Cameroun : Meurtres et disparitions imputables à l’armée dans la région du Nord-Ouest; Enquêter sur les abus des forces de sécurité et poursuivre leurs auteurs en justice

Enquêter sur les abus des forces de sécurité et poursuivre leurs auteurs en justice
 
(Nairobi) – Des soldats camerounais ont sommairement tué au moins 10 personnes et commis plusieurs autres abus entre le 24 avril et le 12 juin lors d’opérations anti-insurrectionnelles dans la région du Nord-Ouest du Cameroun, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Des soldats ont également brûlé 12 maisons, détruit et pillé des centres de santé, détenu arbitrairement au moins 26 personnes et en auraient fait disparaître de force quelques 17 autres.

« Au lieu de protéger la population des menaces posées par les groupes armés, les forces de sécurité camerounaises ont commis de graves violations à l’encontre des civils, obligeant beaucoup d’entre eux à fuir leur domicile », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Les autorités camerounaises devraient mener des enquêtes crédibles et impartiales sur ces graves abus et demander des comptes à leurs auteurs. »

Entre le 3 juin et le 21 juillet, Human Rights Watch s’est entretenu par téléphone avec 35 personnes ayant connaissance de quatre incidents au cours desquels les forces de sécurité auraient commis de graves exactions. Parmi les personnes interrogées figuraient 16 témoins, 8 membres de familles de victimes, un leader communautaire, 3 journalistes, 5 membres d’organisations de la société civile et 2 avocats spécialisés dans les droits humains. Les incidents se sont produits dans et autour des villes et villages de Belo, Chomba, Missong et Ndop. Human Rights Watch a également examiné 53 photographies et 16 vidéos, partagées directement avec ses chercheurs, montrant des preuves des violations commises par ces soldats.

Ces violations ont été commises au cours d’opérations militaires contre des groupes séparatistes armés qui réclament l’indépendance des deux régions anglophones, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Human Rights Watch a également documenté de graves abus commis par les combattants séparatistes pendant la même période, notamment des meurtres et enlèvements de civils, ainsi que des attaques contre des élèves, des enseignants et des écoles.

Des témoins ont déclaré que le 24 avril, à l’extérieur de Ndop, des soldats du Bataillon d’intervention rapide (BIR) avaient arrêté, détenu et sévèrement battu entre 30 et 40 motocyclistes faisant partie d’un convoi funéraire, apparemment parce que ces soldats les soupçonnaient d’être des combattants séparatistes. Parmi les personnes détenues, au moins 17 auraient disparu de force, car si l’on ignore où elles se trouvent, elles ont été vues pour la dernière fois en détention militaire.

« Les soldats ont sélectionné ceux d’entre nous qui avaient des dreadlocks », a déclaré à Human Rights Watch un motocycliste qui a été libéré plus tard. « Pour eux, cela signifie que vous êtes un amba boy [combattant séparatiste]. Ils nous ont forcés à nous déshabiller et nous ont battus sauvagement avec un marteau en fer et avec leurs ceintures. »

Le 1er juin, des soldats du 53ème Bataillon d’infanterie motorisée (BIM) ont tué neuf personnes, dont quatre femmes et une fillette de 18 mois, dans le village de Missong, lors d’une opération de représailles contre une communauté soupçonnée d’abriter des combattants séparatistes.

Le 8 juin, des soldats ont mené une opération militaire à Chomba, au cours de laquelle ils ont commis des abus, brûlant une maison et pillant le centre de santé local. Ils ont également arrêté une femme ainsi que son enfant adoptif de 11 ans et les ont détenus pendant 24 jours à la caserne du BIR à Bafut, dans la région du Nord-Ouest. Human Rights Watch a documenté d’autres cas de civils détenus dans des bases militaires en violation de la loi camerounaise.

Du 9 au 11 juin à Belo, les forces de sécurité ont sommairement tué un homme, en ont blessé un autre, ont brûlé au moins 12 maisons, détruit un centre de santé communautaire et pillé au moins 10 magasins.

Human Rights Watch, Amnesty International et d’autres organisations ont également documenté un modèle bien établi de recours à la détention illégale et au secret, et à la torture en détention au Cameroun.

Le 28 juillet, Human Rights Watch a envoyé un courriel au porte-parole de l’armée camerounaise, le colonel Cyrille Serge Atonfack Guemo, détaillant les abus présumés commis par l’armée, et demandant des réponses à des questions spécifiques. Atonfack n’a pas répondu.

Depuis 2016, les régions anglophones du Cameroun sont en proie à une crise politique et sécuritaire opposant des groupes armés séparatistes qui réclament l’indépendance de leur État autoproclamé d’Ambazonie, comprenant les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, aux forces de sécurité camerounaises. La violence a causé la mort d’environ 6 000 personnes et provoqué une crise humanitaire majeure, avec près de 600 000 personnes déplacées à l’intérieur des régions anglophones et voisines, et plus de 77 000 personnes contraintes de se réfugier au Nigeria.

Les forces de sécurité camerounaises et les groupes séparatistes armés ont, chacun de leur côté, commis de graves atteintes aux droits humains, mais n’ont été que peu, voire pas du tout inquiétées. L’impunité reste l’un des principaux moteurs de la crise, en confortant les auteurs d’abus tout en alimentant de nouvelles vagues d’attaques et de violences.

Le 19 juillet, alors qu’il s’exprimait à Bamenda, la capitale de la région du Nord-Ouest, à l’occasion de la nomination de nouveaux généraux chargés de commander les troupes qui combattent les séparatistes, Joseph Beti Assomo, ministre camerounais de la Défense, a déclaré que l’armée devait prendre toutes les précautions nécessaires pour prévenir les violations des droits humains pendant ses opérations et faire en sorte que les responsables d’abus rendent des comptes.

Dans un communiqué de presse du 7 juin, Atonfack, le porte-parole de l’armée, a reconnu la responsabilité de l’armée dans les meurtres commis dans le village de Missong et a annoncé qu’une enquête avait été ouverte. Promettre d’enquêter sur de telles violations est un pas positif, mais le gouvernement camerounais n’est pas parvenu à tenir ses engagements passés, a déclaré Human Rights Watch.

Plus de deux ans après le massacre par des soldats camerounais de 21 civils, dont 13 enfants, à Ngarbuh, dans la région du Nord-Ouest, et la reconnaissance par le gouvernement de la responsabilité de l’armée, le procès des personnes accusées d’avoir participé au massacre s’éternise. Cette lenteur suscite des inquiétudes quant à l’efficacité du système judiciaire, sa capacité à rendre justice aux victimes et quant à la lutte contre l’impunité.

Les médias et la communauté internationale n’ont accordé qu’une attention limitée à la crise dans les régions anglophones, considérée comme l’une des plus négligées au monde. Dans son compte-rendu du 8 juin au Conseil de sécurité des Nations Unies sur la situation en Afrique centrale, la Sous-Secrétaire générale pour l’Afrique, Martha Pobee, a exhorté « la communauté internationale à renforcer son soutien aux efforts nationaux en vue d’une résolution pacifique » de la crise anglophone. Les 25 et 26 juillet, le président français Emmanuel Macron s’est rendu au Cameroun et a rencontré son homologue Paul Biya. Macron n’a pas abordé publiquement les questions cruciales relatives aux droits humains, notamment les violations des droits humains commises tant par les forces de sécurité que par les groupes séparatistes dans les régions anglophones.

« Les partenaires internationaux du Cameroun, notamment l’Union africaine et les Nations unies, doivent insister sur le fait qu’il ne peut y avoir de paix sans justice dans les régions anglophones », a déclaré Ilaria Allegrozzi. « Les partenaires bilatéraux du Cameroun doivent envoyer un message fort et clair au gouvernement camerounais : se livrer à des atrocités en toute impunité a des conséquences. »

Pour plus de détails sur les abus récents et les récits des victimes et des témoins, voir ci-dessous.

Détention arbitraire et autres abus

Le 24 avril, des soldats du BIR ont arrêté et sévèrement battu entre 30 et 40 motocyclistes qui faisaient partie d’un convoi funéraire se rendant à Oku depuis Ndop, les soupçonnant d’être des combattants séparatistes. Les soldats les ont emmenés à leur base à Ndop et les ont divisés en deux groupes. Vingt-trois d’entre eux ont été transférés à la base du BIR à Bafut, à environ 44 kilomètres de Ndop, où ils ont été détenus au secret pendant environ trois semaines.

Ils ont ensuite été transférés dans deux postes de gendarmerie de Bamenda, où ils ont été détenus pendant cinq jours supplémentaires. Le 21 mai, ces 23 personnes ont été transférées à la prison centrale de Bamenda, où ils sont toujours détenus. Ils ont été présentés devant le tribunal militaire de Bamenda au moins deux fois depuis le mois de mai, mais ils n’ont pas encore été formellement inculpés et leur procès n’a pas commencé.

La situation ou le lieu où se trouvent les quelques 7 à 17 autres hommes détenus le 24 avril à Ndop n’a pas été révélée et ils sont supposés avoir été victimes de disparition forcée, ayant été vus pour la dernière fois en détention aux mains de l’armée.

Human Rights Watch s’est entretenu avec deux motocyclistes qui se trouvaient à la base du BIR de Ndop le 24 avril, et avec cinq membres des familles de trois motocyclistes actuellement détenus à la prison centrale de Bamenda et un membre de la famille d’un des disparus.

Un motocycliste de 22 ans qui se trouvait à la base a déclaré :

Le BIR nous a arrêtés au beau milieu de la route. Ils ont choisi ceux qu’ils soupçonnaient d’être des combattants amba [combattants séparatistes]. Certains ont été choisis parce qu’ils avaient des dreadlocks, d’autres parce que le BIR disait qu’ils avaient leurs photos dans leurs dossiers et qu’ils savaient qu’ils étaient des amba boys [combattants séparatistes]. Les soldats ont commencé à les frapper avec un marteau et à leur donner des coups de pied avec leurs bottes militaires. Après plus de quatre heures de ce type de traitement, le BIR les a emmenés à leur base à Ndop. En tant que président du Syndicat des motards, je les ai suivis là-bas. Je voulais parler avec le commandant du BIR pour négocier leur libération. Je voulais lui dire que ces personnes n’étaient pas des combattants amba, juste des hommes ordinaires. Au lieu de quoi, les soldats m’ont battu et m’ont donné des coups de pied.

Une étudiante dont le frère de 20 ans est détenu à la prison centrale de Bamenda a déclaré :

Dès que j’ai été informée que mon frère avait été arrêté, je me suis mis à sa recherche. Je me suis rendue dans tous les postes de police et de gendarmerie de Bamenda, mais je ne l’ai pas trouvé. J’étais très inquiète. Pendant environ 10 jours, je n’ai eu aucune nouvelle de lui. Je croyais qu’il avait été tué. Puis quelqu’un m’a dit qu’il était détenu au camp du BIR de Bafut. Je m’y suis donc rendue, mais les soldats m’ont refusé l’accès au camp. Ils n’ont pas confirmé qu’il était détenu là-bas et m’ont dit que je devais attendre à Bamenda car « ils seront emmenés là-bas ».

L’oncle d’un homme de 22 ans qui fait partie des disparus a déclaré :

Mon neveu a disparu. Nous ne savons pas où il est maintenant. La dernière fois qu’il a été vu, c’était à la base du BIR à Ndop. C’est ce que m’ont dit d’autres motards. Je suis allé à la base du BIR de Bafut, mais les soldats m’ont dit qu’il n’y était pas. Des rumeurs ont circulé selon lesquelles il était détenu au poste de gendarmerie de Kumbo. Je m’y suis rendu, mais je ne l’ai pas trouvé. Je l’ai cherché à Bamenda, dans plusieurs postes de police et de gendarmerie, sans succès. Je suis très inquiet. J’espère que nous le retrouverons vivant.

Opération militaire abusive à Belo

Cinq témoins ont décrit une opération militaire de trois jours menée du 9 au 11 juin par l’armée dans la ville de Belo et ses environs, au cours de laquelle les forces de sécurité ont sommairement tué Ndifoin Clement, 47 ans, connu sous le nom de Bo Luh, blessé un homme de 33 ans, brûlé au moins 12 maisons, détruit un centre de santé communautaire et pillé au moins 10 magasins.

Meurtre de Bo Luh

Une femme de 29 ans qui vit dans le quartier de Njinkfuin à Belo a décrit ce qui s’est produit quand des soldats ont tué Bo Luh et brûlé sa maison le 10 juin :

Les soldats sont venus le matin, en tirant. Je les ai vus se diriger vers la maison de Bo Luh. Je me suis cachée chez moi et j’ai regardé. J’ai vu de la fumée et des flammes sortir de sa maison. Ils [les soldats] l’ont brûlée. Quand ils [les soldats] sont partis, j’y suis allée et j’ai trouvé le corps de Bo Luh à même le sol. Il avait reçu une balle dans le dos. Je me suis enfuie et j’ai attendu jusqu’à 16 heures environ. Entre-temps, le corps de Bo Luh avait été transporté dans la maison de sa famille. Je m’y suis rendue et j’ai aidé les proches à laver et à habiller le corps. J’ai vu qu’il avait été blessé par balle sur le côté droit du dos.

Human Rights Watch a également examiné cinq photos du corps de Bo Luh et une vidéo de 28 secondes montrant la maison de Bo Luh après l’incendie. Des témoins et des habitants de Belo ont déclaré à Human Rights Watch que les soldats avaient pris Bo Luh pour cible parce qu’ils le soupçonnaient d’avoir des liens avec des combattants séparatistes.

Les soldats ont également tiré sur un homme de 33 ans à Belo, le blessant à la jambe droite. La victime, qui a demandé à rester anonyme, a déclaré :

Vers 3 heures du matin, je rentrais chez moi après une veillée quand j’ai été arrêté par des soldats. J’étais à moto. Ils m’ont tiré dessus à bout portant. Je suis tombé de la moto, mais j’ai réussi à m’enfuir. J’ai entendu un soldat dire en français : « Je l’ai raté ». Je suis allé à l’hôpital baptiste de Mbingo où j’ai été opéré pour qu’on m’extraie la balle. Je suis sorti de l’hôpital sept jours plus tard.

Pillages et incendies de biens

Un travailleur humanitaire vivant dans le quartier de Njinkfuin à Belo a déclaré avoir vu des soldats mettre à sac plusieurs magasins le 10 juin : « Ils ont fait irruption dans les magasins et ont pillé tout ce qu’ils ont trouvé, des appareils électroniques, des boissons, de la nourriture. Je les ai vus charger ces articles dans leurs camions. Pas moins de 10 magasins ont été pillés ».

Un autre habitant de Njinkfuin a déclaré que les 10 et 11 juin, des soldats avaient brûlé des maisons dans son quartier, ainsi que dans des secteurs voisins, notamment à Aboh, Ashing, Bobong et Sho.

Le BIR et les soldats de l’armée régulière sont entrés dans Belo avec pas moins de 13 véhicules blindés. Ils sont venus dans le secteur où j’habite où ils se sont mis à tirer sans discernement. Le 10 juin, ils ont brûlé quatre maisons – une à Njinkfuin et trois à Aboh. Le 11 juin, ils ont brûlé deux maisons à Ashing, trois à Sho et trois autres à Bobong. J’ai filmé certaines des maisons brûlées.

Human Rights Watch a examiné 29 photographies et 9 vidéos montrant des maisons incendiées dans les zones concernées et qui correspondent aux témoignages des témoins.

 
Le toit détruit d'une maison incendiée par des soldats camerounais dans le quartier de Bobong à Belo, le 11 juin 2022. © Privé, Belo, région du Nord-Ouest, Cameroun, 12 juin 2022.

Billy Burton, de la Base de données sur les atrocités au Cameroun, un groupe non partisan de chercheurs universitaires et de leaders communautaires, a analysé une vidéo d’une minute 14 secondes publiée sur Facebook montrant un bâtiment incendié. Il a géolocalisé la vidéo à Sho, l’une des zones ciblées par les soldats lors de leur opération abusive, et a examiné les images satellite montrant le bâtiment intact avant le 6 juin, puis incendié après cette date.

Un rapport publié le 14 juin par le Centre pour les droits de l’homme et la démocratie en Afrique (Center for Human Rights and Democracy in Africa), un important groupe camerounais de défense des droits humains, documente également les abus de soldats à Belo, notamment l’incendie de maisons et le pillage de magasins.

Destruction et pillage d’un centre de santé communautaire

Un médecin de 43 ans a déclaré que le 10 juin, des soldats avaient attaqué, endommagé et pillé le centre de santé où il travaillait.

Vers 9 heures du matin, j’étais au centre de santé avec quatre patients. Nous avons entendu des coups de feu. Soudain, une balle a traversé le mur de la pièce où nous étions assis. D’autres balles ont touché le mur et des pans du mur ont commencé à s’effondrer. La pièce s’est remplie de poussière. Nous nous sommes cachés sous les lits. Puis des soldats ont pénétré dans le centre de santé en détruisant deux portes en fer. Ils ont fait sortir les patients. Ils m’ont aussi fait sortir sous la menace d’une arme. Ils m’ont posé des questions sur les amba [combattants séparatistes], comme « Où sont-ils ? Connaissez-vous leurs positions ? » Ils m’ont intimidé et menacé de me faire du mal. Ensuite, ils ont commencé à piller tout ce qu’ils trouvaient dans le centre et m’ont donné l’ordre d’emballer leur butin.

Capture d'écran d'une vidéo montrant la maison incendiée par des soldats camerounais à Chomba, dans la région du Nord-Ouest, le 8 juin 2022. © Privé, Chomba, région du Nord-Ouest, Cameroun, 24 juin 2022

Opération militaire abusive à Chomba

Le 8 juin, des soldats de l’armée régulière et des soldats du BIR ont mené une opération à Chomba pour trouver des combattants séparatistes armés. Au cours de l’opération, ils ont arrêté au moins une femme et son enfant adoptif de 11 ans et ont brûlé une maison. Le 12 juin, ils ont occupé, vandalisé et pillé le centre de santé local. Human Rights Watch s’est entretenu avec trois témoins de l’incident, deux membres des familles et avec l’avocat des personnes arrêtées, et a examiné une vidéo de 46 secondes montrant la maison incendiée par les soldats.

Ce n’est pas la première fois que l’armée mène des opérations au cours desquelles ils commettent des abus à Chomba, qui se trouve dans une zone tenue par les séparatistes. Human Rights Watch a documenté que le 10 décembre 2021, des soldats du BIR ont fait du porte-à-porte à Chomba, ont regroupé environ 80 habitants sur la place du village, les ont accusés d’héberger des combattants séparatistes et les ont menacés de mort. Les soldats ont fait disparaître de force quatre villageois, dont deux femmes, au cours de ce raid. Ils ont été retrouvés morts par des villageois le 29 décembre 2021, apparemment blessés par balle à la tête.

Détention arbitraire et extorsion

Au cours de l’opération militaire du 8 juin, les soldats ont arrêté un garçon de 11 ans et sa mère adoptive. « Personne ne savait où ils étaient, et pendant 24 heures nous avons cru qu’ils avaient été tués, nous étions inquiets », a déclaré un de leurs amis. « Puis quelqu’un m’a dit qu’ils avaient été emmenés à la base du BIR à Bafut, alors j’ai informé les parents biologiques de l’enfant, qui s’y sont rendus. »

La mère biologique de l’enfant a déclaré :

Le 9 juin, je suis allée avec mon mari et un oncle à la base du BIR à Bafut. Les soldats n’ont laissé entrer que mon mari et mon oncle. Ils ont vu l’enfant par une fenêtre mais n’ont pas pu lui parler. Ils n’ont pas vu la mère adoptive de l’enfant. Ils ont discuté avec un officier du BIR qui a dit que nous devions lui donner 500 000 francs CFA [777 dollars des États-Unis] pour libérer l’enfant. Le 10 juin, avant 15 heures, nous avons donc réuni l’argent et le lui avons donné. Mais il n’a pas libéré mon garçon.

L’avocat représentant l’enfant et sa mère adoptive a déclaré à Human Rights Watch qu’ils avaient tous deux été détenus illégalement à la base du BIR à Bafut, à environ 25 kilomètres de Chomba, du 8 juin au 3 juillet, date à laquelle ils ont été transférés à un poste de gendarmerie à Bamenda. Il a ajouté que l’enfant a été libéré le 3 juillet et que la mère, accusée de sécession, avait été transférée le 14 juillet à la prison centrale de Bamenda.

Occupation et pillage du centre de santé local (12 juin)

Une infirmière qui travaille au centre de santé intégré de Mbachongwa – le seul établissement médical de Chomba et des villages environnants – a déclaré que dans la matinée du 12 juin, plus de 100 soldats avaient envahi le centre de santé, l’avaient vandalisé, avaient volé des équipements médicaux et des médicaments essentiels et avaient occupé le centre jusqu’au lendemain. Deux autres habitants de Chomba et un responsable religieux local ont corroboré le récit de l’incident auprès de Human Rights Watch.

L’infirmière a déclaré :

Le 12 juin vers 10 heures du matin, une femme enceinte de quatre mois est venue chez moi pour recevoir des soins médicaux. Elle souffrait beaucoup, mais je ne pouvais pas l’emmener au centre de santé car les soldats l’avaient investi et j’avais peur. Dans la soirée, comme la femme continuait à être très malade, j’ai pris mon courage à deux mains et je l’ai emmenée au centre de santé. Les soldats nous ont d’abord repoussés, puis ils nous ont laissés entrer.

Lorsque j’ai pénétré dans le centre, j’ai été choquée. Tout avait été mis sens dessus dessous. Des matelas étaient éparpillés de tous les côtés. Il y avait des soldats partout, dans toutes les chambres et toutes les unités, ils fumaient, discutaient, buvaient, parlaient, cuisinaient. J’ai cherché les instruments dont j’avais besoin pour examiner la femme enceinte, mais je ne les ai pas trouvés. Les soldats les avaient emportés. Je suis rentrée chez moi, désespérée. Le lendemain matin, les soldats étaient partis. J’ai appelé le médecin. Nous sommes retournés au centre, où nous avons découvert que les militaires avaient volé du matériel médical et des médicaments essentiels.