Pakistan : information sur les ahmadis [Ahmadiyyas, Ahmadiyas, Ahmadiyyahs, Ahmaddiyas], y compris la distinction entre le groupe de Lahore et les autres ainsi que le traitement qui leur est réservé par la société et les autorités; la protection offerte par l’État (2018-décembre 2020) [PAK200387.EF]

Direction des recherches, Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada

1. Aperçu

Des sources signalent que le mouvement ahmadiste est une secte islamique fondée en 1889 (Encyclopedia Britannica 11 mai 2015; AMJ Canada s.d.) par Mirza Ghulam Ahmad dans la ville de Qadian au Pendjab, en Inde (Encyclopedia Britannica 11 mai 2015). Le mouvement ahmadiste s’est scindé lorsque le groupe original établi à Qadian a reconnu Ghulam Ahmad comme étant un prophète [nabi (Encyclopedia Britannica 11 mai 2015)], alors que le groupe de Lahore le voyait comme un réformateur (mujaddid) (Encyclopedia Britannica 11 mai 2015; MRG juin 2018). En 1947 [avec la création du Pakistan (Encyclopedia Britannica 11 mai 2015)], le mouvement ahmadiste a déplacé son siège de Qadian à Rabwah (Pendjab occidental), au Pakistan (Encyclopedia Britannica 11 mai 2015; MRG juin 2018). Pour obtenir des renseignements au sujet du traitement réservé aux ahmadis à Rabwah, veuillez consulter la réponse à la demande d’information PAK105713 publiée en janvier 2017. Des médias signalent qu’environ 4 millions de personnes se considèrent ahmadis au Pakistan (VOA 18 mai 2020; The Hindu 9 oct. 2018; BBC 12 déc. 2019).

2. Distinction entre les ahmadis de Lahore et les ahmadis de Qadian

Pour obtenir des renseignements au sujet de la distinction entre le groupe de Lahore [ou Lahori] et le groupe de Qadian [ou Qadiani], y compris les similitudes et les différences, veuillez consulter la réponse à la demande d’information ZZZ200425 publiée en décembre 2020.

3. Lois
3.1 Constitution du Pakistan

Selon des sources, la constitution du Pakistan a été modifiée en 1974 pour déclarer les ahmadis [traduction] « non musulmans » (HRW 28 juin 2018; Nations Unies 25 juill. 2018).

L’article 260 de la constitution du Pakistan est ainsi libellé :

[traduction]

(3) Dans la Constitution et dans tous les textes législatifs et autres instruments juridiques, à moins qu’il n’y ait quoi que ce soit de répugnant dans le sujet ou le contexte,

  1. le terme « musulman » désigne toute personne qui croit en l’unité et en l’unicité d’Allah le Tout-Puissant, en la finalité absolue et sans réserve de la prophétie de Mahomet (que la paix soit sur lui), le dernier des prophètes, et qui ne croit pas en, ou ne reconnaît pas comme prophète ou réformateur religieux, toute personne qui a prétendu ou prétend être un prophète, quel que soit le sens ou la description de ce mot, après Mahomet (que la paix soit sur lui);
  2. le terme « non-musulman » désigne toute personne qui n’est pas musulmane, ce qui comprend les membres des communautés chrétienne, hindoue, sikhe, bouddhiste et parsie, les membres du groupe Qadiani ou Lahori (se désignant par le nom « ahmadis » ou tout autre nom), les membres de la communauté baha’ie, et les membres de l’une ou l’autre des castes répertoriées (Pakistan 1973).

3.2 Dispositions anti-blasphème du code pénal

D’après des sources, les ahmadis peuvent faire l’objet d’accusations en raison de leurs croyances religieuses, suivant les dispositions du code pénal du Pakistan (IHRC s.d.a) ou de la [traduction] « loi sur le blasphème » du Pakistan, soit l’article 295-C du code pénal (HRW 28 juin 2018). L’article 295-C du code pénal est ainsi libellé :

[traduction]

295-C. Emploi de remarques désobligeantes, etc., à l’égard du Saint Prophète. Quiconque, par des mots, parlés ou écrits, ou par une représentation visible, ou par toute imputation, insinuation ou allusion, directement ou indirectement, souille le nom sacré du Saint Prophète Mahomet (que la paix soit sur lui) sera condamné à mort ou à l’emprisonnement à perpétuité, et est également passible d’une amende (Pakistan 1860, en gras dans l’original).

En ce qui concerne l’article 295-C du code pénal du Pakistan, Human Rights Watch (HRW) apporte les précisions suivantes :

[traduction]

Le général Zia-ul-Haq et son gouvernement militaire ont institutionnalisé la persécution des ahmadis et d’autres minorités au Pakistan [en 1986] avec l’adoption de l’article 295-C. Le fait que les ahmadis croient en la prophétie de Mirza Ghulam Ahmad a été considéré comme blasphématoire parce que cette croyance « souillait le nom du prophète Mahomet », ce qui signifie que les ahmadis peuvent être condamnés à mort pour avoir simplement professé leur foi. Bien que les chiffres varient d’une année à l’autre, des ahmadis ont été accusés chaque année en vertu de la loi sur le blasphème (HRW 28 juin 2018).

Des sources signalent que les dispositions anti-blasphème sont parfois utilisées pour régler des différends personnels (VOA 14 oct. 2017; IHRC s.d.a). Le Washington Post a écrit en mai 2019 que [traduction] « les ahmadis sont fréquemment la cible d’accusations de blasphème fondées sur des motifs personnels, et quatre d’entre eux se trouvent incarcérés après avoir été condamnés à la peine de mort. Cependant, selon des chefs ahmadis, le simple fait d’être accusé peut s’avérer dévastateur » (The Washington Post 18 mai 2019).

Selon des sources, le code pénal du Pakistan a été modifié en 1984 pour interdire aux membres de la communauté ahmadie de professer ou de proclamer publiquement leur foi en tant que musulmans (HRW 8 mai 2020; É.-U. 10 juin 2020, 5).

Les articles 298-B et 298-C du code pénal du Pakistan sont ainsi libellés :

[traduction]

298-B. Usage impropre d’épithètes, de descriptions et de titres, etc., réservés à certains personnages ou lieux saints.

  1. Est passible d’une peine d’emprisonnement maximale de trois ans de l’une ou l’autre de ces descriptions ainsi que d’une amende quiconque appartient au groupe Qadiani ou Lahori (se désignant par le nom « ahmadis » ou tout autre nom) et, de vive voix, par écrit ou par représentation visible :
    1. renvoie ou s’adresse à toute personne autre qu’un calife ou un compagnon du saint prophète Mahomet (que la paix soit sur lui) en employant les termes « Ameer-ul-Mumineen », « Khalifa-tul-Mumineen », « Khalifa-tul-Muslimeen », « Sahaabi » ou « Razi Allah Anho »;
    2. renvoie ou s’adresse à toute personne autre qu’une épouse du Saint Prophète Mahomet (que la paix soit sur lui) en employant le terme « Ummul-Mumineen »;
    3. renvoie ou s’adresse à toute personne autre qu’un membre de la famille (Ahle-bait) du Saint Prophète Mahomet (que la paix soit sur lui) en employant le terme « Ahle-bait »; ou
    4. nomme ou appelle son lieu de culte « Masjid » ou le désigne par ce terme.
  2. Est passible d’une peine d’emprisonnement maximale de trois ans de l’une ou l’autre de ces descriptions ainsi que d’une amende quiconque appartient au groupe Qadiani ou Lahori (se désignant par le nom « ahmadis » ou tout autre nom) et, de vive voix, par écrit ou par représentation visible renvoie au mode ou à la forme d’appel à la prière utilisé dans sa foi en employant le terme « Azan », ou récite l’Azan de la même façon que le fait un musulman.

298C. Personne du groupe Qadiani, etc., se disant musulmane ou prêchant ou propageant sa foi. Est passible d’une peine d’emprisonnement maximale de trois ans de l’une ou l’autre de ces descriptions ainsi que d’une amende quiconque appartient au groupe Qadiani ou Lahori (se désignant par le nom « ahmadis » ou tout autre nom) et qui, directement ou indirectement, se fait passer pour un musulman, ou appelle ou désigne sa foi comme étant l’islam, ou prêche ou propage sa foi, ou invite d’autres personnes à accepter sa foi, par des mots, parlés ou écrits, ou par des représentations visibles, ou de quelque manière que ce soit qui heurte les sentiments religieux des musulmans (Pakistan 1860, mise en évidence dans l’original).

Il est précisé ceci dans un rapport publié par HRW que

[traduction]

[l]’ordonnance XX [qui a modifié le code pénal afin d’y inclure les articles 298-B et 298-C] a réduit les activités des minorités religieuses en général, mais a frappé les ahmadis en particulier en leur interdisant de « directement ou indirectement, se faire passer pour des musulmans ». Les ahmadis ne pouvaient donc plus professer leur foi, que ce soit oralement ou par écrit. La police pakistanaise a détruit les traductions du Coran par les ahmadis et leurs annotations. Les publications ahmadies ont été interdites, tout comme l’emploi de toute terminologie islamique sur les invitations de mariage ahmadies, les offres de prières funéraires ahmadies ou l’inscription du Kalima – la déclaration selon laquelle « il n’y a pas d’autre dieu qu’Allah, et Mahomet est son prophète », croyance fondamentale des musulmans – sur les pierres tombales ahmadies.

En outre, l’ordonnance XX a interdit aux ahmadis de déclarer publiquement leur foi, de propager leur foi, de construire des mosquées ou de faire l’appel à la prière musulmane. En effet, pratiquement tout acte public de culte ou de dévotion par un ahmadi pourrait être traité comme une infraction pénale (HRW 28 juin 2018).

3.3 Loi électorale

Selon des sources, les ahmadis n’ont pas le droit de vote au Pakistan, à moins de [traduction] « renoncer à leur foi » (HRW 28 juin 2018) ou d’accepter d’être déclarés non musulmans et d’être inscrits sur une liste électorale distincte de celle des autres citoyens pakistanais (HRW 28 juin 2018; IHRC s.d.a). Des sources signalent que la loi électorale de 2017 (Election Act, 2017) du Pakistan maintient les dispositions qui régissent le statut des ahmadis

(HRW 28 juin 2018; DRI 15 févr. 2018). La loi électorale de 2017 a été modifiée comme suit :

[traduction]

48-A. Le statut des ahmadis, etc., reste inchangé.

  1. Nonobstant toute disposition de la présente loi ou de toute autre loi actuellement en vigueur, y compris les règles ou les formulaires prescrits par celle-ci, le statut du groupe Qadiani ou du groupe Lahori (se désignant par le nom « ahmadis » ou tout autre nom) ou d’une personne qui ne croit pas en la finalité absolue et sans réserve de la prophétie de Mahomet (que la paix soit sur lui), le dernier des prophètes, et qui croit en, ou reconnaît comme prophète ou réformateur religieux, toute personne qui a prétendu ou prétend être un prophète, quel que soit le sens ou la description de ce mot, après Mahomet (que la paix soit sur lui) demeure le même que celui prévu dans la Constitution de la République islamique du Pakistan de 1973 (Pakistan 2017, en gras dans l’original).

Le Comité international des droits de la personne (International Human Rights Committee - IHRC) [1] fait observer que la liste électorale distincte est accessible au public, ce qui [traduction] « facilite la prise pour cible des ahmadis par les extrémistes » (IHRC s.d.a). De même, il ressort de l’International Religious Freedom Report for 2019 du Département d’État des États-Unis que, selon des chefs ahmadis, les membres de la communauté ahmadie sont [traduction] « davantage exposés aux menaces et à l’intimidation physique » en raison de la liste électorale distincte, et que « de nombreux ahmadis continuent de boycotter les élections, une pratique à laquelle ils adhèrent de longue date » (É.-U. 10 juin 2020, 19).

4. Traitement réservé par les autorités

Selon des sources, la communauté ahmadie est exposée à la [traduction] « persécution » de la part des autorités (É.-U. 28 avr. 2020, 32; HRW 8 mai 2020). HRW ajoute que les autorités [traduction] « arrêtent, emprisonnent et accusent les ahmadis pour blasphème et pour d’autres infractions en raison de leurs croyances religieuses » (HRW 28 juin 2018). Il est écrit dans l’International Religious Freedom Report for 2019 des États-Unis que, en 2019, 84 personnes ont été incarcérées suivant des accusations de blasphème, y compris 16 ahmadis, tandis que 29 personnes avaient été condamnées à mort suivant les mêmes accusations; selon des chefs ahmadis, 11 ahmadis ont été mis en accusation pour avoir pratiqué leur foi (É.-U. 10 juin 2020, 10, 13). La Commission des droits de la personne du Pakistan (Human Rights Commission of Pakistan - HRCP), une organisation indépendante de défense des droits de la personne établie à Lahore et disposant de plusieurs bureaux régionaux (HRCP s.d.), précise que huit ahmadis ont été accusés de blasphème en 2018, que dix ahmadis ont été arrêtés pour avoir [traduction] « prétendument » souillé le Coran, et qu’un ahmadi a été arrêté pour prédication (HRCP mars 2019, 115). Le 2 octobre 2020, trois membres de la communauté ahmadie ont été arrêtés parce qu’ils étaient accusés d’utiliser des symboles et des pratiques de l’islam à leur lieu de culte, après que la Haute Cour de Lahore (Lahore High Court - LHC) a rejeté leur demande de cautionnement anticipé (The Express Tribune 2 oct. 2020; Pakistan Today 2 oct. 2020).

4.1 Obtention de documents officiels

Des sources font observer que les ahmadis doivent surmonter des obstacles pour obtenir des pièces d’identité et des titres de voyage (HRW 28 juin 2018; ET 19 juin 2019), puisqu’ils doivent divulguer leur confession religieuse pour ce faire (HRW 28 juin 2018). D’après des sources, une décision rendue en 2018 par la Haute Cour d’Islamabad (Islamabad High Court - IHC) oblige les citoyens à prêter un serment de foi au moment de se joindre à l’armée, à la fonction publique (É.-U. 10 juin 2020, 18; AP 11 mars 2018; HRCP mars 2019, 114) ou au système judiciaire (É.-U. 10 juin 2020, 18; AP 11 mars 2018). L’International Religious Freedom Report for 2019 des États-Unis ajoute que [traduction] « en fin d’année, ni l’Assemblée nationale ni le Sénat n’avaient donné de suite au jugement de 2018, mais des représentants de la communauté ahmadie ont affirmé que la NADRA [l’Autorité nationale sur les bases de données et l’enregistrement (National Database and Registration Authority)] obligeait les ahmadis à déclarer dans un affidavit qu’ils sont non musulmans pour obtenir une carte nationale d’identité », soit une autre exigence établie par jugement de l’IHC (É.-U. 10 juin 2020, 18-19). Des militants font valoir que la décision touche tout particulièrement les ahmadis (É.-U. 28 avr. 2020, 33; AP 11 mars 2018). HRW écrit ceci au sujet des pièces d’identité et titres de voyage :

[traduction]

La loi pakistanaise exige que les citoyens déclarent leur religion lorsqu’ils demandent une carte nationale d’identité informatisée (CNIC) ou un passeport. Toute personne qui se déclare musulmane au moment de demander un passeport doit signer une déclaration intitulée « Déclaration pour musulmans » qui est libellée ainsi : « Je considère Mirza Ghulam Ahmad Qadiani comme un nabi imposteur et je considère également ses disciples […] non musulmans. » Le processus de demande de carte d’identité exige une déclaration similaire.

Cette exigence oblige avec efficacité les ahmadis à renoncer à un principe fondamental de leur foi pour obtenir des titres de voyage de base. L’une des conséquences de la déclaration liée au passeport a été d’empêcher des ahmadis d’accomplir le Hadj, le pèlerinage islamique que les ahmadis considèrent comme un devoir religieux (HRW 28 juin 2018).

4.2 Emploi, inclusion au sein de la Commission pour les minorités et éducation

Selon l’International Religious Freedom Report for 2019 des États-Unis, des représentants de minorités religieuses au Pakistan ont déclaré que [traduction] « la plupart » de ces groupes font l’objet de discrimination au moment de postuler des emplois dans la fonction publique (É.-U. 10 juin 2020, 24). Le Centre Pulitzer sur le reportage de crise (Pulitzer Center on Crisis Reporting - Pulitzer Center) [2] fait observer que les ahmadis ne peuvent pas occuper de postes gouvernementaux sans [traduction] « dénoncer publiquement Mirza Ghulam Ahmad » (Pulitzer Center 7 avr. 2020). Des sources signalent qu’une invitation faite à un ahmadi de joindre le Conseil consultatif sur l’économie (Economic Advisory Council - EAC) en 2018 a été retirée après des critiques (É.-U. 21 juin 2019, 13; HRCP mars 2019, 114) de la part de la population (É.-U. 21 juin 2019, 13) ou de partis politiques (HRCP mars 2019, 114). Il est par ailleurs écrit dans l’International Religious Freedom Report for 2018 des États-Unis que [traduction] « [d]es ecclésiastiques avaient enjoint le gouvernement à prendre d’autres mesures pour faire en sorte qu’aucun ahmadi ne puisse occuper de poste clé au sein du gouvernement » (É.-U. 21 juin 2019, 13).

Selon des sources, en mai 2020, le cabinet du Pakistan a refusé d’inclure des représentants de la communauté ahmadie au sein de sa toute nouvelle Commission nationale pour les minorités (National Commission for Minorities - NCM) (HRW 8 mai 2020; VOA 18 mai 2020; Reuters 7 mai 2020).

Il est souligné dans l’International Religious Freedom Report for 2019 des États-Unis que, d’après des représentants ahmadis, les ahmadis qui veulent poursuivre des études universitaires doivent, pour pouvoir être admis, signer une déclaration selon laquelle les ahmadis ne sont pas des musulmans (É.-U. 10 juin 2020, 23-24). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens ni aucun renseignement additionnel sur le traitement réservé aux ahmadis dans le système d’éducation.

4.3 Fermeture de lieux de culte

Des sources font état des fermetures suivantes de lieux de culte ahmadis par les autorités en 2019 :

  • En octobre, la police a partiellement démoli une mosquée ahmadie construite 70 ans plus tôt dans la province du Pendjab (AP 28 oct. 2019).
  • En septembre, la police a demandé à des membres de la communauté ahmadie de cesser de prier dans une maison privée à Gujranwala, dans le Pendjab, et dans un centre de prière à Nankana, dans le Pendjab (É.-U. 10 juin 2020, 17).
  • En août, un centre de prière ahmadi a été scellé par l’administration de district à Lahore après que des objections ont été formulées par des ecclésiastiques locaux quant au fait de permettre aux ahmadis de prier ouvertement (TPA août 2019; HRW 14 janv. 2020).
  • En juin, la police a demandé à des membres de la communauté ahmadie d’arrêter de prier dans une mosquée du district de Sheikhapura, dans le Pendjab (É.-U. 10 juin 2020, 17).

5. Traitement réservé par la société

Des sources signalent que des membres de la communauté ahmadie au Pakistan font l’objet de [traduction] « harcèlement » de la part de la société (É.-U. 28 avr. 2020, 32; HRW 28 juin 2018). La Commission asiatique des droits de la personne (Asian Human Rights Commission - AHRC), une ONG fondée par des juristes et des militants des droits de la personne en Asie qui assure la promotion des droits de la personne dans la région (AHRC s.d.), fait observer que [traduction] « les masses ont été incitées à tuer les ahmadis en tant que service rendu à la religion. Ces […] meurtriers sont ensuite célébrés comme des héros » (AHRC 24 oct. 2017). Selon l’AHRC, les articles 295-C, 298-B et 298-C du code pénal sont [traduction] « les principales sources qui incitent les fondamentalistes à agir en justiciers et à annihiler les opposants religieux » (AHRC 24 oct. 2017). De même, Minority Rights Group International (MRG) signale que ces articles exposent les membres de la communauté ahmadie à l’intimidation et à la victimisation de la part de la société (MRG juin 2018). Le Pulitzer Center souligne que

[traduction]

les lois anti-ahmadis influencent les attitudes sociétales, qui font en sorte que de nombreux musulmans ordinaires évitent les ahmadis et que ces derniers sont vulnérables à la violence extrémiste. Depuis 1984, plus de 260 ahmadis ont été tués, la plus récente attaque ayant incendié une mosquée ahmadie à Faisalabad et fait 30 blessés. (Pulitzer Center 7 avr. 2020).

Dans son Annual Report 2020, la Commission des États-Unis sur la liberté religieuse dans le monde (US Commission on International Religious Freedom - USCIRF) signale que les musulmans ahmadis sont également victimes de foules [traduction] « qui prennent leurs lieux de culte pour cible » (É.-U. 28 avr. 2020, 32).

Des sources font état des incidents de violence suivants à l’endroit des ahmadis en 2019-2020 :

  • Le 20 novembre 2020, une personne de 16 ans a ouvert le feu et tué un membre de la communauté ahmadie dans l’Est de la province du Pendjab alors qu’un groupe d’ahmadis était rassemblé dans une maison pour prier; l’adolescent a été arrêté (AP 20 nov. 2020).
  • Le 8 novembre 2020, un ahmadi de 82 ans a été tué à Peshawar, supposément à cause de sa religion (Al Jazeera 9 nov. 2020; VOA 8 nov. 2020).
  • Le 6 octobre 2020, un professeur qui adhérait à la foi ahmadie a été tué à la suite d’une vive dispute verbale au sujet de la religion (DPA 6 oct. 2020; Dawn 6 oct. 2020).
  • Le 29 juillet 2020, un homme accusé de blasphème a été tué durant son procès à Peshawar; le tueur a été arrêté (AP 29 juill. 2020). Deutsche Welle (DW), un organe d’information allemand, signale que le tireur avait informé la police qu’il avait [traduction] « reçu l’ordre de Mahomet de commettre le meurtre, parce que l’accusé était de confession ahmadie » (DW avec la DPA et l’AP 29 juill. 2020).

6. Réponse de l’État

L’organisation HRW signale que, [traduction] « [d]ans plusieurs cas, la police a été complice du harcèlement et des fausses accusations dont les ahmadis ont fait l’objet, ou est restée sans rien faire face à la violence contre les ahmadis » (HRW 28 juin 2018). Il ressort de l’International Religious Freedom Report for 2019 des États-Unis que, selon des membres de la société civile, les autorités n’ont pris aucune mesure à l’encontre des personnes qui avaient endommagé des mosquées ahmadies (É.-U. 10 juin 2020, 17).

Selon l’AHRC, trois hommes de confession ahmadie ont été condamnés à mort à la suite d’accusations de blasphème dans le village de Bhoiwaal en octobre 2017, parce qu’ils auraient, en 2014, retiré une affiche qui incitait les villageois à « ostraciser » ou à tuer les ahmadis (AHRC 24 oct. 2017). La même source précise que [traduction] « [d]e nombreux ahmadis accusés de blasphème ont été tués en prison par des policiers. Jamais une personne ayant commis ces gestes n’a été arrêtée ou punie » (AHRC 24 oct. 2017). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

Selon Voice of America (VOA), un diffuseur américain financé par le Congrès des États-Unis (VOA s.d.), en mai 2020, le ministre fédéral des Affaires religieuses et de l’Harmonie interconfessionnelle (Religious and Inter-Faith Harmony Affairs) a déclaré durant une entrevue télévisée que [traduction] « [q]uiconque manifeste de la sympathie ou de la compassion envers [les ahmadis] n’est […] loyal [ni] envers l’islam ni envers l’État du Pakistan » (VOA 18 mai 2020). D’après l’International Religious Freedom Report for 2018 des États-Unis, le même ministre avait déjà déclaré que le [traduction] « “[g]ouvernement et le premier ministre du Pakistan feront toujours opposition aux ahmadis” » (É.-U. 21 juin 2019, 2).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.

Notes

[1] Le Comité international des droits de la personne (International Human Rights Committee - IHRC) est une ONG de Londres qui assure la promotion de la liberté de religion ou de croyance, plus particulièrement en Asie et au Moyen-Orient, et dont les membres sont des professionnels du milieu des droits de la personne, des avocats, des politiciens et des universitaires du monde entier (IHRC s.d.b).

[2] Le Centre Pulitzer sur le reportage de crise (Pulitzer Center on Crisis Reporting - Pulitzer Center) est une organisation de Washington qui [traduction] « accroît la sensibilisation à l’égard des problèmes mondiaux dont il est peu fait état, en soutenant directement un journalisme de qualité sur toutes les plateformes médiatiques et en exécutant un programme unique d’éducation et de sensibilisation du public » (Pulitzer Center s.d.).

Références

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The Washington Post. 18 mai 2019. Pamela Constable. « Pakistan’s Most Famous Accused Blasphemer Escaped to Canada. Others Remain on Death Row ». [Date de consultation : 20 nov. 2020]

Autres sources consultées

Sources orales : Ahmadiyya Muslim Jama’at [Ahmadiyya Muslim Community] – bureaux au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni; Asian Human Rights Commission; Center for Research and Security Studies; Ontario Ahmadiyya Anjuman Isha’at Islam (Lahore).

Sites Internet, y compris : Amnesty International; ecoi.net; Freedom House; Nations Unies – Refworld, ReliefWeb.