Afghanistan: La prise du pouvoir par les Talibans a aggravé la crise des droits humains

(New York) – La prise du pouvoir par les talibans a accéléré la crise des droits humains et la catastrophe humanitaire qui frappent l'Afghanistan, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui dans son Rapport mondial 2022.

Après que les talibans ont pris le contrôle du pays le 15 août 2021, ils sont revenus sur les avancées en matière de droits des femmes et de liberté des médias, qui constituaient les principales réussites des efforts de reconstruction postérieurs à 2001. Fin 2021, de nombreux établissements d’enseignement secondaire pour filles étaient encore fermés, et les femmes n’étaient généralement pas autorisées à travailler en dehors des métiers de l’enseignement et de la santé.

« Les Afghans sont pris au piège entre l’oppression des talibans et le spectre de la famine », a déclaré Patricia Gossman, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Les gouvernements qui se sont impliqués en Afghanistan au cours des deux dernières décennies devraient fournir une aide humanitaire et financer les services de base, y compris la santé et l’éducation, tout en utilisant leurs moyens de pression sur les talibans pour faire cesser leurs violations des droits humains. »

Dans son Rapport mondial 2022, dont c’est la 32e édition et qui compte 752 pages, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans près de 100 pays. Kenneth Roth, son Directeur exécutif, y remet en question l’idée reçue selon laquelle l’autocratie serait en plein essor. Récemment, dans divers pays, de nombreuses personnes sont descendues dans la rue malgré le risque d’être arrêtées ou de se faire tirer dessus, preuve que l’attrait de la démocratie reste fort. Dans le même temps, les autocrates ont de plus en plus de mal à manipuler les élections en leur faveur. Pour Kenneth Roth, il n’en reste pas moins que les dirigeants démocrates doivent faire plus encore pour relever les défis au niveau national et mondial, et s’assurer que la démocratie tienne ses promesses.

L’évacuation chaotique de milliers d’Afghans a laissé sur place un très grand nombre de personnes qui risquent de subir des actes de vengeance des talibans. Les forces talibanes ont procédé à l’exécution sommaire de nombreux anciens membres des forces de sécurité du précédent gouvernement. Le gel des réserves de devises du pays et les suppressions d’aides internationales ont accéléré l’effondrement de l’économie, laissant des millions d’Afghans menacés par la famine. L’effondrement des services de santé est tel que de nombreux Afghans risquent de perdre l’accès à la plupart des soins de santé physique et mentale.

Dans les semaines qui ont suivi la prise de pouvoir des Talibans, le nouveau gouvernement a annoncé toute une série de politiques et de règlementations qui restreignent les droits des femmes. Les autorités talibanes ont également imposé de larges restrictions à la liberté des médias, causant la fuite à l’étranger de nombreux journalistes et la fermeture de près de 70% des médias afghans. Les talibans mais aussi l’Etat islamique de la province du Khorasan (l’EI-K), la branche afghane de l’Etat islamique, ont procédé à des exécutions ciblées de civils, dont d’anciens fonctionnaires, des journalistes et des chefs religieux.

Le nombre de civils tués ou blessés dans le conflit a explosé durant le premier semestre 2021, en raison des attaques menées à la fois par les talibans et par les forces de sécurité du gouvernement afghan, essentiellement des frappes aériennes dans le cas du gouvernement. L’EI-K a également lancé de nombreuses attaques contre des structures civiles, y compris des attentats contre des écoles et des mosquées, causant ainsi la mort de centaines de personnes, la plupart appartenant à la communauté hazara. Les attentats de l’EI-K ont continué après la prise de pouvoir des talibans.

Le procureur général de la Cour pénale internationale a sollicité l’autorisation de reprendre son enquête sur l’Afghanistan mais a déclaré qu’il se concentrerait sur les crimes présumés des talibans et de l’EI-K, et ne donnerait pas la priorité à ceux qu’auraient commis les forces militaires américaines, la CIA et les forces de sécurité du précédent gouvernement afghan.