General situation of Roma (2001 to 2003) [RUS42683.E]

Population

À l'instar de nombreux groupes ethniques minoritaires en Russie, les Roms ne possèdent pas de patrie au sein de la Fédération de Russie (R.-U. avr. 2002). Les résultats du recensement russe de 2002 indiquent qu'à cette date, 183 000 Roms et 500 Roms d'Asie centrale vivaient en Russie (Russie 12 févr. 2004). Les résultats montrent également que 114 000 Roms et 300 Roms d'Asie centrale vivaient en milieu urbain, par rapport à 69 000 Roms et 2 000 Roms d'Asie centrale en milieu rural (ibid.). En 2001, la Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI) a signalé que la population rom de Russie, de même que celle des autres pays, se rapprochait de plus en plus des centres urbains (ECRI 13 nov. 2001). Toutefois, certaines sources préviennent que les données sur la population rom de Russie sont rares, étant donné que de nombreux Roms ne possèdent pas de documents officiels et que, parfois, ils ne sont inscrits dans aucun système national (ibid.; ERRC 14 juill.-8 août 2003, 18).

Conditions de vie

En 2001, la majorité des Roms vivaient dans la pauvreté, n'ayant pas accès aux services essentiels (ECRI 13 nov. 2001; St. Petersburg Times 23 oct. 2001). Le Centre européen pour les droits des Roms (European Roma Rights Centre - ERRC), organisation juridique internationale d'intérêt public qui surveille la situation des Roms, est d'avis que de nombreux Roms de Russie vivent dans des logements isolés (ERRC mars 2003, 6) et insalubres ne possédant pas d'infrastructure de base, comme un accès à l'eau potable, du chauffage, des égouts et de l'électricité, ou ne recevant pas de services publics, comme l'enlèvement des ordures, l'entretien des routes (ibid. 14 juill.-8 août 2003, 18), le transport en commun ou le service de téléphone (ibid. mars 2003, 6). L'ERRC a indiqué qu'en 2003, les autorités russes n'ont pris aucune mesure en vue d'offrir ces services publics et cette infrastructure aux Roms (ibid., 16), ont fait preuve de discrimination à l'égard des Roms en ce qui a trait à la distribution des logements (ibid., 1, 2) et n'ont pas fourni de logements de remplacement salubres aux Roms dans le besoin (ibid., 16).

Des recherches menées dans le nord-ouest de la Russie en 2002 par l'ERRC ont révélé que les Roms avaient de la difficulté à obtenir un emploi dans cette région (ibid. 9 mai 2002b). En général, les emplois lucratifs au sein des peuplements roms sont peu nombreux et il est rarement possible pour les Roms d'occuper un emploi à horaire normal dans les centres économiques en raison de l'inefficacité du réseau du transport en commun et de la distance qui sépare les peuplements roms des centres économiques (ibid. mars 2003, 6). Bien qu'aucune statistique officielle sur le taux de chômage des Roms en Russie n'ait pu être obtenue dans les délais prescrits pour cette réponse, en 2002, Inter Press Service avait signalé que le chômage chez les Roms était [traduction] « généralisé » (IPS 17 déc. 2002). De plus, un grand nombre de Roms qui possédaient des passeports soviétiques au moment de la chute de l'Union soviétique se sont fait refuser le passeport russe lorsqu'ils ont voulu procéder à l'échange (St. Petersburg Times 8 avr. 2003). Sans passeport russe, les Roms ne peuvent s'enregistrer en tant que résidants, ce qui signifie qu'ils n'ont pas droit aux soins de santé, aux prestations d'emploi ou aux rentes de l'État, et que leurs enfants ne peuvent aller à l'école (ibid.).

Bien qu'aucune statistique n'ait pu être obtenue dans les délais prescrits pour cette réponse, l'ECRI signale que le nombre d'enfants roms inscrits à l'école en Russie est à la baisse (ECRI 13 nov. 2001). Selon l'ERRC, la majorité d'entre eux ne vont pas à l'école parce que leurs parents n'ont pas les moyens de leur acheter des vêtements et des livres (ERRC 9 mai 2002b). Les enfants roms qui vont à l'école doivent souvent marcher plusieurs kilomètres pour s'y rendre (ibid.). Margarita Marshinnikova, directrice d'une école primaire de Saint-Pétersbourg a personnellement essayé d'attirer des élèves roms à son école en rendant visite aux familles et en ajoutant des activités liées à la culture rom au programme; elle affirme que la plupart des écoles de Saint-Pétersbourg n'encouragent pas les Roms à aller à l'école et, qui plus est, la plupart des enseignants refusent d'enseigner aux Roms, car ils pensent que cela constitue une perte de temps (St. Petersburg Times 23 oct. 2001).

L'ECRI croit que les raisons pour lesquelles les Roms de Russie vivent dans de telles conditions sont les suivantes : ils ne connaissent pas leurs droits, ils ne possèdent pas de permis de résidence, ou alors les autorités locales sont indifférentes et font preuve de discrimination à leur égard (ECRI 13 nov. 2001). Le St. Petersburg Times décrit la situation des Roms de Russie comme étant un cercle vicieux; la privation de documents officiels, la pauvreté et l'analphabétisme ont pour effet de restreindre l'accès des enfants à l'éducation, et les Roms qui ne sont pas en mesure de s'enregistrer ou d'acheter les fournitures scolaires demeurent analphabètes et ne peuvent remplir les demandes de documents officiels, ce qui entraîne des conflits avec les autorités du pays (St. Petersburg Times 23 oct. 2001). Sans pièces d'identité, les Roms sont exclus des rentes de l'État, ce qui les rend encore plus pauvres (ibid.).

Selon l'ECRI , même si des initiatives locales visant à améliorer les conditions de vie des collectivités roms de Russie ont été mises en œuvre, les conditions de vie déplorables dans les peuplements roms et la perspective d'un avenir très morne incitent certains Roms à pratiquer des activités illégales, et cette situation les rend vulnérables aux préjugés de la société en général et des autorités; ainsi, l'ensemble de la population rom est victime de marginalisation et de stéréotypes (ECRI 13 nov. 2001). Selon un défenseur russe des droits de la personne et observateur pour l'ERRC, [traduction] « la pauvreté parmi les Roms de Russie est généralisée et elle ne cesse de croître; l'État ne fait rien pour résoudre le problème et le peuple semble l'ignorer » (ibid.).

Certaines sources ont fait état de l'activité criminelle des Roms en Russie. En 2002, Izvestiya a signalé que des Roms de Moscou vendaient de l'or volé (17 juill. 2002). De plus, en août 2003, un groupe d'enfants roms aurait entouré des touristes à Saint-Pétersbourg, les empêchant de s'enfuir, afin de les voler (St. Petersburg Times 25 mai 2004; UPI News 15 oct. 2003). Un incident semblable s'est également produit à Saint-Pétersbourg en septembre 2003 (ibid.). En outre, le 28 mai 2004, le St. Petersburg Times a indiqué que la police de Saint-Pétersbourg avait procédé à l'arrestation de 15 femmes roms et les avait accusées de voler les touristes (St. Petersburg Times 28 mai 2004). Enfin, des rapports de police indiquent que des Roms revendent de la drogue (FBIS Report 23 janv. 2004).

Traitement des Roms

Le rapport Nations in Transit de 2003 sur la Russie révèle que des groupes extrémistes prennent les Roms de Russie pour cible (Freedom House 2003, 510). Toutefois, le rapport de 2002 sur la Russie du ministère de l'Intérieur de Royaume-Uni, ainsi que les Country Reports 2001, 2002 et 2003, indiquent que les Roms sont victimes de discrimination de la part d'employés du gouvernement et de la société en général, et parfois même de violence, et ce, même si la constitution russe interdit la discrimination fondée sur la nationalité (R.-U. avr. 2002; Country Reports 2003 25 févr. 2004; Country Reports 2002 31 mars 2003; Country Reports 2001 4 mars 2002). L'ERRC ajoute que [traduction] « tous les aspects des relations entre les Roms et les personnes d'autres origines en Russie sont imprégnés de discrimination, et la discrimination raciale à l'endroit des Roms toucherait tous les secteurs » (ERRC 14 juill.-8 août 2003, 2). Le Groupe Helsinki de Moscou (GHM) note qu'il est dangereux pour les jeunes Roms de se trouver seuls à de nombreux endroits, en particulier la nuit (GHM 2002). Les populations locales ont exprimé leur animosité envers les Roms en mettant volontairement le feu à leurs maisons, ainsi qu'en leur lançant des insultes dans la rue et en leur jetant des pierres (ibid.). Selon Stefania Koulaeva, directrice de projet en 2003 au Centre nord-ouest de protection sociale et juridique des Roms, les agressions à caractère raciste contre les Roms en Russie se sont intensifiées et ont augmenté depuis 2000 (St. Petersburg Times 8 avr. 2003). Le St. Petersburg Times a également indiqué que l'aversion croissante contre les Roms en Russie a incité certains Roms à s'identifier à un autre groupe ethnique (ibid.).

Les Roms et les autorités gouvernementales

En juillet 2002, le ministère de l'Intérieur de la Russie a mené une opération de dix jours, appelée l'Opération Tabor, dans les régions de Moscou et de Saint-Pétersbourg (IPS 17 déc. 2002; IHF 11 sept. 2002; Izvestiya 17 juill. 2002); il s'agissait de la deuxième opération de la sorte à avoir lieu à Moscou en 2002 (ibid.). Selon le vice-ministre de l'Intérieur Alexandre Tchekaline, cette opération avait pour but de lutter contre l'exploitation des enfants roms et la prolifération du trafic de drogues grâce à une fouille massive des documents des Roms (IHF 11 sept. 2002). Dans les stations de train de Moscou, la police a procédé à la vérification des documents de toutes les personnes qui semblaient être d'origine rom afin de s'assurer qu'elles étaient bien enregistrées (ibid.). Les empreintes digitales des personnes qui n'étaient pas enregistrées ont été prélevées et ces personnes ont été amenées et abandonnées aux abords de la ville (ibid.). Les renseignements recueillis auraient été saisis dans une base de données spéciale de la police (ERRC 31 juill. 2002b). En mars 2002, à Moscou, 140 personnes non enregistrées ont été repérées et plus de 120 Roms ont été arrêtés pour différentes infractions (Izvestiya 17 juill. 2002). L'opération de juillet 2002 s'est étendue aux personnes d'origine autre que rom qui ont logé et aidé des Roms (ERRC 31 juill. 2002b). Le 25 mai 2004, le St. Petersburg Times a signalé que l'Opération Tabor avait été de nouveau menée à Saint-Pétersbourg en 2004, du 20 au 31 mai. Selon le quotidien, l'objectif de cette opération, qui a été entreprise à la suite d'une demande faite par l'Union de l'industrie du tourisme russe, était de protéger les touristes contre les voleurs (St. Petersburg Times 25 mai 2004).

Selon Glasnost, une publication du Caucase du Nord, en octobre 2001, les autorités auraient expulsé par la force plus de 100 Roms de la région de Krasnodar vers la ville de Voronej, leur lieu officiel de résidence (ERRC mars 2003, 7). Les autorités ont affirmé que ces Roms étaient impliqués dans le trafic de drogues; toutefois les Country Reports 2001 et 2002 indiquent que la police n'a pas porté d'accusation formelle contre eux à cet égard (Country Reports 2002 31 mars 2003; Country Reports 2001 4 mars 2002).

En ce qui concerne le traitement des Roms par les autorités gouvernementales, l'ERRC indique que les fonctionnaires locaux restent passifs lorsque vient le temps d'aider les Roms à obtenir des documents et à s'enregistrer, et qu'ils ne leur offrent pas les services administratifs appropriés pour leur permettre d'obtenir leur permis de résidence (ERRC 14 juill. 2003, 2, 12).

Les Roms et la police

Selon les Country Reports 2002 et le GHM, des policiers auraient agressé physiquement des Roms en Russie (Country Reports 2002 31 mars 2003; GHM 2002). Des Roms en garde à vue auraient également été torturés, parfois jusqu'à la mort (IHF 8 oct. 2003; ERRC 14 juill.-8 août 2003, 3, 9), et auraient été contraints à faire des confessions (ibid., 3). L'ERRC mentionne que des agents de police auraient demandé à des Roms qu'ils considéraient comme suspects d'acheter leur silence et qu'en cas de refus, ils cacheraient de la drogue dans leur maison ou leurs effets personnels (ibid., 15). Pour corroborer ces faits, en 2003, Stefania Koulaeva, directrice de projet au Centre nord-ouest de protection sociale et juridique des Roms, a indiqué que la police a abusé du faible niveau de scolarité des Roms et de leur méconnaissance de leurs droits afin de leur extorquer de l'argent et qu'elle plaçait fréquemment en douce de la drogue sur les Roms qui, s'ils voulaient éviter d'être poursuivis, devaient lui verser de l'argent (St. Petersburg Times 8 avr. 2003).

Dans un certain nombre de régions de Russie, des policiers et des fonctionnaires auraient également effectué des descentes [traduction] « abusives » dans les peuplements roms (ERRC 14 juill.-8 août 2003, 3, 9; voir aussi IHF 8 oct. 2003 et GHM 2002). En mars 2001, l'organisation rom de Moscou, Romano Kher, a signalé que des agents de police avaient effectué une descente dans une collectivité rom du village de Dorozhnyi, dans la région de Kaliningrad, et qu'ils avaient battu et volé certains des résidants, prétendant être à la recherche d'un suspect (ERRC 9 mai 2002a). En janvier 2003, l'ERRC a indiqué que dans le village de Trubichino, dans la région de Novgorod, un Rom aurait été battu à mort par deux policiers qui étaient également à la recherche d'un homme soupçonné de vol; la sœur de la victime a déposé une plainte auprès du Bureau du procureur de Novgorod (ibid. 22 oct. 2003a). Aucune information sur l'issue de cette plainte n'a pu être trouvée parmi les sources consultées par la Direction des recherches pour cette réponse. Le GHM confirme que des policiers ont pris d'assaut plusieurs maisons roms à Trubichino en 2001 (GHM 2002).

Selon Olga Abramenko, directrice du projet visant à protéger les Roms au sein de l'organisation de défense des droits de la personne Memorial, la police a brûlé des tentes alors qu'elle procédait à des vérifications de documents en avril 2004 dans un secteur où vivaient des Roms (St. Petersburg Times 25 mai 2004). Mme Abramenko a également déclaré que malgré le fait que certains Roms sont effectivement des voleurs, la police ne règle pas ces crimes de façon appropriée et les vérifications de documents servent de prétexte pour infliger de mauvais traitements aux Roms (ibid.).

Les Roms et les groupes extrémistes

Les membres de groupes extrémistes officiels et non officiels visent les Roms et plusieurs autres groupes ethniques de Russie (Freedom House 2003; ERRC 14 juill. 2003, 3; GHM 2002). Le Groupe Helsinki de Moscou a signalé qu'en août 2001, à Volgograd, des néo-nazis ont attaqué plusieurs Roms, parmi lesquels deux ont été tués (ibid.). Le seul motif de ces agressions était l'intolérance ethnique (ibid.). À plusieurs reprises en 2002, des adolescents de Saint-Pétersbourg s'en seraient pris à des femmes roms dans une station de train et leur auraient envoyé du gaz lacrymogène dans les yeux (ibid.). Dans un autre cas, des skinheads munis de chaînes, chaussés de grandes bottes et vêtus de vêtements noirs affichant des svastikas, auraient menacé un jeune rom à l'école, puis lui auraient proféré des menaces par téléphone (ERRC 2002b). Peu de temps après, un svastika a été dessiné sur un mur près de la maison du jeune homme (ibid.). D'après l'Association rom de Volgograd, en 2002 à Novopavlovsk dans la région de Stavropol, sept Roms ont été agressés physiquement par un groupe de 30 Cosaques, des nationalistes russes, qui leur auraient infligé différentes blessures comme des ecchymoses, des lacérations et des pertes de dents (ibid. 31 juill. 2002a). La police est finalement intervenue et a appelé une ambulance (ibid.). Une enquête a été ouverte le 30 mai 2002, mais personne n'a été arrêté en relation avec cette affaire (ibid.). En novembre 2002, le réseau de télévision AVS a signalé qu'un groupe d'hommes avait agressé physiquement 12 Roms dans le village de Iablonovski, dans la région de Krasnodar (FSU Monitor 25 nov. 2002). Même si plusieurs victimes auraient eu besoin de soins médicaux, elles étaient trop [traduction] « effrayées » pour se rendre à l'hôpital (ibid.). Une personne a été arrêtée en relation avec cette attaque et a été accusée de [traduction] « comportement antisocial avec utilisation d'arme » (ibid.). Également dans la région de Krasnodar, sept skinheads de Volgograd ont été condamnés à purger une peine d'emprisonnement pour le meurtre de deux Roms en décembre 2002 (AP 11 déc. 2002; FSU Monitor 13 déc. 2002). En juillet 2003, l'Union internationale des Roms (International Romani Union) a signalé qu'un certain nombre de tombes roms avaient été profanées dans un cimetière de Volgograd (ERRC 9 févr. 2004). En octobre 2003, trois skinheads ont attaqué Alexandre Klein, un militant rom, à qui l'on a refusé des soins médicaux par la suite (ibid.). Selon l'organisation de défense des droits de la personne Memorial, un groupe d'hommes l'aurait menacé de violence s'il portait plainte à la police, ce qu'il n'a pas fait par crainte de représailles (ibid.).

Selon le St. Petersburg Times, en septembre 2003, des skinheads auraient tué une jeune fille rom et blessé gravement une femme et deux autres enfants roms qui vivaient dans un peuplement près d'une station de train de Saint-Pétersbourg (30 sept. 2003). La police a procédé à l'arrestation de trois suspects qui ont été accusés de meurtre (St. Petersburg Times 30 sept. 2003). Aucune information sur le dénouement de l'affaire n'a pu être trouvée parmi les sources consultées par la Direction des recherches. Un porte-parole de la police a déclaré que la police avait procédé à l'arrestation d'autres Roms qui vivaient dans ce peuplement et que certains avaient été envoyés par train à Archangelsk, dans le nord de la Russie (St. Petersburg Times 30 sept. 2003). Stefania Koulaeva, directrice de projet au Centre nord-ouest de protection sociale et juridique des Roms, signale qu'en 2003, il arrivait couramment que des groupes de jeunes prennent en embuscade et agressent des Roms aux abords des peuplements roms (ibid. 8 avr. 2003).

En 2003, Boris Poustintsev, directeur de Citizen's Watch, une organisation de défense des droits de la personne de Saint-Pétersbourg, a indiqué que la police de Saint-Pétersbourg avait initié des poursuites pénales concernant les agressions à caractère raciste, mais que les autorités [traduction] « manipul[ai]ent » toujours les racistes et les extrémistes pour obtenir leur vote (ibid. 30 sept. 2003). Le professeur en relations internationales Vatanyar Yagya donne deux raisons qui expliqueraient la hausse de xénophobie signalée en Russie : les peines absurdes infligées par les tribunaux pour les activités des groupes extrémistes, qui les incitent à continuer, et le fait qu'aucune peine n'est prévue pour les partis politiques russes qui utilisent des slogans tels que « la Russie aux Russes » (ibid. 19 mars 2004). Alexandre Salitski, chercheur à l'Institut d'État des relations internationales de Moscou (Moscow State Institute of International Relations) ajoute que l'application inefficace des lois russes destinées à protéger les groupes minoritaires rendent les Roms vulnérables aux agressions physiques (IPS 17 déc. 2002).

Les Roms et les tribunaux russes

Selon l'ERRC, les Roms font couramment l'objet de discrimination en ce qui a trait à l'administration de la justice en Russie (ERRC 14 juill.-8 août 2003, 13). L'ERRC indique que les autorités judiciaires négligent généralement les plaintes des Roms en matière de droits de la personne ou prennent à peine le temps de mener une enquête à ce sujet (ibid.). L'ERRC signale également que des Roms se sont vus refuser l'accès aux tribunaux, ont été détenus pendant très longtemps avant le procès et après le prononcé de sentence, et ont été battus en prison (ibid., 14). Le GHM ajoute que les enquêteurs, les procureurs et les juges soumettent souvent les Roms à des fouilles et à des arrestations sans mandat, rendent des verdicts excessifs contre eux ou les condamnent à des peines trop longues (GHM 2002). Par exemple, un Rom et ses amis russes ont brisé une vitrine de magasin et, après avoir été arrêtés, ils ont tous plaidé coupable; hors, le Rom a été condamné à trois ans de prison, tandis que les autres ont été remis en liberté (ibid.). Le juge a avoué ouvertement que le Rom avait été emprisonné uniquement à cause de son origine ethnique (ibid.).

Les Roms et les médias russes

Selon l'ERRC, en mars 2002, des émissions de télévision et de radio, ainsi que des journaux nationaux russes, auraient appuyé l'Opération Tabor en diffusant et en publiant des reportages quotidiens sur des criminels roms qui seraient responsables du trafic de drogue et le feraient miroiter aux yeux des Russes; certains médias sont même allés plus loin en incitant les gens à la discrimination et même [traduction] « au nettoyage ethnique ciblant les Roms » (ERRC 14 juill.-8 août 2003, 3; voir aussi IPS 17 déc. 2002). En juillet 2002, un reportage de RTR TV portant sur l'Opération Tabor aurait présenté les Roms comme des criminels et des diseurs de bonne aventure, et aurait conclu en indiquant que [traduction] « même si l'Opération Tabor est terminée, le problème demeure : il ne semble pas que le nombre de Roms diminuera » (RFE/RL 25 juill. 2002). D'après l'ERRC et le GHM, ce type de reportage sur la population rom a pour effet d'augmenter l'animosité envers les Roms en Russie (ERRC 14 juill.-8 août 2003, 3; GHM 2002).

Protection

Le Centre nord-ouest de protection sociale et juridique des Roms, qui a ouvert ses portes à Saint-Pétersbourg en janvier 2003, accueille un organisme communautaire qui aide à informer les Roms de leurs droits (St. Petersburg Times 8 avr. 2003). Par l'entremise de l'organisme, un avocat peut se rendre dans les peuplements roms du Nord-Ouest de la Russie pour donner les conseils juridiques (ibid.).

En décembre 2002, le Centre international de protection (International Protection Center - IPC) de Moscou, une organisation non gouvernementale, a déposé une plainte auprès de la Cour européenne des droits de l'homme au nom d'une femme rom qui avait été arrêtée pour avoir prétendument revendu de la drogue, puis avait été [traduction] « injustement » détenue et menée devant les tribunaux (ERRC 22 oct. 2003b). Aucun détail sur cette affaire n'a pu être trouvé parmi les sources consultées par la Direction des recherches.

En mars 2004, l'assemblée législative de Saint-Pétersbourg a promulgué une loi interdisant toute mesure visant à brimer les droits de n'importe quel citoyen pour des motifs de race ou d'origine ethnique (St. Petersburg Times 19 mars 2004). Un exemplaire de cette loi n'a pu être trouvé loi dans les délais prescrits pour cette réponse.

Selon la Fédération internationale Helsinki pour les droits de l'homme (IHF) et l'ERRC, les autorités russes n'ont pas suffisamment réussi à protéger les Roms des agressions violentes des skinheads (IHF 8 oct. 2003) et des groupes nationalistes extrémistes (ERRC 14 juill.-8 août 2003). En outre, toujours selon l'IHF, il est rare que des fonctionnaires soient poursuivis et fassent l'objet de mesures disciplinaires pour leur mauvaise conduite envers les Roms (IHF 8 oct. 2003). L'ERRC indique :

[traduction]
[qu']en ce qui concerne le respect des droits de la personne, la protection offerte aux Roms par les autorités est souvent insuffisante ou complètement absente. Le gouvernement russe n'a pris aucune mesure pour apaiser l'animosité envers les Roms ou contenir la vague de violation des droits des Roms appuyée par les justiciers ou l'État (14 juill.-8 août 2003, 3).

Le GHM et l'ERRC ont constaté que de façon générale, les Roms ne demandent pas de protection; selon l'ERRC cela serait dû à la crainte de représailles ou à la honte, tandis que selon le GHM, les Roms agissent ainsi en raison de l'attitude passive des autorités à l'égard de leurs plaintes et des tentatives d'extorsion des policiers (ibid., 9, 12; ibid. 2002a; GHM 2002). Le GHM signale que lorsque des Roms tentent de défendre leurs droits, [traduction] « l'attitude xénophobe » des autorités devient manifeste (ibid.).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

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Autres sources consultées


Sites Internet, y compris : Amnesty International, BBC, Département d'État des États-Unis, Dialog, Dom Research Center, Droits de l'homme sans frontières, European Country of Origin Information Network, Fédération internationale Helsinki pour les droits de l'homme, Freedom House, Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, Human Rights Watch, International Crisis Group, Norwegian Refugee Council, Radio Free Europe/Radio Liberty, Romani World, RomNews, Service de l'immigration du Danemark, World Immigration and Deportation, World News.