Ukraine : Les bombardements de zones résidentielles mettent les civils en danger

(Kiev, le 19 février 2022) - Le bombardement d'une école, d'un jardin d'enfants et de zones résidentielles près de la « ligne de contact » dans l'est de l'Ukraine le 17 février, apparemment par des groupes armés soutenus par la Russie, a blessé des civils et endommagé des infrastructures civiles, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Ces attaques, qui ont blessé au moins quatre civils, ont gravement endommagé ou détruit plusieurs domiciles.

Les attaques qui frappent sans discernement des biens civils violent le droit international humanitaire, qui codifie les lois de la guerre ; si elles sont commises délibérément, de telles attaques constituent des crimes de guerre.

« Le récent bombardement d'écoles et de maisons dans la région du Donbass montre à quel point les civils sont exposés aux attaques », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les attaques indiscriminées contre les civils, qui ont déjà subi un lourd tribut au cours des huit dernières années, doivent cesser. »

Les combats se sont intensifiés dans la région du Donbass dans l’est de l’Ukraine, dans un contexte de renforcement militaire sans précédent de la Russie le long de sa frontière avec l'Ukraine. La Mission spéciale d'observation de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a signalé une hausse significative du nombre de violations du cessez-le-feu dans les zones touchées par le conflit le long de la ligne de contact, durant la journée du 17 février.

Vers 9h04 le 17 février, un obus a traversé un mur de l'école maternelle « Skazka » (« Conte de fées ») dans le village de Stanytsia Luhanska, situé dans une zone contrôlée par le gouvernement. Cet obus a atterri dans la salle de récréation. Un deuxième obus a touché l’aire de jeux, à l'extérieur du bâtiment.

Deux membres du personnel de l’école ont déclaré à Human Rights Watch qu'au moins 20 enfants, âgés de deux à cinq ans, se trouvaient à l’intérieur de l’école à ce moment-là. Natalia Yudina, une assistante d'enseignement âgée de 43 ans, a indiqué que les enfants les plus jeunes venaient de terminer leur petit-déjeuner dans une autre pièce. « Nous n'avons pas d'abri anti-bombes, alors les enfants et le personnel se sont tous rassemblés dans le hall d'entrée, où il n'y a pas de fenêtres », a-t-elle ajouté. « Après le petit-déjeuner, certains enfants étaient allés à la salle de récréation et d'autres s’apprêtaient à se promener [dehors]. C'est un miracle absolu qu'aucun enfant n'ait été blessé. »

Un employé chargé de l'entretien de l’école, Olexander Slesoryv, 34 ans, a déclaré : « J'étais dehors en train de balayer la cour quand j'ai entendu un son comme un sifflement. J'ai crié à [l'enseignante adjointe], qui était aussi dehors, non loin de moi : "Courez !" L'[obus] a heurté le mur et a explosé à moins de deux mètres de nous. J'ai couru à l'intérieur et me suis accroupi dans le coin. J'étais sous le choc. Après la première explosion, j'ai perdu l'ouïe et je n'ai même pas entendu la deuxième explosion à l'extérieur. »

Trois membres du personnel - Natalia Yudina, Olexander Slysoryv et une enseignante âgée de 55 ans - ont été transportés à un hôpital. Ces trois personnes ont reçu des diagnostics de commotions cérébrales et divers degrés de perte auditive.

Des groupes armés soutenus par la Russie dans la province de Louhansk et le gouvernement ukrainien se sont mutuellement accusés de l'attaque. Toutefois, plusieurs experts militaires, ainsi que l’organisation Bellingcat, spécialiste d’enquêtes « open source », ont indiqué que les traces du cratère d'impact de l'obus dans la cour semblaient montrer que l'attaque était provenue de la direction sud, correspondant à l’emplacement des groupes armés soutenus par la Russie.

Le 17 février, une autre attaque a frappé un bâtiment scolaire à Vrubivka, dans le district de Popasna de la région de Luhanska, qui est également sous contrôle gouvernemental.

Les hostilités dans l'est de l'Ukraine ont endommagé ou détruit des centaines d'écoles depuis le début de la guerre en 2014. Les attaques indiscriminées – c’est-à-dire, menées sans distinguer entre des objectifs militaires et des biens civils comme les écoles non utilisées à des fins militaires - sont interdites par les lois de guerre. Les responsables d'attaques délibérées ou imprudentes contre des biens civils peuvent être poursuivis pour crimes de guerre.

Toujours le 17 février, un autre bombardement a touché une maison dans le quartier de Kondrashovka de Stanytsia Luhanska. Deux maisons voisines ont également été endommagées lors de l'attaque.

La ville de Marinka, également située dans une zone contrôlée par le gouvernement ukrainien, a aussi été touchée par l'intensification des bombardements le long de la ligne de contact le 17 février. Cette localité est située à 30 kilomètres de la ville de Donetsk, non contrôlée par le gouvernement. Ce matin-là, un fragment d'obus a blessé Valentina Gordeyeva, 65 ans, alors qu’elle attendait un bus près de sa maison à Marinka, selon les informations fournies par l’organisation humanitaire Proliska et par Vostok SOS, une organisation non gouvernementale ukrainienne.

La Mission spéciale d'observation de l'OSCE a signalé 128 explosions dans la région de Donetsk le 17 février, en comparaison avec 24 explosions enregistrées au cours de la période précédente. Dans la région de Louhansk, la mission a enregistré 402 violations du cessez-le-feu, dont 188 explosions.

L'utilisation d'armes explosives dans les zones peuplées (en anglais « explosive weapons in populated areas », EWIPA), accroît les craintes d'attaques illégales, aveugles et disproportionnées. Les armes explosives à large rayon d’impact sont intrinsèquement imprécises ou délivrent plusieurs munitions en même temps. Cela comprend l'artillerie de gros calibre non guidée et non observée. Les effets à long terme de l'utilisation de ces armes comprennent des dommages aux bâtiments civils et aux infrastructures essentielles, des interférences avec des services tels que les soins de santé et l'éducation, et le déplacement de la population locale.