Cameroon: Famlà, including the objective of those who practise it, the regions where it is present and the consequences of refusing to be initiated into this practice or to practise it; the support given by the authorities to the people who practise famlà [CMR105493.FE]

Cameroun : information sur le famlà, y compris sur l'objectif des personnes qui le pratiquent, les régions où il est présent et les conséquences du refus d’être initié à cette pratique ou d'y participer; information sur le soutien apporté par les autorités aux personnes qui pratiquent le famlà

Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, Ottawa

1. Le famlà
1.1 Les différentes définitions du famlà

Au cours d'un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, un représentant de l'Association des Camerounaises et Camerounais de Québec (ACQ), une organisation visant à « faciliter […] l’intégration [des Camerounais] dans la société québécoise » et à « promouvoir la culture camerounaise » (ACQ s.d.), a signalé que le famlà faisait partie des « sociétés magico-secrètes du Cameroun » (ibid. 4 avr. 2016). Cependant, la même source a précisé ne pas pouvoir affirmer qu'il s'agissait d'une organisation [structurée] (ibid.).

D'autres sources définissent le famlà comme une pratique (Pigeaud 2011, 112; ACCB 5 avr. 2016). Au cours d'un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, un représentant de l'Association des Camerounais en Colombie-Britannique (ACCB), une organisation à but non lucratif visant à faciliter l’intégration des Camerounais de Colombie-Britannique et à conserver leur héritage culturel (CYLEX s.d.), a expliqué que le famlà était « une pratique […] [qui pouvait se] comparer au vaudou » (ACCB 5 avr. 2016). La même source a signalé ce qui suit :

À ma connaissance, la connotation de cette pratique est négative dans la société camerounaise. Lorsqu'elle est mentionnée, elle est toujours associée à un meurtre ou à une tentative de meurtre (ibid.).

De son côté, Peter Geschiere, qui enseigne au Département de sociologie et d'anthropologie de l'Universiteit van Amsterdam (UvA s.d.), décrit le famlà comme [traduction] « une sorcellerie des riches », qui expliquerait, prétendument, le succès de certains hommes d'affaires (Geschiere 2010, 240-241).

Au cours d'un entretien téléphonique avec la Direction des recherches, un représentant de la Cameroon Goodwill Association of Montreal, une organisation de bénévoles qui offre, entre autres, des services culturels et sociaux aux membres de la communauté camerounaise de Montréal (Cameroon Goodwill s.d.), a affirmé, quant à lui, que le famlà n'était pas une organisation et qu'il ne disposait donc pas de membres (ibid. 4 avr. 2016). Selon cette source,

« famlà » est un mot qui est employé pour qualifier une personne riche soupçonnée de devoir sa richesse à des actions illégitimes. Les famlàs sont entre autres soupçonnés de tuer des personnes pour gagner de l'argent. […] Dire de quelqu'un qu'il est « un famlà » revient à dire qu'il pratique la sorcellerie pour gagner de l'argent. Cela fait référence à n'importe quelle sorte de sorcellerie (ibid.).

Parmi les sources qu'elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n'a pas trouvé d'autres renseignements allant dans le même sens.

On peut lire dans Rois et sculpteurs de l'Ouest Cameroun : la panthère et la mygale, une monographie publiée par l'ethnologue Louis Perrois et l'anthropologue Jean-Paul Notué, que « de nombreuses croyances et légendes, souvent contradictoires et soulevant de vives polémiques, entourent le [famlà] » (Perrois et Notué 1997, 123).

1.2 Les objectifs du famlà et les activités qui y sont associées

Dans un sommaire de l'ouvrage collectif Glimpses of African Cultures, dirigé par Ngessimo M. Mutaka, on peut lire que le famlà est une association de personnes qui se regroupent et qui utilisent des forces surnaturelles dans le but d'acquérir, d'accroître et de conserver argent, pouvoir et longévité (Harmatheque s.d.). De même, des sources signalent que l'objectif de la pratique du famlà est de gagner de l'argent (ACQ 4 avr. 2016; Kaptue 24 mars 2014; Pigeaud 2011, 112).

Selon le représentant de l'ACCB, « [l]'objectif poursuivi par les personnes qui pratiquent le famlà est de s'enrichir, [de] se venger ou [de] régler des comptes » (ACCB 5 avr. 2016).

Louis Perrois et Jean-Paul Notué notent que

Famlà (littéralement « le village abandonné ») est le nom d'un quartier riche de Bafoussam, si bien installé que la richesse de quelques-uns de ses habitants a paru suspecte à la masse du peuple[,] qui y a vu la marque de pratiques de sorcellerie ou de l'intervention d'un génie (Perrois et Notué 1997, 122).

Des sources soulignent que, pour s'enrichir, les personnes qui pratiquent le famlà auraient recours à des sacrifices humains (Pigeaud 2011, 112; Kaptue 24 mar. 2014; ACQ 4 avr. 2016). On peut lire dans Au Cameroun de Paul Biya, ouvrage de Fanny Pigeaud, journaliste française qui a travaillé pour l’Agence France-Presse (AFP) et le quotidien Libération (Jeune Afrique 8 oct. 2011), que

ceux qui deviennent rapidement riches sont soupçonnés par les autres d’avoir eu recours à des pratiques magiques, comme celle du kong (chez les Beti), appelé famla (Bamiléké), ekong (Duala) ou djambe (Maka). Cette pratique de sorcellerie consiste, selon la pensée populaire, à tuer des gens pour faire ensuite travailler leur[s] corps ranimés sous forme de zombis […]. C’est cette mise en esclavage qui permettrait de s’enrichir (Pigeaud 2011, 112).

L’anthropologue Séverin Cécile Abéga et le sociologue Claude Abé exliquent

[qu'a]près sa mort, la victime est supposée aller travailler dans un pays lointain au service d’un patron à qui il a été vendu par son meurtrier, lequel perçoit pour cela une certaine somme d’argent. Une personne qui s’enrichit trop vite est accusée de vendre les siens de cette manière, surtout si le taux de mortalité semble anormalement élevé dans son entourage (Abéga et Abé 2005, 35).

De même, des sources soulignent que, selon la croyance associée au famlà, la personne sacrifiée, contrairement aux apparences, n'est pas morte mais travaille ailleurs, par exemple dans une plantation, afin d'enrichir l'individu qui l'a sacrifiée (Kaptue 24 mars 2014; ACQ 4 avr. 2016). Des sources précisent que les victimes peuvent être des membres de la famille de la personne pratiquant le famlà (ibid.; Perrois et Notué 1997, 124; Bonaberi.com 24 juill. 2011).

1.3 L'origine du famlà et les régions où il est présent

Des sources signalent que le famlà provient des Bamilékés (ACCB 5 avr. 2016; Harmatheque s.d.; Cameroon Goodwill 4 avr. 2016), un des principaux groupes ethniques du Cameroun (ibid.). Selon des sources, on retrouve le famlà sous d'autres appellations chez d'autres groupes ethniques du Cameroun (Harmatheque s.d.; Pigeaud 2011, 112 ACQ 4 avr. 2016). Des sources signalent que le famlà est présent dans tout le Cameroun, et plus particulièrement dans la région des Bamilékés [région de l'Ouest] (ibid.; Harmatheque s.d.). D'après le représentant de la Cameroon Goodwill Association of Montreal, « [l]e terme vient des Bamilékés […] [mais] [a]ujourd'hui, tout le monde au Cameroun utilise l'expression "famlà" » (Cameroon Goodwill 4 avr. 2016). Selon Louis Perrois et Jean-Paul Notué, la « confrérie » est « bien connue au Sud-Cameroun » (Perrois et Notué 1997, 122).

2. Le recrutement

Le représentant de l'ACCB a souligné qu'un recrutement [de nouveaux pratiquants] devait « très probablement » exister « afin de perpétuer la tradition », tout en précisant que le famlà était plus une pratique qu'une communauté de membres (ACCB 5 avr. 2016). Selon la même source, le recrutement « n'est pas public » (ibid.). Louis Perrois et Jean-Paul Notué notent que, selon la croyance populaire, le recrutement ne vise pas seulement les personnes qui font partie du cercle familial (Perrois et Notué 1997, 125). Des sources affirment que l'accès au famlà peut se faire sur une base volontaire, mais aussi de façon involontaire (ibid., 124; Kaptue 24 mars 2014). Louis Perrois et Jean-Paul Notué précisent que « [l]a croyance populaire admet […] que c'est à leur insu que beaucoup de gens entrent dans le famlà » (Perrois et Notué 1997, 124).

Selon des sources, des personnes sont recrutées dans le famlà par le biais d'emprunts qu'ils ne réussissent pas à rembourser (Geschiere 2010, 240-241; Kaptue 24 mars 2014). On leur demande alors de sacrifier un membre de leur famille afin de régler leur dette (ibid.; Geschiere 2010, 241).

Louis Perrois et Jean-Paul Notué citent le témoignage d'un commerçant bamiléké au sujet du recrutement d'une personne contre son gré :

« Un commerçant fut introduit par son ami intime dans une simple association dont les buts apparents étaient de permettre la promotion sociale des adhérents et d'aider la communauté entière. Le commerçant, lors de la première réunion, fut très satisfait, d'autant plus que les droits d'entrée dans cette association se limitaient à un coq et une poule. [À] la deuxième réunion, il apporta donc comme droits d'entrée un coq et une poule. L'assistance fut stupéfaite d'une telle naïveté. On lui précisa alors que le "coq" était son fils aîné et unique; la "poule" était sa "mère" […]; la suite de la cotisation devait être le sacrifice d'autres membres de sa famille. En contrepartie, insista-t-on, le famlà devait procurer au commerçant tout ce qu'il désirait et au besoin même prolonger sa vie » (Perrois et Notué 1997, 124).

3. Les conséquences du refus d’être initié au famlà ou de participer à ses activités

Le représentant de l'ACCB a souligné qu'il était « risqué de refuser une initiation au famlà » et a donné comme explication que le recruteur débouté pourrait craindre d'être dénoncé par l'individu à qui il a fait part de ses activités liées au famlà et qu'il pourrait essayer de le tuer pour se protéger (ACCB 5 avr. 2016). La même source a noté que le recruteur pourrait, aussi, menacer la personne de malédiction, la désavouer ou la déshériter (s'il s'agit d'un père qui tente de recruter son fils), ou salir sa réputation (ibid.). Selon le représentant de l'ACCB,

[s]i le recruteur débouté est quelqu'un qui a de l'influence (un chef coutumier, un membre du gouvernement ou un officier de police, par exemple), la personne qui a refusé l'initiation ne serait pas en sécurité en restant au Cameroun (ibid.).

De même, selon l'AFP, le gouverneur de la région camerounaise de l'Extrême-Nord, Awa Fonka Augustine, aurait déclaré que, lorsqu'on connaissait le secret du famlà, on ne pouvait pas « sortir de l'organisation » (AFP 3 avr. 2014). D'après Peter Geschiere,

[traduction]

les jeunes Bamilékés se plaignent souvent du fait que les famla njangi [associations de crédit famlà] sont devenues si puissantes qu'il serait futile d'essayer de les attaquer. La seule façon d'y échapper serait d'émigrer (Geschiere 2010, 241).

Des sources soulignent que, selon la croyance populaire, une personne recrutée par le famlà qui ne fournirait pas les victimes exigées pour les sacrifices humains pourrait elle-même être tuée par les membres du groupe (Kaptue 24 mars 2014; Perrois et Notué 1997, 124). Louis Perrois et Jean-Paul Notué précisent que « [d]e nombreuses morts (surtout accidentelles) sont […] attribuées à tort ou à raison au famlà » (ibid.).

Parmi les sources qu'elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n'a pas trouvé de renseignements sur d'éventuels meurtres attribués au famlà.

Toutefois, des sources médiatiques notent l'existence de crimes rituels au Cameroun (BBC 25 août 2015; Jeune Afrique 10 juin 2014; Journal du Cameroun.com 10 juill. 2015).

4. Le soutien apporté par les autorités

Parmi les sources qu'elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n'a pas trouvé de renseignements sur la protection offerte par la police aux personnes qui se sentent menacées par un membre du famlà et peu d'information sur d'éventuelles relations entre le famlà et les autorités camerounaises. Le représentant de l'ACCB a déclaré ce qui suit : « il n'existe pas, à ma connaissance, de lien privilégié entre les pratiquants du famlà et le gouvernement camerounais »; il a précisé que le gouvernement ne reconnaissait pas les pratiques occultes (ACCB 5 avr. 2016). Cependant, selon la même source, « il ne serait pas surprenant qu'un membre du gouvernement, un chef coutumier ou un simple vendeur de rue soit un pratiquant du famlà » (ibid.).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références

Abéga, Séverin Cécile et Claude Abé. 2005. « Appoches anthropologiques de la sorcellerie ». Justice et sorcellerie. Sous la direction d'Éric de Rosny. Yaoundé : Éditions Karthala et Presses de l'Université catholique d'Afrique. [Date de consultation : 15 avr. 2016]

Agence France-Presse (AFP). 3 avril 2014. Reinnier Kaze. « Le groupe islamiste nigérian Boko Haram enrôle de jeunes Camerounais dans la zone frontalière ». [Date de consultation : 7 avr. 2016]

Association des Camerounais en Colombie-Britannique (ACCB). 5 avril 2016. Entretien téléphonique avec un représentant.

Association des Camerounaises et Camerounais de Québec (ACQ). 4 avril 2016. Entretien téléphonique avec un représentant.

Association des Camerounaises et Camerounais de Québec (ACQ). S.d. « Objectifs ». [Date de consultation : 8 avr. 2016]

Bonaberi.com. 24 juillet 2011. Guillaume Ebanda. « Cameroun – Sorcellerie, rites ethniques, miracles : pourquoi croit-on au surnaturel? ». [Date de consultation : 4 avr. 2016]

British Broadcasting Corporation (BBC). 25 août 2015. « Cameroun : crimes rituels en hausse ». [Date de consultation : 8 avr. 2016]

Cameroon Goodwill Association of Montreal. 4 avril 2016. Entretien téléphonique avec un représentant.

Cameroon Goodwill Association of Montreal. S.d. « About Us ». [Date de consultation : 12 avr. 2016]

CYLEX. S.d. « Association of Cameroonians in British Columbia, Surrey ». [Date de consultation : 8 avr. 2016]

Geschiere, Peter. 2010. « Witchcraft and Modernity: Perspectives from Africa and Beyond ». Sorcery in the black Atlantic. Sous la direction de L. Nicolau Parés et de R. Sansi. Chicago : University of Chicago Press. [Date de consultation : 15 avr. 2016]

Harmatheque. S.d. « Le famlà, association des sorciers chez les Bamiléké du Cameroun ». [Date de consultation : 6 avr. 2016]

Jeune Afrique. 10 juin 2014. François Soudan et Michael Pauron. « Crimes rituels : sur l’autel de la puissance et de l’impunité ». [Date de consultation : 8 avr. 2016]

Jeune Afrique. 8 octobre 2011. Clarisse Juompan-Yakam. « Fanny Pigeaud : "Le besoin de dire les choses" sur le Cameroun de Paul Biya ». [Date de consultation : 11 avr. 2016]

Journal du Cameroun.com. 10 juillet 2015. « Crime rituel à Bafoussam, un homme d’affaires pointé du doigt! ». [Date de consultation : 8 avr. 2016]

Kaptue, Florian. 24 mars 2014. « Comment on entre au famla ». Atelier des médias, Radio France internationale. [Date de consultation : 4 avr. 2016]

Perrois, Louis et Jean-Paul Notué. 1997. Rois et sculpteurs de l'Ouest Cameroun : la panthère et la mygale. Paris : Éditions Karthala et Éditions de l'Orstom. [Date de consultation : 7 avr. 2016]

Pigeaud, Fanny. 2011. Au Cameroun de Paul Biya. Paris : Éditions Karthala. [Date de consultation : 11 avr. 2016]

Universiteit van Amsterdam (UvA). S.d. « About the UvA ». [Date de consultation : 7 avr. 2016]

Autres sources consultées

Sources orales : anthropologue, Université Paris 1; anthropologue, Université Paris Ouest Nanterre La Défense; Association des Camerounais de France; Association des étudiants camerounais de l'Université de Montréal; Cameroun – Ministère de la Culture; Cartel; Centre culturel camerounais; départememt d'anthropologie, Université de Yaoundé 1; Université catholique d'Afrique centrale.

Sites Internet, y compris : Africa Confidential; Africa Research Bulletin; Amnesty International; ecoi.net; États-Unis – Department of State; Human Rights Watch; Nations Unies – Refworld.