Colombie : information sur la situation des Afro-Colombiens, y compris leur capacité de se réinstaller à Bogotá, à Cartagena et à Barranquilla et d’avoir accès au logement, à l’emploi, à l’éducation et aux soins de santé; répercussions de la COVID-19 (2019-juillet 2021) [COL200697.EF]

Direction des recherches, Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada

1. Aperçu

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, la Colombie a une population totale de 50,3 millions de personnes (Nations Unies 21 avr. 2021, 1). Selon un rapport publié en 2019 par le Département administratif national de statistique (Departamento Administrativo Nacional de Estadística – DANE) portant sur le recensement de 2018, [le recensement le [traduction] « plus récent » (FMI 22 févr. 2021, sect. 5.1.1)], et qui se penche sur la population noire, afro-colombienne, raizale et palenquera (Negra, Afrocolombiana, Raizal y Palenquera - NARP) [1], 2 982 224 Colombiens ont déclaré être NARP, comparativement à 4 311 757 lors du recensement de 2005, une diminution de 30,8 p. 100 (Colombie 6 nov. 2019, 16). Cette même source fournit les statistiques suivantes :

  Personnes qui se sont déclarées NARP lors du recensement de 2018 Personnes qui se sont déclarées NARP lors du recensement de 2005 Changement de 2005 à 2018 (en pourcentage)
Département d’Atlántico [avec sa capitale Barranquilla] 140 142 227 251 -38,33
Département de Bolivar [avec sa capitale Cartagena] 319 396 497 667 -35,82
District de la capitale, Bogotá 66 934 97 885 -31,62

(Colombie 6 nov. 2019, 35)

Des sources signalent que la population afro-colombienne est concentrée dans les départements situés à l’ouest (Amnesty International 9 janv. 2020) ou le long de la côte pacifique, dans le département de Cauca et [traduction] « à [Cali] et ses environs » (professeur agrégé 12 juill. 2021). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun renseignement sur les populations afro-colombiennes dans les villes de Barranquilla, de Cartagena et de Bogotá.

Le rapport de 2019 du DANE signale qu’il y a [traduction] « des obstacles à l’auto-identification ethnique et raciale », en particulier en milieu urbain, y compris « le racisme et la discrimination raciale » (Colombie 6 nov. 2019, 12). Dans un rapport de suivi pour 2019 sur des recommandations faites au sujet des droits de la personne en Colombie, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) de l’Organisation des États américains (OEA) souligne que les mesures prises par le gouvernement colombien pour régler le problème de [traduction] « l’invisibilité » des personnes d’ascendance africaine en Colombie, y compris l’adoption de programmes pour amasser et ventiler des données sur les Afro-Colombiens, étaient « partiellement conformes » aux recommandations de la CIDH (OEA 6 avr. 2020, sect. H, paragr. 164). Selon le Global African Worker (GAW), un magazine en ligne des États-Unis qui met l’accent sur les travailleurs d’ascendance africaine avec une [traduction] « approche progressiste, anti-impérialiste et centrée sur les travailleurs » (GAW s.d.), il n’y a toujours « pas de statistiques fiables sur les problèmes particuliers en matière d’emploi, d’éducation, de santé, d’alimentation, de logement et de déplacements forcés » auxquels font face les Afro-Colombiens (GAW 11 juin 2019).

Selon Freedom House, les Afro-Colombiens constituent le [traduction] « plus important » segment des personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDIP) et 80 p. 100 des Afro-Colombiens vivent sous le seuil de la pauvreté (Freedom House 3 mars 2021, sect. F4). Un rapport de 2020 du DANE signale que 37 p. 100 des personnes qui déclarent être Noires ou d’ascendance africaine vivent dans la pauvreté, soit 10 p. 100 au-dessus de la moyenne nationale (Colombie sept. 2020, 9). La même source souligne qu’à Cartagena, qui figure parmi les villes colombiennes ayant le [traduction] « plus grand nombre » de personnes qui se déclarent NARP, 12,4 p. 100 de la population a [des besoins essentiels non comblés (necesidades básicas insatisfechas - NBI)] (Colombie sept. 2020, 26). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun renseignement sur les taux de pauvreté des Afro-Colombiens à Bogotá et à Barranquilla.

2. Traitement réservé aux Afro-Colombiens
2.1 Traitement réservé par la société

Selon des sources, les Afro-Colombiens vivant à Bogotá, à Cartagena et à Barranquilla subissent de la discrimination raciale (professeur agrégé 12 juill. 2021; analyste principale 8 juill. 2021). Une professeure titulaire à l’Université d’Ottawa, qui est également chercheuse à l’Observatoire violence, criminalisation et démocratie (OVCD) [2], a affirmé au cours d’un entretien téléphonique avec la Direction des recherches que « certaines » personnes dans la société colombienne perçoivent les Afro-Colombiens comme des gens qui ont « participé » à des activités illégales ou qui ont « appuyé » des activités illégales, y compris celles des « narcotrafiquants, de la prostitution et des paramilitaires » (professeure titulaire 7 juill. 2021). La même source a en outre dit que ces perceptions sont « communes surtout » dans les « villes touristiques » comme Cartagena, compte tenu de la présence du trafic sexuel (professeure titulaire 7 juill. 2021).

Au cours d’un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, un professeur agrégé du Département d’histoire (Department of History) de l’Université de Toronto qui est également chercheur à l’OCVD, a affirmé que les Afro-Colombiens [traduction] « ordinaires » déplacés font l’objet « d’une surveillance et de pressions accrues » et il a ajouté que les Afro-Colombiens qui migrent à Bogotá « ressortiront » parce qu’ils appartiennent à une minorité ethnique, alors que ceux qui migrent à Barranquilla et à Cartagena depuis des régions rurales de la côte pacifique « ressortiront » en raison de leurs accents (professeur agrégé 12 juill. 2021).

2.2 Traitement réservé par les autorités

Au cours d’un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, une analyste principale de l’International Crisis Group à Bogotá, dont les recherches ont porté sur les dynamiques du conflit armé et de la migration en Colombie, a déclaré qu’à Bogotá, à Cartagena et à Barranquilla, les Afro-Colombiens résident dans des [traduction] « zones d’habitation pauvres » où les politiciens locaux ont des « relations » avec les « groupes criminels armés » et où les policiers font « alliance avec des groupes armés »; il n’y a « absolument aucune confiance envers les autorités », ce qui a pour conséquence que « très peu de crimes sont signalés » (analyste principale 8 juill. 2021). De même, le professeur agrégé a déclaré que [traduction] « partout au pays », il y a un « lien » entre le pouvoir politique régional et les groupes ayant succédé aux groupes paramilitaires et il a en outre souligné que les groupes paramilitaires sont « particulièrement présents dans les quartiers pauvres où se trouvent les PDIP afro-colombiennes » (professeur agrégé 12 juill. 2021). Au cours d’entretiens menés en 2020 par la même source, des Afro-Colombiens ont dit avoir été harcelés par la police et ils ont exprimé leur méfiance envers les autorités, qui peuvent supposer que les Afro-Colombiens viennent d’une région [traduction] « agitée » ou qu’ils sont membres d’un groupe de guérilleros ou d’une organisation criminelle; cette méfiance a des répercussions sur la volonté des Afro-Colombiens d’accéder aux services pour les PDIP (professeur agrégé 12 juill. 2021). Selon le GAW, les membres des mouvements sociaux afro-colombiens subissent du [traduction] « harcèlement policier » (GAW 11 juin 2019). En citant Temblores ONG, une ONG colombienne qui [traduction] « surveille la violence de l’État », le Guardian signale qu’il y a eu 7 992 cas de voies de fait et 30 cas d’agressions sexuelles en 2020 et que les victimes étaient « souvent » des migrants afro-colombiens (The Guardian 25 févr. 2021). Selon le New Humanitarian, un organe de presse sans but lucratif qui se spécialise dans les crises humanitaires (The New Humanitarian s.d.), il est difficile d’obtenir de l’information sur l’étendue de la violence policière contre les Afro-Colombiens, car les données amassées par la police ne sont pas ventilées en fonction de la race ou de l’origine ethnique (The New Humanitarian 25 sept. 2020).

Selon la professeure titulaire, il y a eu de la violence contre des Afro-Colombiens participant à des manifestations antigouvernementales dans des centres urbains; des Afro-Colombiens à Bogotá, à Cartagena et à Barranquilla sont pris pour cible par la police antiémeute [(Escuadrón Móvil Antidisturbios - Esmad)], une force policière civile qui relève du ministère de la Défense (professeure titulaire 7 juill. 2021). La même source a ajouté que dans la foulée des manifestations en lien avec la situation sécuritaire et la réponse des autorités à la COVID-19, des Afro-Colombiens à Bogotá, à Cartagena et à Barranquilla ont été « très touchés » par le « discours » et la « perception » des forces de sécurité selon laquelle ils appuieraient les guérilleros et les trafiquants de drogue; la police antiémeute a « ciblé » des leaders d’ascendance africaine (professeur titulaire 7 juill. 2021). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

2.3 Traitement réservé par les groupes armés

Dans un rapport publié en décembre 2019 par la CIDH portant sur la période allant de janvier 2016 à décembre 2019, on peut lire que les départements de Bogotá et d’Atlántico figurent parmi les zones où des défenseurs des droits de la personne, y compris les leaders afro-colombiens, ont reçu [traduction] « le plus grand nombre de menaces » (OEA 6 déc. 2019, paragr. 20, 22, 56, 127, 129). Au dire de la professeure titulaire, les leaders afro-colombiens sont « ciblés » par des groupes criminels dans des villes comme Bogotá, Cartagena et Barranquilla (professeure titulaire 7 juill. 2021).

L’analyste principale a affirmé que les Afro-Colombiens des zones urbaines pauvres subissent du recrutement forcé (analyste principale 8 juill. 2021). La professeure titulaire a signalé que les trafiquants de drogues prennent « pratiquement exclusivement » pour cible les jeunes hommes afro-colombiens pour le recrutement forcé, « notamment » à Bogotá et à Cartagena (professeure titulaire 7 juill. 2021). Dans un rapport de la Fondation pour la paix et la réconciliation (Fundación Paz y Reconciliación - Pares), une ONG effectuant des recherches et des analyses sur des sujets comme la sécurité, les conflits armés internes et la criminalité (Devex s.d.), il est écrit que 10 jeunes d’un quartier afro-colombien dans la municipalité de Soacha près de Bogotá ont été recrutés par le gang criminel Los Paisas (également appelé El Mesa) (Pares 15 mars 2020). La même source ajoute qu’il y a au moins 20 groupes criminels [traduction] « possible[ment] » présents à Soacha (Pares 15 mars 2020).

Selon la professeure titulaire, les jeunes femmes afro-colombiennes qui migrent dans les centres urbains subissent du harcèlement et des menaces et risquent d’être recrutées pour la prostitution et la traite de personnes, en particulier à Bogotá et à Cartagena (professeure titulaire 7 juill. 2021). L’analyste principale a elle aussi signalé des [traduction] « problèmes liés à l’exploitation sexuelle » des femmes d’ascendance africaine et elle a ajouté qu’il y a un sous-signalement « très grave » de la violence fondée sur le genre dans les zones pauvres de Bogotá, de Barranquilla et de Cartagena; à Bogotá, il y a eu des cas où la violence sexuelle et la violence fondée sur le genre ont été utilisées comme menaces contre des personnes qui envisageaient de signaler un crime ou de résister à l’exploitation (analyste principale 8 juill. 2021).

3. Capacité de se réinstaller à Bogotá, à Cartagena et à Barranquilla
3.1 Déplacement interne rural

La professeure titulaire a affirmé qu’une « double dynamique » est en jeu pour les Afro-Colombiens qui se réinstallent dans des centres urbains comme Bogotá, Cartagena et Barranquilla (professeure titulaire 7 juill. 2021). Premièrement, le retour « promis » de terres ancestrales afro-colombiennes légalement reconnues le long de la côte pacifique n’a pas été une réussite; les leaders afro-colombiens qui défendent les droits de la personne sont menacés et tués par des groupes paramilitaires et des groupes criminels dans la région (professeure titulaire 7 juill. 2021). Deuxièmement, après avoir migré dans des centres urbains, les Afro-Colombiens sont pris pour cible par des groupes criminels armés (professeure titulaire 7 juill. 2021). Dans un article rédigé par Sheila Gruner, une professeure agrégée de développement communautaire, économique et social à l’Université Algoma au Canada, on peut lire que des communautés afro-colombiennes ont un droit constitutionnel sur des terres faisant l’objet d’un certificat de titre collectif dans la région de la côte pacifique; toutefois, la violence dans la région a atteint des [traduction] « niveaux critiques » depuis les pourparlers de paix (Gruner 8 mars 2021). La même source ajoute que le gouvernement colombien n’a [traduction] « aucune présence effective » dans la région et qu’il a « en fait abandonn[é] » ces communautés (Gruner 8 mars 2021). Pour obtenir des renseignements additionnels au sujet de la situation des Afro-Colombiens et le traitement qui leur est réservé sur la côte pacifique, y compris leur déplacement et la mise en œuvre du programme de restitution des terres, veuillez consulter la réponse à la demande d’information COL200219 publiée en mai 2020.

Un rapport publié en 2020 par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) souligne que la situation sécuritaire le long de la côte du Pacifique a mené au [traduction] « confinement d’un nombre croissant de communautés », ce qui touche « principalement » des Autochtones et des Afro-Colombiens, en particulier dans les départements de Chocó et de Nariño (Nations Unies 24 juin 2020, 39). Selon Human Rights Watch (HRW), les restrictions en lien avec la COVID-19 ont [traduction] « gêné le travail des organisations humanitaires qui aident les PDIP en Colombie » (HRW 13 janv. 2021). Pour obtenir des renseignements additionnels au sujet des restrictions sur les déplacements imposées par les groupes armés aux communautés de la côte pacifique, veuillez consulter la réponse à la demande d’information COL200219 publiée en mai 2020.

3.2 Déplacement interne urbain

Selon l’analyste principale, les villes de Bogotá, de Barranquilla et de Cartagena ont [traduction] « d’importantes » populations de PDIP comprenant des Afro-Colombiens qui s’installent dans les quartiers pauvres (analyste principale 8 juill. 2021). La professeure titulaire a signalé que les Afro-Colombiens qui se réinstallent dans des villes comme Bogotá, Cartagena et Barranquilla arrivent souvent « déjà très pauvres » (professeure titulaire 7 juill. 2021).

Au dire de l’analyste principale, les groupes armés sont [traduction] « facilement » en mesure de trouver les Afro-Colombiens qui se sont réinstallés pour se soustraire à leurs menaces, car ces groupes ont « des réseaux dans toutes les grandes villes » (analyste principale 8 juill. 2021). La même source a ajouté qu’à Bogotá, la présence de groupes criminels dans les secteurs pauvres entraîne le déplacement intra-urbain continu des Afro-Colombiens (analyste principale 8 juill. 2021). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

3.3 Accès au logement

Dans un rapport publié en 2019 par la CIDH sur la situation des droits de la personne en Colombie, les Afro-Colombiens sont aux prises avec des [traduction] « obstacles importants » en matière d’accès au logement (OEA 21 mars 2019, paragr. 160). L’analyste principale a dit que dans [traduction] « toutes les grandes villes », les Afro-Colombiens subissent de la discrimination raciale lorsqu’ils cherchent un logement (analyste principale 8 juill. 2021). La même source a ajouté que les Afro-Colombiens vivent dans des secteurs pauvres du Sud de Bogotá (analyste principale 8 juill. 2021). Au cours d’un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, une professeure de sociologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) qui est aussi chercheuse à l’OVCD, a affirmé que les Afro-Colombiens qui migrent vers les villes vivent dans des secteurs informels ou dans des quartiers subventionnés par le gouvernement (professeure de sociologie 12 juill. 2021). La même source a ajouté que les Afro-Colombiens construisent des habitations de fortune en périphérie de la ville dans des secteurs sans services publics (professeure de sociologie 12 juill. 2021). L’analyste principale a remarqué qu’en l’absence de services publics gratuits, les gens des zones d’habitation pauvres se fient aux services informels vendus par des groupes criminels, y compris pour l’eau et les transports publics (analyste principale 8 juill. 2021). La même source a en outre ajouté que les Afro-Colombiens qui se réinstallent à Cartagena sont souvent concentrés dans les secteurs [traduction] « propices aux inondations » et sont exposés à des difficultés en raison de leur ségrégation géographique (analyste principale 8 juill. 2021).

3.4 Accès à l’emploi

Dans un rapport publié en mars 2019 par la CIDH, on peut lire que les Afro-Colombiens se heurtent à de [traduction] « graves obstacles » en matière d’accès à l’emploi, en particulier pour les postes de direction et de gestion (OEA 21 mars 2019, paragr. 160). L’analyste principale a affirmé que les Afro-Colombiens qui se réinstallent dans les quartiers pauvres de Bogotá, de Barranquilla et de Cartagena vivent [traduction] « de la discrimination sur le marché de l’emploi » et éprouvent un manque de possibilités économiques (analyste principale 8 juill. 2021). Selon la professeure de sociologie, les Afro-Colombiens sont « traditionnellement » dépendants de l’agriculture, mais ils ne peuvent pas poursuivre dans ce domaine lorsqu’ils se réinstallent dans les grandes villes (professeure de sociologie 12 juill. 2021). Au dire du professeur agrégé, les Afro-Colombiennes ont été touchées négativement par les confinements en lien avec la COVID-19, car elles travaillent [traduction] « habituellement » dans le secteur des services (professeur agrégé 12 juill. 2021). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

3.5 Accès à l’éducation

Selon le rapport de mars 2019 de la CIDH, les Afro-Colombiens se heurtent à de [traduction] « graves obstacles » en matière d’accès à l’éducation (OEA 21 mars 2019, 548). D’après le GAW, les établissements d’enseignement en Colombie ne font pas un suivi [traduction] « régulier » du nombre de leurs élèves afro-colombiens (GAW 11 juin 2019). L’analyste principale a affirmé qu’il y a un [traduction] « registre de pauvreté » [(Sistema de identificación de potenciales beneficiarios de programas sociales - Sisbén)] auquel les Colombiens peuvent s’inscrire pour obtenir une éducation et des soins de santé gratuits (analyste principale 8 juill. 2021). La Banque mondiale explique que le Sisbén est un [traduction] « [r]egistre [s]ocial [i]ntégré » qui aide à cibler l’allocation des programmes d’aide sociale en amassant les données socio-économiques des personnes inscrites au registre (Banque mondiale 15 déc. 2020, paragr. 5). Des sources soulignent que le processus d’inscription est bureaucratique (professeure de sociologie 12 juill. 2021; analyste principale 8 juill. 2021) et [traduction] « très compliqué » (analyste principale 8 juill. 2021). L’analyste principale a déclaré que le niveau d’éducation des personnes déplacées migrant vers les villes est [traduction] « insuffisant pour naviguer » dans le système (analyste principale 8 juill. 2021). Selon la même source, les obstacles suivants nuisent également à l’accès à ces ressources :

[traduction]

Beaucoup de paperasse et de documents sont nécessaires, souvent des documents que les Afro-Colombiens déplacés n’ont pas, en plus d’une série de visites de représentants de l’État au domicile de la personne. Même si l’inscription est complétée et toutes ces étapes sont franchies, il peut falloir des mois et des mois avant que la demande soit traitée (analyste principale 8 juill. 2021).

D’après la professeure de sociologie, bien que les écoles primaires et secondaires soient plus accessibles dans les villes, les écoles et les autobus ne sont pas offerts dans les quartiers des PDIP et les élèves de ces quartiers doivent marcher pendant 40 minutes pour se rendre à l’école (professeure de sociologie 12 juill. 2021).

Des sources signalent que des bourses d’études postsecondaires sont réservées aux étudiants afro-colombiens (professeure titulaire 7 juill. 2021; Semana 2 juill. 2021). Selon la professeure titulaire, la poursuite des études postsecondaires est une autre raison pour laquelle les Afro-Colombiens se réinstallent dans des villes comme Bogotá, Cartagena et Barranquilla (professeure titulaire 7 juill. 2021). La même source a ajouté que les Afro-Colombiens qui étudient les sciences politiques ou le journalisme sont « plus à risque » d’être pris pour cible et elle a remarqué que certains Afro-Colombiens qui étudient en journalisme et en sciences politiques ont refusé d’être interviewés par la source pendant des manifestations « par peur d’être ciblés par la police et les groupes armés » (professeure titulaire 7 juill. 2021). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

3.6 Accès aux soins de santé

Selon le GAW, les fournisseurs de soins de santé en Colombie n’amassent pas d’information sur la [traduction] « composition ethnique et raciale » de leurs patients; en raison de ce manque d’information, les fournisseurs affirment qu’ils ne sont pas en mesure d’élaborer des politiques de santé pour les Afro-Colombiens (GAW 11 juin 2019). Dans le rapport de mars 2019 de la CIDH, on peut lire que les Afro-Colombiens se heurtent à de [traduction] « graves obstacles » en matière d’accès aux soins de santé (OEA 21 mars 2019, 548). La professeur titulaire a signalé que les Afro-Colombiens qui se réinstallent dans les grandes villes arrivent avec peu de ressources financières et qu’ils donc sont incapables de payer pour des soins de santé (professeure titulaire 7 juill. 2021). La professeure de sociologie a remarqué que les Afro-Colombiens « défavorisés » ont accès à des soins de santé gratuits au moyen du Sisbén; toutefois, le service est lent et n’arrive pas à répondre à la demande (professeure de sociologie 12 juill. 2021). D’après cette même source, le processus de demande « incroyable[ment] » bureaucratique nuit à l’accès aux services (professeure de sociologie 12 juill. 2021). Une Afro-Colombienne interviewée par la même source n’a pas été en mesure de recevoir un traitement à l’hôpital parce qu’elle n’avait pas de pièces d’identité; la femme a finalement été transférée dans un hôpital privé, qui exigeait uniquement un paiement et pas de pièce d’identité (professeure de sociologie 12 juill. 2021). Lors d’une autre entrevue menée par la professeure de sociologie, une Afro-Colombienne de Barranquilla qui a reçu des soins de santé au moyen du Sisbén a dû vendre de la soupe pour payer le billet d’autobus pour se rendre à l’hôpital (professeure de sociologie 12 juill. 2021).

4. Répercussions de la COVID-19

Selon un rapport annuel de 2020 de la CIDH citant l’Institut national de la santé, 46 953 Afro-Colombiens sont morts de la COVID-19 et les régions ayant les plus hauts taux de cas de COVID-19 comprennent Bogotá (7 472), Barranquilla (7 343) et Cartagena (3 713) (OEA 16 avr. 2021, paragr. 263). La même source a écrit que la COVID-19 [traduction] « a creusé l’inégalité raciale historique qui se reflète dans les conditions structurellement précaires » dans les départements où les Afro-Colombiens se sont établis (OEA 16 avr. 2021, paragr. 263). Justice pour la Colombie (Justice for Colombia – JFC), une organisation syndicale britannique appuyant le travail de la société civile colombienne (JFC s.d.), souligne que les [traduction] « Afro-Colombiens sont touchés de manière disproportionnée par les inégalités structurelles où de nombreuses personnes vivent dans des conditions très précaires, dans des logements insalubres et avec peu ou pas d’accès aux services essentiels comme des cliniques, des écoles et des routes décentes » ce qui les rend « hautement vulnérables » à la COVID-19 (JFC 16 févr. 2021). Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies, les communautés afro-colombiennes sont [traduction] « particulièrement touchées » par l’insécurité alimentaire accrue engendrée par le fait de s’isoler en raison de la COVID-19 (Nations Unies 21 avr. 2021, 6).

L’analyste principale a déclaré que le confinement a créé de nouveaux obstacles à l’accès aux services publics pour les PDIP en raison de la transition de nombreux processus vers des plates-formes en ligne, car les Afro-Colombiens déplacés n’ont [traduction] « peut-être pas » accès à Internet (analyste principale 8 juill. 2021). Selon le DANE, 26,9 p. 100 des ménages NARP ont accès à Internet, comparativement à la moyenne nationale de 43,4 p. 100 (Colombie 6 nov. 2019, 56). Selon la professeure de sociologie, de nombreux Afro-Colombiens sont analphabètes et n’ont pas accès à Internet et ont dû demander l’aide d’intermédiaires pour demander de l’aide sociale (professeure de sociologie 12 juill. 2021).

Au dire de l’analyste principale, les enfants afro-colombiens risquent [traduction] « le travail forcé et l’exploitation sexuelle et le recrutement dans les groupes armés » parce que les écoles sont fermées en raison de la COVID-19 (analyste principale 8 juill. 2021).

5. Protection offerte par l’État

Selon des sources, le Bureau du protecteur du citoyen (Defensoría del Pueblo) reçoit les plaintes de violations des droits de la personne (professeure titulaire 7 juill. 2021) ou de mauvais traitements (analyste principale 8 juill. 2021). L’analyste principale a déclaré que le protecteur du citoyen peut seulement recevoir la plainte, [traduction] « l’anonymiser » et tenter de demander à d’autres organisations gouvernementales d’intervenir « dans un sens large », plutôt que d’agir relativement à un cas ou une plainte en particulier (analyste principale 8 juill. 2021). Selon des sources, le gouvernement de la Colombie a choisi un nouveau protecteur de citoyen (professeure titulaire 7 juill. 2021; Semana 14 août 2020) qui est entré en poste en août 2020 (Semana 14 août 2020). D’après la professeure titulaire, le Bureau du protecteur du citoyen « fonctionnait très bien » par le passé; toutefois, le nouveau protecteur du citoyen est « complètement complaisant à l’égard de la violence de l’État », et « on ne publie plus » les données sur les plaintes reçues (professeure titulaire 7 juill. 2021). La même source a poursuivi en déclarant ceci :

Actuellement, toutes personnes cherchant à porter plainte se trouvent face à un mur, et ce, dans un contexte où l’État a déclaré que les militaires ont le droit de tirer sur les manifestants supposés terroristes, et des groupes armés les menacent si elles portent plainte. Donc les Afro-Colombiens qui subissent de mauvais traitements sont obligés de passer par des ONG, notamment Temblores qui fournit des données à l’ONU dans l’absence de données fournies par le gouvernement […] [L’Instituto de Estudios para el Desarrollo y la Paz (Indepaz)] est une autre ONG importante qui travaille sur les droits des Afro-descendants et qui enregistre les plaintes. Par contre, ces ONG n’ont pas l’oreille du gouvernement et sont considérées par le gouvernement comme des faiseurs de troubles. Dans cet environnement, on rapporte moins de plaintes (professeure titulaire 7 juill. 2021).

Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

Selon des sources, l’ordonnance de protection (tutelas) est un autre mécanisme de protection offert aux Afro-Colombiens (Delaney 2008, 54; professeure de sociologie 12 juill. 2021); il leur permet d’entamer des procédures judiciaires contre toute violation de leurs droits constitutionnels fondamentaux (Delaney 2008, 54). Des sources signalent que dans certains cas où le juge a tranché en faveur du plaignant, la décision n’a pas été mise en œuvre (FPP et Resguardo Indígena de Origen Colonial Cañamomo Lomaprieta 26 mars 2021, 8; professeure de sociologie 12 juill. 2021).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.

Notes

[1] Le Département administratif national de statistique (Departamento Administrativo Nacional de Estadística – DANE) souligne que la population noire, afro-colombienne, raizale et palenquera (Negra, Afrocolombiana, Raizal y PalenqueraNARP) est composée de trois groupes ethniques : 1) les Raizals de l’archipel de San Andrés et Providencia; 2) les Palenqueros de San Basilio et 3) les Noirs et les Afro-Colombiens ainsi que les personnes métissées et d’ascendance africaine (Colombie 6 nov. 2019, 10).

[2] L’Observatoire violence, criminalisation et démocratie (OVCD) est une équipe de recherche financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) qui mène une recherche sur la criminalisation de la défense des droits en Amérique latine, y compris en Colombie (OVCD s.d.).

Références

Amnesty International. 9 janvier 2020. Duncan Tucker. « Afro-Colombian Women Are Risking Their Lives to Defend Their Communities ». [Date de consultation : 17 juin 2021]

Analyste principale, International Crisis Group, Bogotá. 8 juillet 2021. Entretien téléphonique avec la Direction des recherches.

Banque mondiale. 15 décembre 2020. Support to the Development of Colombia's Integrated Social Registry. Program Information Documents (PID). [Date de consultation : 9 août 2021]

Colombie. Septembre 2020. Departamento Administrativo Nacional de Estadística (DANE). Conferencia regional sobre población y desarrollo. [Date de consultation : 18 juin 2021]

Colombie. 6 novembre 2019. Departamento Administrativo Nacional de Estadística (DANE). Población negra, afrocolombiana, raizal y palenquera. [Date de consultation : 18 juin 2021]

Delaney, Patrick. 2008. « Legislating for Equality in Colombia: Constitution Jurisprudence, Tutelas, and Social Reform ». The Equal Rights Review. Vol. 1. [Date de consultation : 13 juill. 2021]

Devex. S.d. « Fundacion Paz y Reconciliacion (Pares) ». [Date de consultation : 9 août 2021]

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Forest Peoples Programme (FPP) et Resguardo Indígena de Origen Colonial Cañanomro Lomaprieta. 26 mars 2021. Elementos de contienda contra la impunidad del genocidio en Colombia. [Date de consultation : 29 juin 2021]

Freedom House. 3 mars 2021. « Colombia ». Freedom in the World 2021. [Date de consultation : 17 juin 2021]

Fundación Paz y Reconciliación (Pares). 15 mars 2020. « Alerta por reclutamiento de jóvenes en Soacha ». [Date de consultation : 9 août 2021]

Global African Worker (GAW). 11 juin 2019. Agripina Hurtado. « Colombian Workers and the Fight Against Racial Discrimination ». [Date de consultation : 17 juin 2021]

Global African Worker (GAW). S.d. Bill Fletcher, Jr. « Welcome to the Global African Worker ». [Date de consultation : 17 juin 2021]

Gruner, Sheila. 8 mars 2021. « Peace for Indigenous and Black Communities in Colombia? ». Our Times. [Date de consultation : 18 juin 2021]

The Guardian. 25 février 2021. Joe Parkin Daniels. « Colombian Police Killed 86 People in 2020, Report Reveals ». [Date de consultation : 16 juill. 2021]

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Justice for Colombia (JFC). 16 février 2021. « Coronavirus : What Is the Impact in Colombia? » [Date de consultation : 16 juill. 2021]

Justice for Colombia (JFC). S.d. « About JFC/Who We Are ». [Date de consultation : 16 juill. 2021]

Nations Unies. 21 avril 2021. Bureau de la coordination des affaires humanitaires. Colombia: Humanitarian Needs Overview Summary 2021. [Date de consultation : 18 juin 2021]

Nations Unies. 24 juin 2020. Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR). Projected Global Resettlement Needs 2021. [Date de consultation : 29 juin 2021]

The New Humanitarian. 25 septembre 2020. Genevieve Glatsky. « What's Really Behind Colombia's Protests ». [Date de consultation : 16 juill. 2021]

The New Humanitarian. S.d. « About Us ». [Date de consultation : 16 juill. 2021]

Observatoire violence, criminalisation et démocratie (OVCD) S.d. « Notre Mission ». [Date de consultation : 9 août 2021]

Organisation des États américains (OEA). 16 avril 2021. Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). « Chapter IV.A Human Rights Development in the Region ». Annual Report 2020. [Date de consultation : 29 juin 2021]

Organisation des États américains (OEA). 6 avril 2020. Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). « Chapter V Follow-Up on Recommendations Made by the IACHR in its Country or Thematic Reports ». Annual Report 2019. [Date de consultation : 29 juin 2021]

Organisation des États américains (OEA). 6 décembre 2019. Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). Human Rights Defenders and Social Leaders in Colombia. (OEA/Ser.L/V/II.) [Date de consultation : 29 juill. 2021]

Organisation des États américains (OEA). 21 mars 2019. Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). « Chapter V Follow-Up on Recommendations Made by the IACHR in its Country or Thematic Reports ». Annual Report 2018. [Date de consultation : 29 juin 2021]

Professeur agrégé, University of Toronto. 12 juillet 2021. Entretien avec la Direction des recherches.

Professeure de sociologie, Université du Québec à Montréal (UQAM). 12 juillet 2021. Entretien téléphonique avec la Direction des recherches.

Professeure titulaire, Université d’Ottawa. 7 juillet 2021. Entretien téléphonique avec la Direction des recherches.

Semana. 2 juillet 2021. « 18.000 millones de pesos en créditos de estudio condonables para comunidades afro, anunció el ICETEX ». [Date de consultation : 8 juill. 2021]

Semana. 14 août 2020. « Carlos Camargo, elegido como nuevo defensor del Pueblo ». [Date de consultation : 8 juill. 2021]

Autres sources consultées

Sources orales : Asociación Minga; Asociación Nacional de Afrocolombianos Desplazados; Barranquilla – hôtel de ville; Cartagena – hôtel de ville; Colectivo de Abogados José Alvear Restrepo; Colombie – Dirección de Asuntos Comunidades Negras, Afrocolombianas, Raizales y Palenqueras, Ministerio del Interior, Ministerio de Vivienda, Ciudad y Territorio; Comisión Intereclesial de Justicia y Paz; Conferencia Nacional de Organizaciones Afrocolombianas; DeJusticia; Instituto de estudios para el Desarrollo y la paz; Peace Brigades International – représentant en Colombie; Proceso de Communidades Negras de Colombia; professeur agrégé dans une université des États-Unis dont certains travaux de recherche s’intéressent aux vecteurs de la migration et aux personnes déplacées à l’intérieur du pays vivant dans les villes de Colombie; professeur agrégé dans une université canadienne dont certains travaux de recherche s’intéressent au développement économique et social des communautés en Colombie; professeur de droit dans une université des États-Unis dont certains travaux de recherche s’intéressent à la justice environnementale et territoriale et aux intérêts culturels des Afro-Colombiens; Washington Office on Latin America.

Sites Internet, y compris : Al Jazeera; Asociación Minga; Asociación Nacional de Afrocolombianos Desplazados; Center for Strategic and International Studies; The City Paper; Colombia Reports; Colombie – Departamento Nacional de Planeación, Ministerio de Educación Nacional, Ministerio del Interior, Ministerio de Vivienda, Ciudad y Territorio, Observatorio Contra la Discriminación y el Racismo, Sistema de Indentificación de Potenciales Beneficiarios de Programas Sociales; Comisión Intereclesial de Justicia y Paz; El Tiempo; Instituto de estudios para el Desarrollo y la paz; Inter-American Dialogue; Médecins sans frontières; Nations Unies – Organisation internationale pour les migrations; Temblores ONG; Washington Office on Latin America; The Washington Post.