Éthiopie: Protéger les civils menacés par la crise du Tigré

 
Les autorités devraient lever les restrictions imposées aux moyens de communication et éviter une catastrophe humanitaire 

(Nairobi, le 13 novembre 2020) - Le gouvernement éthiopien et les autorités de la région du Tigré devraient protéger les personnes et les biens menacés par les combats dans cette région, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Au milieu des informations crédibles faisant état d'un nombre croissant de victimes, les autorités des deux côtés devraient faciliter l'accès des groupes humanitaires, cesser d'interrompre les services essentiels et rétablir immédiatement les services de communication dans la région.

Dans la matinée du 4 novembre, le gouvernement éthiopien a lancé des opérations militaires dans le Tigré, l'une des régions semi-autonomes du pays. Le Premier ministre Abiy Ahmed a affirmé qu’il s’agissait d’une riposte à une attaque menée contre une base militaire fédérale par le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), le parti au pouvoir dans cette région. Le TPLF était précédemment membre de la coalition qui a dirigé l'Éthiopie pendant près de trois décennies, avant l’entrée en fonction d'Abiy en avril 2018.

« Les restrictions sévères imposées aux moyens de communication dans la région du Tigré, ainsi qu’à l'accès des agences humanitaires à cette zone, exposent des millions de personnes affectées par les combats a de graves risques », a déclaré Laetitia Bader, directrice pour la Corne de l'Afrique à Human Rights Watch. « Les autorités fédérales et régionales devraient respecter le droit à la vie des habitants et prendre toutes les mesures nécessaires pour les protéger, et leur porter assistance. »

Les combats font suite à une année de tensions croissantes entre le gouvernement fédéral et les autorités du Tigré. La situation s'est aggravée après que le gouvernement fédéral a reconverti la coalition au pouvoir, responsable de graves violations des droits humains, en un seul parti, et a reporté la tenue d’élections nationales en invoquant des risques sanitaires liés au Covid-19. Cette décision a été critiquée par plusieurs partis d’opposition, y compris par le TPLF, qui a tenu ses propres élections régionales en septembre, en dépit de la décision du gouvernement fédéral.

À la suite de l'attaque présumée contre la base militaire fédérale, les communications téléphoniques et Internet ont été rapidement suspendues dans la région, et le gouvernement fédéral a annoncé peu après une série de frappes aériennes dans les zones autour de la capitale régionale, Mekelle. Dix jours plus tard, le 10 novembre, on comptait déjà plus de 14 000 réfugiés éthiopiens - dont la moitié étaient des enfants – qui avaient traversé la frontière pour se réfugier au Soudan.

Des centaines de personnes auraient été tuées ou blessées le 9 novembre, lors d'un incident près de Mai Kadra, dans l'ouest du Tigré, où une grande partie des combats ont eu lieu.

Les autorités des deux camps devraient protéger la population exposée aux dangers liés aux combats, faciliter un accès immédiat et sans entrave aux agents de santé et aux travailleurs humanitaires, et mener une enquête impartiale sur les violences, a déclaré Human Rights Watch.

En vertu du droit international relatif aux droits humains, le gouvernement éthiopien a la responsabilité principale de répondre aux besoins des populations sur son territoire, et d’éviter une crise humanitaire imminente, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités régionales du Tigré doivent également répondre aux besoins des personnes sous leur contrôle effectif.

En outre, le droit international interdit la discrimination, l'ingérence injustifiée dans le droit à la vie privée, les traitements dégradants et les violations du droit à l'intégrité physique. Les autorités éthiopiennes devraient s'abstenir d'imposer des mesures qui risquent d’aggraver l'intolérance a l’égard des Tigréens, a ajouté Human Rights Watch.

Communiqué complet en anglais : en ligne ici.