Chine: Quatre moines tibétains condamnés à de lourdes peines

Les responsables locaux subissent des pressions pour engager des poursuites contre toute dissidence présumée 

(New York) – Les autorités chinoises dans la Région autonome du Tibet (TAR) ont poursuivi en justice quatre moines qui ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison pour des infractions douteuses, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Ces sentences reflètent les pressions croissantes exercées par Pékin sur les responsables locaux pour qu’ils restreignent les communications en ligne et punissent toute forme d’expression pacifique susceptible d’être traitée comme une présumée menace sécuritaire.

Ce rapport de 61 pages, intitulé « ‘Prosecute Them with Awesome Power’: China’s Crackdown on Tengdro Monastery and Restrictions on Communications in Tibet » («‘Poursuivez-les avec une puissance impressionnante’: La répression menée par la Chine contre le monastère de Tengdro et les restrictions imposées aux communications au Tibet »), détaille pour la première fois la répression menée par le gouvernement contre les moines tibétains dans un monastère peu connu, celui de Tengdro. En septembre 2019, la police de Lhassa, la capitale du Tibet, a découvert des messages privés parmi les données d’un téléphone portable perdu par Choegyal Wangpo, un moine tibétain. Plusieurs de ces messages avaient été échangés avec des moines tibétains vivant au Népal, et certains messages faisaient référence à des dons effectués après le tremblement de terre de 2015 au Népal. La police a réagi en menant au monastère de Tengdro une perquisition qui a été suivi de multiples arrestations, d’un suicide et, en 2020, du procès secret de quatre moines.

« Les peines sans précédent prononcées contre les moines de Tengdro illustrent le déferlement de mesures répressives qui s’abat au Tibet », a déclaré Sophie Richardson, directrice pour la Chine à Human Rights Watch. « La présomption du gouvernement chinois qui considère les moines et les nonnes tibétains comme des éléments subversifs potentiels, l’intensification de la sécurité aux frontières, les restrictions accrues sur les communications en ligne et sur les donations religieuses sont autant d’éléments combinés aboutissant à un déni de justice particulièrement choquant . »

Les quatre moines – Choegyal Wangpo, Lobsang Jinpa, Norbu Dondrup et Ngawang Yeshe – ont été condamnés respectivement à des peines de 20 ans, 19 ans, 17 ans et 5 ans de prison, bien que l’envoi de messages à l’étranger ou l’octroi de dons à des fins humanitaires ne constituent pas des violations de la loi chinoise.

Human Rights Watch a mené des entretiens avec des Tibétains vivant en exil, et a analysé des informations parues dans les médias officiels, sur les réseaux sociaux, et dans les médias de la communauté tibétaine en exil. L’objectif de Human Rights était d’examiner les circonstances ayant conduit à la perquisition du monastère, et les facteurs pouvant expliquer l’extrême lourdeur des sentences prononcées contre les moines de Tengdro.

En octobre 2020, peu après les condamnations des moines de Tengdro, Human Rights Watch a a enquêté sur l’arrestation de deux Tibétains pour avoir envoyé de l’argent à des membres de leur famille en Inde. L’une de ces personnes est morte, succombant à des blessures subies lors de sa détention.

Depuis lors, plusieurs informations ont paru dans les médias de la communauté tibétaine en exil sur des réunions organisées par des responsables locaux, dans la Région autonome du Tibet et dans d’autres zones à population tibétaine, lors desquelles ils menaçaient les habitants de mesures punitives s’ils contactaient des membres de leurs familles résidant hors de Chine. Les autorités ont également arrêté et passé à tabac des internautes tibétains, pour des publications sur les réseaux sociaux considérés comme des « menaces pour la sécurité nationale. » L’affaire des moines de Tengdro démontre la manière arbitraire et extrême dont les restrictions imposées aux communications en ligne sont appliquées dans les régions à population tibétaine.

Les moines emprisonnés devraient être immédiatement remis en liberté, et les gouvernements qui se préoccupent de ces questions et les Nations Unies devraient insister auprès du gouvernement chinois pour qu’il respecte les droits humains des Tibétains, a déclaré Human Rights Watch. Ces recommandations font écho à l’appel lancé en juin 2020 par 50 experts de l’ONU en matière de droits humains pour la création au sein de l’ONU d’un mécanisme permanent de surveillance de ces droits en Chine.

« Le terrible traitement infligé aux moines de Tengdro reflète les pressions exercées par le gouvernement chinois sur les responsables tibétains pour qu’ils repèrent et punissent des citoyens accusés de subversion politique – même si cette prétendue subversion n’est que le fruit de l’imagination des autorités », a affirmé Sophie Richardson.