01-16).

En 2024, la directrice et l’anthropologue indépendante ont affirmé que les personnes de retour au pays seront [traduction] « remarquées » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Elles ont ajouté que la société haïtienne est [traduction] « tissée très serrée [et que] les gens connaissent et reconnaissent les étrangers » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). L’avocat a souligné que Haïti est un « petit pays » et l’arrivée d’une personne à l’aéroport sous escorte policière est une information qui serait partagée dans les familles, les quartiers ou les villages (avocat 2024-01-17). La même source a ajouté que l’arrivée à l’aéroport en vêtements imposés aux « personnes expulsées » par les autorités américaines ou bahamiennes serait aussi un signe qu’il s’agit d’une personne expulsée (avocat 2024-01-17).

2. Traitement réservé aux personnes de retour en Haïti

Selon ce qu’ont affirmé les responsables en 2024, les Haïtiens qui retournent en Haïti sont exposés à des risques, mais ces risques ne sont pas propres à eux et ils touchent l’ensemble du pays (2024-01-11). Les mêmes sources ont déclaré que la société ne réserve pas un traitement particulier aux personnes de retour en Haïti ou expulsées vers Haïti parce que les retours et les expulsions sont [traduction] « si courants » (responsables 2024-01-11). De même, dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches en 2024, le chancelier de l’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (Interuniversity Institute for Research and Development - INURED) [5], prenant la parole au nom de l’organisation, a souligné que les personnes qui rentrent au pays [traduction] « se heurteront aux mêmes difficultés politiques, économiques, environnementales et sociales que celles éprouvées par la population générale en ces temps de crise aggravée » en Haïti (INURED 2024-01-18). La même source a déclaré que les personnes de retour au pays ne sont pas [traduction] « forcément prises pour cible ou harcelées » parce qu’elles sont perçues comme des gens n’ayant « pas de ressources » que l’on pourrait tenter d’exploiter (INURED 2024-01-18). Au cours d’entretiens avec la Direction des recherches tenus en juillet 2025, des sources ont signalé que la situation en matière de sécurité s’est aggravée, la violence des gangs se répandant dans tout le pays et ne se limitant plus à Port-au-Prince comme c’était le cas en 2024; cependant, les sources ont soutenu que l’ensemble de la population haïtienne est exposée au risque de violence et que ce risque n’est pas propre aux personnes qui reviennent au pays (responsables 2025-07-15; anthropologue indépendante 2025-07-15). Cependant, 3 différents responsables de l’OIM, s’exprimant en leur nom personnel au cours d’un entretien avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2025, ont expliqué qu’une personne qui revient au pays et qui vivait à l’étranger avant 2024 aurait « plus de mal » à s’adapter parce qu’elle « ne pourrait donc pas comprendre l’ampleur que les choses ont prise en si peu de temps » (responsables 2025-07-15). Pour obtenir des renseignements additionnels sur la situation liée aux gangs en Haïti, y compris leurs méthodes de recrutement, veuillez consulter la Réponse à la demande d’information HTI202377 publiée en août 2025.

Toutefois, en 2024, l’avocat a fait remarquer que les Haïtiens qui retournent en Haïti après un long séjour à l’étranger courent un risque (2024-01-17). L’avocat a affirmé que la société perçoit comme riches les personnes de retour au pays après avoir vécu longtemps à l’étranger, ce qui les expose aux enlèvements contre rançon par des criminels ou des groupes criminels parce que la situation économique en Haïti a poussé la société à prendre « des mesures désespérées » (avocat 2024-01-17). La même source a souligné que les personnes de retour au pays courent le risque de se faire assassiner si leur famille n’est pas en mesure de payer la rançon (avocat 2024-01-17).

En 2024, au cours de leur entretien conjoint avec la Direction des recherches, à la question de savoir si les personnes qui rentrent en Haïti après un long séjour à l’étranger courent un risque, la directrice et l’anthropologue indépendante ont répondu que [traduction] « la réponse générale est "oui" », en ajoutant que l’insécurité actuelle est « assez grave » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Les mêmes sources ont aussi déclaré que les personnes qui retournent en Haïti sont menacées par des gens qui profitent du climat d’insécurité au pays et qu’il y a [traduction] « plusieurs couches » aux « menaces » dont les personnes de retour au pays peuvent être les « victimes » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

Les mêmes sources ont fait observer qu’il y a [traduction] « beaucoup de migration » à Port-au-Prince, où « règne une grande partie de l’insécurité » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). De même, les responsables ont souligné que [traduction] « pratiquement [toutes les personnes qui rentrent au pays] » doivent passer par Port-au-Prince et qu’il s’agit du « principal foyer du risque » (2024-01-11). Cependant, les vols internationaux, en date de juillet 2025, atterrissent à Cap-Haïtien [dans le nord du pays] (directeur 2025-07-09; France 2025-07-02) en raison de la situation sécuritaire à Port-au-Prince, et non pas à l’aéroport Toussaint-Louverture [de Port-au-Prince] (France 2025-07-02).

L’anthropologue indépendante a signalé que, en raison de la situation économique [traduction] « désastreuse », les personnes qui rentrent au pays sont exploitées et dévalisées après avoir reçu une assistance financière « minimale » pour leur réinstallation en Haïti (2024-01-16). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

2.1 Traitement réservé par la société

Selon l’avocat, la société présume que les personnes qui retournent en Haïti ont été expulsées et, par conséquent, ces personnes sont « stigmatisées » (2024-01-17). La même source a affirmé que les membres de la société chercheront la raison du retour de la personne et voudront savoir si elle se livrait à des activités criminelles à l’étranger (avocat 2024-01-17). De même, la directrice et l’anthropologue indépendante ont déclaré que les gens poseront des questions jusqu’à ce qu’ils sachent qui est la personne, les relations de sa famille et la raison de son retour en Haïti (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Les mêmes sources ont signalé que les personnes de retour au pays qui ont un passé criminel, mais qui ne sont pas en prison, font l’objet d’une réprobation sociale (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Ces sources ont ajouté que [traduction] « la crainte et la condamnation sociale » des personnes ayant un passé criminel sont « fortes » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

D’après l’avocat, il est courant de voir des personnes qui reviennent de la République dominicaine parce que cela se produit si souvent; toutefois, le fait d’être expulsé par le Canada ou les États-Unis peut être « très mal vu » par la population (avocat 2024-01-17). La même source a ajouté que la société perçoit les personnes qui reviennent du Canada et des États-Unis comme des personnes mêlées à des crimes, au travail illégal ou à des délits financiers (avocat 2024-01-17). L’avocat a aussi fait remarquer qu’elles sont perçues comme des personnes dont la protection offerte au Canada a été « révis[ée] » parce qu’ils n’ont pas respecté les principes et les lois, ou encore parce qu’elles n’ont pas suivi les démarches exigées par la cour (avocat 2024-01-17).

D’après l’INURED, ceux qui retournent en Haïti sont considérés [traduction] « comme des ratés, dans une certaine mesure » (2024-01-18). Les responsables ont déclaré que les personnes de retour au pays sont perçues comme [traduction] « des fardeaux » pour leurs familles parce qu’elles ne peuvent pas travailler (2024-01-11).

La directrice et l’anthropologue indépendante ont signalé que les personnes qui reviennent dans leur communauté locale en passant par Port-au-Prince sont [traduction] « vues » comme étant des gens qui apportent la violence au sein de la communauté (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2025, l’anthropologue indépendante a expliqué qu’une personne expulsée est exposée à un risque de violence [traduction] « beaucoup plus élevé » lorsqu’elle n’est pas reconnue comme l’une des leurs par les membres de la communauté où elle s’établit, car la communauté n’est pas disposée à protéger les personnes qu’elle considère comme des « étrangères » (2025-07-15). Selon la même source, les communautés [traduction] « abandonnent » ces personnes expulsées, les soupçonnant d’apporter la violence avec elles, en les soumettant à un « isolement social » ou en les prenant comme cibles par l’intermédiaire des groupes de justiciers, ce qui pousse « parfois » ces personnes à se joindre à des gangs criminels (anthropologue indépendante 2025-07-15). De même, NorthJersey.com, un média américain en ligne du réseau USA TODAY (NorthJersey.com s.d.), signale que les personnes expulsées sont [traduction] « depuis longtemps perçues par les autorités et les citoyens comme des étrangères et se font reprocher d’avoir importé le crime et la violence en Haïti », surtout lorsqu’elles ont été expulsées pour des motifs en lien avec la criminalité (2025-03-12). La même source, qui cite les propos d’une professeure agrégée d’anthropologie du collège Dartmouth au New Hampshire dont les recherches portent sur Haïti, souligne en outre que les personnes expulsées sont exposées à de la discrimination et [traduction] « courent le risque d’être abandonnées par la société » si elles n’ont pas de famille ou d’amis en Haïti (NorthJersey.com 2025-03-12). D’après la même source, il est difficile pour les personnes expulsées de louer un logement ou de trouver un emploi, en raison de quoi elles sont [traduction] « "plus susceptibles" » de s’engager dans des activités risquées, comme « "se joindre […] à un gang en Haïti" » (NorthJersey.com 2025-03-12).

Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2025, les responsables ont souligné qu’il arrive que les personnes qui retournent au pays doivent rembourser des membres de la famille qui leur ont avancé de l’argent avant leur départ (2025-07-15). La même source a ajouté que si la personne n’est pas en mesure de rembourser la somme due, elle est exposée à « un grand risque d’être maltraitée par tous ceux qu’elle devait rembourser » et que ce risque est « exacerbé » si elle doit de l’argent à des membres de gangs, « ce qui est souvent le cas » (responsables 2025-07-15). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

2.2 Traitement réservé par les groupes criminels

Selon le MPI, [traduction] « la violence des gangs et l’insécurité sont des facteurs qui contribuent grandement au déplacement des Haïtiens » (2023-07-05). Des sources font observer que la violence des gangs est à l’origine du déplacement de 1 300 000 personnes à l’intérieur du pays (responsables 2025-07-15; WLRN 2025-06-28). Le Centre mondial pour la responsabilité de protéger (Global Centre for the Responsibility to Protect – GCR2P), une organisation vouée à la défense des populations exposées à un risque de [traduction] « [d’]atrocités de masse » qui mène des recherches sur des crises précises (GCR2P s.d.), affirme qu’environ 300 gangs criminels exerçaient leurs activités au pays en juillet 2025 et qu’ils sont responsables de la mort d’au moins 4 864 personnes et des blessures causées à 1 597 autres ainsi que de 775 enlèvements, principalement à Port-au-Prince et dans les départements de l’Artibonite et du Centre, du 3 octobre 2024 au 30 juin 2025 (2025-07-15). Le secrétaire général des Nations Unies signale qu’il y a eu [version française des Nations Unies] « au moins » 5 601 décès en 2024, une hausse de « plus de » 1 000 décès comparativement à 2023 (Nations Unies 2025-02-27a, 2).

À la question de savoir si les gens qui retournent en Haïti après avoir vécu à l’étranger étaient pris pour cible par les criminels, les responsables ont répondu en 2024 que les Haïtiens de retour ne sont pas expressément pris pour cible parce qu’ils ont vécu à l’étranger et que cela dépend de la perception de leur richesse et de la façon dont ils ont été rapatriés au pays (responsables 2024-01-11). D’après l’INURED, les personnes qui retournent en Haïti ne sont [traduction] « pas nécessairement » prises pour cible par les criminels, car il est entendu qu’il s’agit de migrants de retour qui n’ont pas réussi et qui n’ont « que peu ou pas de moyens » (2024-01-18). Au cours de l’entretien conjoint avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2024, l’anthropologue indépendante a souligné que toute personne au pays ayant de la richesse sera prise pour cible (2024-01-16).

Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2025, des sources ont déclaré que les personnes qui reviennent au pays sont toujours exposées au risque d’être prises pour cible par des groupes criminels, mais qu’il s’agit toutefois d’un risque généralisé en Haïti (responsables 2025-07-15; anthropologue indépendante 2025-07-15).

2.2.1 Enlèvement

L’avocat a affirmé que les Haïtiens de retour au pays sont les « cible[s] principale[s] » des groupes criminels pour des enlèvements et des demandes de rançon parce que les criminels présument qu’ils sont riches (2024-01-17). La même source a déclaré que les Haïtiens de retour au pays courent le risque « d’être séquestrés, enlevés, ou assassinés par des membres de groupes criminels » (avocat 2024-01-17).

En 2024, la directrice et l’anthropologue indépendante ont signalé que toute personne qui revient des États-Unis risque de se faire enlever parce que les criminels présument que cette personne a des répondants dans ce pays, si bien qu’elle est perçue comme étant riche (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). De même, en 2022, Human Rights Watch écrivait que les personnes de retour en Haïti [version française de Human Rights Watch] « courent le risque d’être enlevées et de subir du chantage par les gangs criminels », car ces derniers présument que ces personnes « ont de l’argent pour voyager ou des proches à l’étranger » et ont les moyens de payer des rançons (2022-03-24). D’après les conseils aux voyageurs pour Haïti du gouvernement du Canada publiés en 2025, [version française du Canada] « [l]es étrangers sont considérés comme étant riches, ce qui peut susciter l’envie » et « [l]es ravisseurs ciblent à la fois la population locale et les étrangers, y compris les personnes ayant la double citoyenneté qui vivent ou voyagent en Haïti, quel que soit leur rang ou leur classe sociale » (Canada 2025-07-28). En 2024, les responsables ont affirmé que les personnes qui retournent volontairement en Haïti ont habituellement des revenus qui pourraient les exposer à des risques d’enlèvement, car la diaspora est prise pour cible par les groupes criminels (2024-01-11). La même source a ajouté que si une personne exhibe sa richesse, elle court un risque accru de se faire enlever (responsables 2024-01-11).

Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2025, des sources ont affirmé que les personnes qui retournent au pays peuvent tout de même être prises pour cible par des groupes criminels qui les enlèveront et exigeront une rançon (responsables 2025-07-15; anthropologue indépendante 2025-07-15). Les responsables ont toutefois ajouté qu’il s’agit là d’un risque généralisé qui touche tout le monde en Haïti (2025-07-15).

2.2.2 Recrutement par les gangs

Dans un rapport, un groupe d’experts des Nations Unies signale que le groupe criminel 400 Mawozo, dirigé par Germine Joly alias « Yonyon », compte des personnes expulsées dans ses rangs (Nations Unies 2023-09-15, 50). Selon les propos tenus par l’anthropologue indépendante au cours de l’entretien en 2024, il y a des groupes armés formés de personnes revenues en Haïti qui prennent pour cible d’autres personnes de retour au pays (2024-01-16). La directrice et l’anthropologue indépendante ont souligné en 2024 que les personnes de retour en Haïti sont [traduction] « communément » prises pour cible par les gangs et s’exposent à la violence si elles refusent de se joindre à un gang ou de participer à ses activités (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). D’après l’INURED, les jeunes renvoyés en Haïti [traduction] « peuvent être facilement » recrutés par les gangs en raison des possibilités restreintes tant pour les jeunes sous-scolarisés que pour les jeunes instruits (2024-01-18).

Au cours d’entretiens avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2025, des sources ont fait observer que les personnes qui retournent au pays sont toujours exposées au risque d’être recrutées par des gangs criminels, mais elles ont ajouté qu’il s’agit d’un risque généralisé qui touche tout le monde en Haïti (responsables 2025-07-15; anthropologue indépendante 2025-07-15). Selon les responsables, le jeune âge et le manque de ressources financières comptent parmi les principaux facteurs qui peuvent inciter les personnes qui retournent au pays à adhérer à un gang, car la plupart des jeunes expulsés sont « facilement influençables » et ont souvent peu ou pas de moyens d’assurer leur subsistance, ce qui rend attrayants les gains financiers que font miroiter les gangs (2025-07-15). Sans fournir davantage de précisions, la même source a ajouté que les jeunes expulsés qui possèdent « certaines compétences » recherchées par les gangs peuvent se voir offrir environ 10 000 $US (responsables 2025-07-15). En 2025, l’anthropologue indépendante a signalé que les personnes qui retournent au pays et celles qui sont expulsées d’un autre pays sont poussées à se tourner vers les gangs pour se protéger lorsque leur communauté les considère comme des [traduction] « étrangères » (2025-07-15).

2.3 Traitement réservé par les groupes d’autodéfense civils

En 2024, les responsables ont fait remarquer que les personnes expulsées n’ont pas de pièces d’identité, si bien qu’elles courent un [traduction] « risque très élevé » de se faire tuer par des groupes de défense auto-organisés, tels que le Bwa Kale [6], qui assurent la sécurité dans les villages et sur les routes (responsables 2024-01-11). De même, toujours en 2024, la directrice et l’anthropologue indépendante ont signalé que les personnes qui retournent en Haïti peuvent être les victimes de groupes d’autodéfense qui protègent les communautés contre la violence (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). En 2025, l’anthropologue indépendante a expliqué que les personnes qui retournent en Haïti ou qui ont été expulsées d’un autre pays et qui sont considérées comme des étrangères par leur communauté sont prises pour cible par les groupes de justiciers parce qu’elles [traduction] « sont généralement » soupçonnées d’appartenir à des gangs criminels (2025-07-15). De même, NorthJersey.com signale que les groupes d’autodéfense ne veulent pas des personnes expulsées d’un autre pays dans leurs quartiers (2025-03-12).

2.4 Traitement réservé par les autorités

D’après les rapports sur les pratiques des pays en matière de droits de la personne pour 2023 (Country Reports on Human Rights for 2023) publiés par le Département d’État des États-Unis, des organisations de la société civile et de défense des droits de la personne signalent que des personnes expulsées avaient été détenues à leur retour en Haïti même si elles n’avaient pas commis de crime en Haïti (É.-U. 2024-04-22, 7). La même source ajoute que des citoyens rapatriés avaient été [traduction] « détenus illégalement par les autorités gouvernementales, qui demandaient des pots-de-vin en échange de leur libération » (É.-U. 2024-04-22, 7-8). De même, en 2024, la directrice et l’anthropologue indépendante ont signalé que des enlèvements contre rançon se produisent dans le système carcéral et que les familles de personnes de retour au pays se voyaient exiger [traduction] « une rançon exorbitante » pour obtenir la libération de leur proche par les autorités pénitentiaires (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Selon l’Institut pour la justice et la démocratie en Haïti (Institute for Justice and Democracy in Haiti - IJDH), un organisme sans but lucratif haïtien voué à la défense des droits de la personne dont le siège est aux États-Unis (IJDH s.d.), en date de 2023, les personnes rapatriées qui ont un passé criminel à l’étranger [traduction] « continuent d’être particulièrement en danger » en Haïti (IJDH 2023-12, 11). La même source donne l’exemple d’un groupe de 17 personnes qui ont passé du temps dans des prisons aux États-Unis et qui ont été détenues en Haïti pendant 2 jours à leur retour, [traduction] « sans eau, ni nourriture, ni soins médicaux, ni matelas » (IJDH 2023-12, 11). De même, la directrice et l’anthropologue indépendante ont fait observer que, en 2022-2023, des personnes de retour au pays avaient été placées dans le pénitencier national et brutalisées durant leur détention, et que la [traduction] « la plupart », mais « peut-être pas toutes », avaient un casier judiciaire aux États-Unis (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Les mêmes sources ont signalé que les personnes de retour au pays sont mises en détention [traduction] « sans motif », ne sont accusées d’aucun crime et sont détenues contre rançon par l’État (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches ayant eu lieu en 2025, les responsables ont déclaré que les personnes expulsées des États-Unis font l’objet d’un contrôle de sécurité « un peu plus poussé » à leur arrivée, même lorsqu’elles n’ont pas de casier judiciaire; l’existence d’un casier judiciaire est précisée dans leurs documents (2025-07-15). D’après les mêmes sources, il est fréquent que ces contrôles soient effectués tandis que la personne est en état d’arrestation ou placée en détention pour une période de 48 à 72 heures (responsables 2025-07-15). D’après le Haitian Times, une source d’information en ligne qui met l’accent sur Haïti et les Haïtiens-américains (The Haitian Times s.d.), 21 Haïtiens expulsés des États-Unis, dont 12 qui avaient été déclarés coupables d’actes criminels dans ce pays, ont été détenus par la Police nationale d’Haïti (PNH) pour un [traduction] « contrôle approfondi » à leur arrivée parce qu’ils étaient soupçonnés d’avoir des liens avec un gang ou de se présenter sous de fausses identités (2025-02-07). Selon la même source, les autorités ont déclaré [traduction] « [qu’]elles continueront à évaluer la situation des personnes expulsées dans le cadre de leurs opérations de sécurité courantes » (The Haitian Times 2025-02-07). Le média NorthJersey.com souligne que des personnes expulsées disent avoir été [traduction] « [p]rises pour cible par la police » et « emprisonnées sans que des accusations soient déposées » (2025-03-12).

3. Autres facteurs ayant une incidence sur la réintégration

Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, l’INURED a déclaré que les jeunes qui retournent au pays sont [traduction] « très vulnérables » à cause du manque de possibilités d’emploi, ce qui « peut les pousser » à se livrer à des activités criminelles comme l’adhésion à un gang, le vol, la corruption, la prostitution et l’exploitation d’autrui (2024-01-18).

Au cours de l’entretien conjoint ayant eu lieu en 2024, la directrice et l’anthropologue indépendante ont affirmé que la richesse, le réseau social, l’orientation sexuelle et l’engagement politique sont des facteurs qui faciliteraient ou rendraient plus difficile le retour d’une personne au pays (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Selon l’avocat, une personne instruite, qui a un solide réseau familial, qui a maintenu le contact avec ses parents et qui a investi financièrement dans le pays a une « possibilité » de retourner et de se réinstaller (2024-01-17). La même source a fait observer qu’il sera « très difficile » de se réintégrer au pays si la personne est pauvre, n’a pas d’instruction ou n’a pas maintenu de liens familiaux ou si son orientation sexuelle ou son identité de genre ne se conforment pas aux normes sociales acceptables en Haïti (avocat 2024-01-17).

En 2024, les responsables ont signalé que les personnes de retour au pays dont l’orientation et les caractères sexuels ainsi que l’identité et l’expression de genre (OCSIEG) doivent être pris en considération sont exposées à une réprobation sociale et à des risques [traduction] « importants » en Haïti (2024-01-11). De même, la directrice et l’anthropologue indépendante ont affirmé que les personnes ayant des OCSIEG dont il faut tenir compte, [traduction] « en particulier celles perçues comme telles », se heurtent à la réprobation sociale et ne peuvent pas trouver un logement ou être hébergées par leurs familles à cause du potentiel « extraordinaire » de violence aux mains des gangs et des voisins, ce qui mettrait leurs familles en danger (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

D’après ce qu’ont dit les responsables en 2024, bien que la richesse puisse faciliter la réintégration dans la société, les personnes dont la situation financière est meilleure sont des cibles plus attirantes (responsables 2024-01-11). Les mêmes sources ont ajouté que les personnes de retour au pays qui ont vécu longtemps à l’étranger n’ont peut-être pas les [traduction] « stratégies d’adaptation » nécessaires pour réintégrer la société, car la situation en Haïti était [traduction] « beaucoup plus sûre » avant leur départ, et « de nombreuses » personnes qui retournent au pays n’ont plus de liens familiaux ou ne peuvent plus parler le français ou le créole (2024-01-11).

Selon le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, les Haïtiennes expulsées [version française des Nations Unies] « courent un risque élevé d’exploitation et d’atteintes sexuelles » (Nations Unies 2023-09-25, paragr. 51). En 2024, la directrice et l’anthropologue indépendante ont souligné que les femmes qui retournent en Haïti sont [traduction] « exposées à un risque » d’exploitation sexuelle parce qu’elles sont vulnérables sur le plan économique (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Les mêmes sources ont fait observer que les adolescentes et les femmes qui sont [traduction] « en mauvaise posture financière » peuvent se faire « exploiter », contraintes à des « relations sexuelles transactionnelles » pour obtenir un passeport ou payer un loyer (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Pour obtenir des renseignements additionnels sur la violence sexuelle et fondée sur le genre en Haïti, veuillez consulter la Réponse à la demande d’information HTI201783 publiée en février 2024.

D’après la directrice et l’anthropologue indépendante, les personnes qui ont quitté Haïti pour des raisons de sécurité parce qu’elles étaient [traduction] « prises pour cible ou persécutées » se heurteront, en 2024, exactement aux mêmes menaces à leur retour, parce que ces menaces persistent, même après plusieurs années (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). De même, l’INURED a signalé que les personnes qui ont quitté Haïti à cause de la persécution politique [traduction] « peuvent », à leur retour, subir des représailles; leur famille pourrait « peut-être » en être la cible aussi (2024-01-18).

4. Traitement réservé aux membres de la famille

Selon des sources consultées en 2024, les membres de la famille des personnes de retour en Haïti sont exposés aux mêmes risques que ces personnes elles-mêmes pour ce qui est des enlèvements (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16; avocat 2024-01-17) et, d’après l’avocat, ils courent aussi les mêmes risques de se faire enlever ou tuer par les groupes criminels (2024-01-17). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, l’INURED a signalé que si la famille a contracté une dette pour faciliter la migration d’un membre de la famille et que ce membre de la famille revient au pays, cette tentative infructueuse signalera au prêteur qu’il ne pourra pas récupérer son argent, ce qui peut entraîner des représailles (INURED 2024-01-18). En 2024, la directrice et l’anthropologue indépendante ont fait observer que les familles des personnes de retour au pays éprouvent des [traduction] « difficultés économiques extrêmes » parce qu’elles ont rassemblé de l’argent en faisant appel à des amis ou à la communauté ou parce qu’elles ont fait de « grands sacrifices », par exemple en vendant des parcelles de terre ou du bétail, pour permettre à un membre de la famille d’aller à l’étranger (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

En 2024, la directrice et l’anthropologue indépendante ont déclaré que [traduction] « la condamnation sociale et la crainte » « importantes » des personnes ayant un passé criminel pourraient exposer la famille de la personne de retour au pays à des « risques » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

5. Protection offerte par l’État

Selon des sources, le gouvernement n’offre pas de programmes (Human Rights Watch 2023-01-12) ou il n’existe [traduction] « aucun soutien » (INURED 2024-01-18) pour la réintégration des personnes de retour en Haïti (Human Rights Watch 2023-01-12; INURED 2024-01-18). Dans une déclaration faite en février 2023, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a affirmé ce qui suit :

[version française des Nations Unies]

Des communautés entières étant prises en otage par des gangs, les services sociaux publics sont largement absents. Alors que les organisations non gouvernementales et les agences des Nations Unies s’efforcent de fournir une aide indispensable, les « fondations » de ces quartiers sont souvent utilisées par les gangs pour contrôler une partie de l’aide.

[…]

Le manque de ressources et de personnel dans les forces de police, associé à une corruption chronique et à un système judiciaire faible, font que l’impunité est un problème central depuis des décennies maintenant.

[…]

La corruption rampante est un obstacle à la réalisation des droits économiques et sociaux, elle mine davantage des institutions déjà fragiles, notamment le système judiciaire et la police, et elle est profondément corrosive dans tous les aspects de la vie quotidienne du peuple haïtien (Nations Unies 2023-02-10).

Dans un communiqué publié en février 2025, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) des Nations Unies signale que [version française des Nations Unies] « [l’]aide sociale est limitée et l’État n’est pratiquement pas présent », qu’il manque de tout, « de l’eau à la nourriture », et ajoute que les « gangs ont comblé ce vide » (Nations Unies 2025-02-27b).

D’après un rapport produit par Human Rights Watch après une visite sur le terrain en décembre 2021, [version française de Human Rights Watch] « les renvois vers Haïti mettent la vie des personnes expulsées en danger et cela restera le cas tant que les conditions de sécurité ne se seront pas améliorées » (2022-03-24). Dans ses conseils aux voyageurs publiés en 2025, le gouvernement du Canada signale que la [version française du Canada] « présence des forces policières n’est pas assurée » dans plusieurs zones de la région métropolitaine de Port-au-Prince (2025-07-28). Selon le MPI, [traduction] « la police est faible, manque d’effectifs et de matériel, si bien que la population est laissée à la merci des gangs » (2023-07-05). La même source fait remarquer que [traduction] « [l]e peu de présence gouvernementale qui existe est en proie à la corruption généralisée » (MPI 2023-07-05). D’après l’INURED, le gouvernement montre une [traduction] « volonté politique peu encline » à venir en aide aux Haïtiens migrants et à ceux de retour au pays (2024-01-18). L’avocat a déclaré que le gouvernement n’a pas de ressources ou de politiques pour aider les personnes de retour, « surtout » celles qui arrivent du Canada et des États-Unis (2024-01-17).

D’après les responsables, l’organisme gouvernemental chargé de prêter assistance aux migrants est l’Office national de la migration (ONM) (2024-01-11). Des médias signalent que les Haïtiens expulsés des États-Unis en juillet 2025 ont été pris en charge par l’OIM et l’ONM, qui leur ont offert un soutien administratif « de base » (IciHaiti 2025-07-17; VBI 2025-07-16). En 2024, les responsables ont signalé que les ressources financières de l’ONM sont restreintes et que l’organisme ne peut offrir que très peu d’aide (2024-01-11). De même, l’avocat a déclaré que les Haïtiens rapatriés des États-Unis ou du Canada reçoivent une aide « très minime » (2024-01-17). Des sources ont signalé que, à l’arrivée des migrants en Haïti, l’ONM les rencontre et leur remet une petite somme d’argent pour leur permettre de se rendre chez eux (avocat 2024-01-17; INURED 2024-01-18). Au cours d’un entretien qui a eu lieu en 2025, les responsables ont souligné que l’ONM remet 5 000 gourdes haïtiennes (HTG) [52,15 $CAN] à l’arrivée seulement aux personnes expulsées et aux personnes « vulnérables » qui reviennent au pays et que l’OIM verse la même somme à ces personnes (2025-07-15). L’anthropologue indépendante a cependant signalé que l’ONM n’a pas ses [traduction] « propres moyens » pour aider les personnes qui rentrent au pays, car il dépend de l’OIM sur le plan financier (2025-07-15). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

En 2024, des sources ont fait observer que la protection est [[traduction] « extrêmement » (responsables 2024-01-11)] limitée (responsables 2024-01-11; INURED 2024-01-18) ou « n’existe pas » en Haïti (avocat 2024-01-17). Au cours de leur entretien conjoint avec la Direction des recherches, la directrice et l’anthropologue indépendante ont affirmé qu’il n’y a [traduction] « absolument aucune mesure de protection » pour les personnes de retour au pays et que l’État ne peut pas « assurer leur sécurité » (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16). Les mêmes sources ont ajouté que l’État [traduction] « ne peut pas se charger du transport » des personnes qui rentrent au pays pour leur permettre de retourner à leurs communautés (directrice 2024-01-16; anthropologue indépendante 2024-01-16).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.

Notes

[1] Dans le cadre du programme de statut de protection temporaire (Temporary Protected Status – TPS), le secrétaire de la Sécurité intérieure des États-Unis peut désigner un pays étranger [traduction] « lorsque la situation dans ce pays fait temporairement en sorte que ses ressortissants ne peuvent y retourner sans s’exposer à des dangers ou, dans certaines circonstances, lorsque le pays n’est pas en mesure de gérer adéquatement le retour de ses ressortissants » (É.-U. 2025-07-22).

[2] La Haitian Bridge Alliance (HBA) est une organisation communautaire à but non lucratif qui [traduction] « milite en faveur de politiques migratoires justes et humaines » et qui offre « des services sociaux, juridiques et humanitaires » aux migrants et aux immigrants, « en accordant une attention particulière aux personnes noires, à la communauté haïtienne, aux femmes et aux filles, aux personnes LGBTQIA+, ainsi qu’aux personnes survivantes de torture et d’autres atteintes aux droits de la personne » (HBA s.d.).

[3] Défenseurs Plus est un collectif sans but lucratif qui s’est donné pour mission de défendre les droits de la personne en Haïti [version française de Défenseurs Plus] « pour parvenir à un véritable état de droit démocratique » (Défenseurs Plus s.d.).

[4] L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Haïti apporte [traduction] « une aide humanitaire aux migrants, y compris aux personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays et aux migrants de retour, et […] renfor[ce] les capacités de l’État », en collaboration avec le gouvernement d’Haïti et les ONG (Nations Unies s.d.).

[5] L’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (Interuniversity Institute for Research and Development – INURED) est un institut de recherche à Port-au-Prince qui [version française de l’INURED] « contribu[e] au développement de la recherche et de la formation scientifique de haut niveau en Haïti en vue d’améliorer les conditions d’éducation, socioéconomique et politique des [H]aïtiens » (INURED 2024-01-18).

[6] Bwa Kale ou [traduction] « "bois pelé" » en créole haïtien renvoie à des groupes de justiciers ou à un mouvement d’autodéfense; l’expression est apparue en 2022 pendant les manifestations contre le premier ministre Ariel Henry, et elle sert maintenant à désigner les initiatives populaires de lutte contre les gangs afin de les empêcher de prendre le contrôle d’un quartier (Crisis Group 2023-07-03).

Références

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Autres sources consultées

Sources orales : Action citoyenne pour abolition de la torture; Bureau des droits humains en Haïti; Centre de recherche et de formation économique et sociale pour le développement; Centre justice et foi; Groupe d’appui aux rapatriés et réfugiés; Haïti – Office national de la migration, Office de la protection du citoyen; Initiative citoyenne pour les droits de l’homme; Institute for Justice and Democracy in Haiti; Nations Unies – Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme en Haïti; Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains; Réseau national de défense des droits humains.

Sites Internet, y compris : Al Jazeera; Amnesty International; Austrian Red Cross – Austrian Center for Country of Origin & Asylum Research and Documentation, ecoi.net; Axios; Belgique – Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides; CARICOM; Center for Strategic and International Studies; États-Unis – Agency for International Development; France – Office français de protection des réfugiés et apatrides; France 24; Freedom House; The Guardian; Gazette Haiti; Haïti – Office national de la migration; Haïti en Marche; Haiti Inter; HaitiLibre; Haïti Progrès; Haïti Standard; Hebdo24; The Hill; InSight Crime; Médecins du monde; Médecins sans frontière; National Public Radio; Nations Unies – Bureau intégré en Haïti; The New York Times; Le Nouvelliste; Organisation des États Américains; Reporters sans frontières; Réseau national de défense des droits humains; Reuters; Toronto Star; TripFoumi Enfo; TV5Monde; Washington Office on Latin America.

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