Arménie : Des armes à sous-munitions ont tué des civils en Azerbaïdjan

 
Toutes les parties au conflit devraient cesser d’utiliser ces armes interdites, dont les stocks devraient être sécurisés et détruits
 

(Berlin, le 30 octobre 2020) - Les forces arméniennes ont utilisé ou fourni des armes à sous-munitions, pourtant interdites par un traité international, et au moins un autre type de roquette à longue portée lors d’une attaque menée le 28 octobre contre la ville de Barda en Azerbaïdjan, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. L’attaque contre cette ville, située à 230 kilomètres à l'ouest de la capitale azerbaïdjanaise Bakou, aurait tué au moins 21 civils et blessé au moins 70 autres personnes.

Human Rights Watch a analysé des photos de fragments d'armes à sous-munitions prises par des habitants ainsi que par des journalistes locaux et internationaux et locaux, sur les lieux de l'attaque et à proximité. Les images ont permis d’identifier  une roquette à sous-munitions Smerch, ainsi qu’une roquette à fragmentation Smerch dont l’ogive est freinée par un parachute. À la connaissance de Human Rights Watch, les forces arméniennes sont équipées de lance-roquettes Smerch, ce qui n’est pas le cas des forces du Haut-Karabakh. Il est donc probable que les forces arméniennes aient soit mené l'attaque, soit fourni les munitions aux forces du Haut-Karabakh. L’Arménie devrait cesser immédiatement d’utiliser des armes à sous-munitions, ou de les fournir aux forces du Haut-Karabakh.

« Il y a une raison pour laquelle ces armes brutales sont interdites par un traité international, et leur utilisation dans un centre-ville démontre un mépris flagrant pour la vie de civils et pour le droit international », a déclaré Belkis Wille, chercheuse senior aupres de la division Crises et conflits à Human Rights Watch. « Tous les pays devraient condamner l'utilisation d'armes à sous-munitions dans la guerre du Haut-Karabakh, et exhorter les parties au conflit à cesser de les utiliser. »

Le 28 octobre, le porte-parole du ministère arménien de la Défense, Shushan Stepanyan, a indiqué sur Facebook que la déclaration du ministère azerbaïdjanais de la Défense, selon laquelle les forces armées arméniennes auraient déployé des munitions Smerch contre la ville de Barda, était «  sans fondement et fausse ». Toutefois, le lendemain, il a publié deux nouveaux messages sur Facebook, évoquant des potentielles cibles militaires à Barda.

Les combats entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, qui se disputent le contrôle du Haut-Karabakh, se sont fortement intensifiés le 27 septembre. L'armée azerbaïdjanaise a utilisé des armes à sous-munitions dans au moins quatre incidents distincts depuis le début des combats, ainsi que l’a révélé Human Rights Watch le 23 octobre.

La ville de Barda a une population d'environ 40 000 habitants. Trois personnes qui se trouvaient à proximité de l'attaque menée le 28 octobre, vers 13h30, ont été interrogées par téléphone le lendemain par Human Rights Watch. Ces trois personnes ont dit avoir entendu plusieurs fortes explosions, suivies d'explosions moins fortes, ce qui correspondrait aux détonations des sous-munitions 9N235 visibles sur les photos.

Le bureau du procureur général d'Azerbaïdjan a publié les noms de 21 personnes qui auraient été  tuées lors de cette attaque, et a ajouté que 70 autres personnes avaient été blessées. On ignore si les armes à sous-munitions ont causé toutes les pertes civiles.

Human Rights Watch a examiné six vidéos et 28 photographies, et a pu confirmer l’emplacement de deux sites attaqués grâce à une analyse comparative avec des images satellite. L’un des deux sites se trouve à moins de 100 mètres de l’hôpital central de Barda, le principal hôpital encore opérationnel de cette ville.

Certaines photos montrent des fragments de l’ogive d'une roquette à sous-munitions Smerch, ainsi que des fragments de sous-munitions 9N235 n’ayant pas explosé. D’autres photos montrent des fragments d'un autre type de roquette Smerch, dont l’ogive à fragmentation est rattachée à un parachute pour contrôler sa descente, avant son explosion au-dessus du sol. Les dégâts subis par les bâtiments et les blessures des victimes sont conformes aux effets d’explosion et de fragmentation de ces armes.

Les armes à sous-munitions ont été interdites en raison de leur effet indiscriminé et de leur danger durable pour les civils. Les bombes à sous-munitions (BASM) sont conçues pour exploser dans le ciel et disperser des dizaines, voire des centaines, de petites bombes (les « sous-munitions ») sur une zone dont la superficie avoisine celle d'un terrain de football. De nombreuses sous-munitions n'explosent toutefois pas lors de l'impact initial, ce qui laisse sur le sol de dangereux fragments explosifs comparables à des mines terrestres.

La Convention sur les armes à sous-munitions, adoptée en 2008, interdit ces armes et exige leur élimination, ainsi que l'assistance aux victimes. L’Arménie et l’Azerbaïdjan ne figurent pas sur la liste des 110 États parties au traité, et devraient prendre des mesures y adhérer, selon Human Rights Watch.

Indépendamment des obligations spécifiques relatives à cette Convention, toutes les parties au conflit sont tenues de respecter les Conventions de Genève, et les principes fondamentaux du droit international humanitaire, qui oblige les forces armées à faire la distinction à tout moment entre les combattants et les civils, et entre les biens militaires et civils. Il est également interdit de mener des attaques indiscriminées, ou des attaques qui causent des dommages civils excessifs à l'avantage militaire concret attendu.

Communiqué complet en anglais : en ligne ici.