Impact of 11 September 2001 on Muslim extremism; government response [PAK37965.E]

Selon un [traduction] « diplomate occidental de haut rang » interviewé par le Far Eastern Economic Review, la nouvelle politique du Pakistan concernant les organisations islamiques militantes viendrait de la prise de conscience que [traduction] « le monde a profondément changé depuis le 11 septembre et du fait que les options stratégiques du Pakistan [relativement au Cachemire et à l'Afghanistan] sont maintenant annulées » (24 janv. 2002). Il a fait ce commentaire à la suite d'un [traduction] « coup de filet à l'échelle du pays ordonné par le président Pervez Musharraf [...] visant à mettre fin à l'impasse militaire avec l'Inde » (Chicago Tribune 15 janv. 2002). Le 13 janvier 2002, le gouvernement a interdit cinq groupes, soit le Lashkar-e-Taiba (LT), le Jaish-e-Muhammad (JM), le Sipah-e-Sahaba Pakistan (SSP), le Tehrik-e-Jafria Pakistan (TJP) et le Tahrik-e-Nifaz-e-Sariat-e-Mohammadi (TNSM) (Dawn 16 janv. 2002a; The News International 16 janv. 2002a; Shia News.com 12 janv. 2002). Contrairement aux autres groupes, le TJP est une organisation chiite dont l'interdiction a été interprétée par [traduction] « les chiites du Pakistan comme [...] visant seulement à conserver un équilibre entre les deux groupes rivaux [sunnites et chiites] [...] » (ibid.). Ces groupes rejoignent le Lashkar-e-Jhangvi et le Sipah-e-Mohammedi, qui ont tous deux été interdits le 14 août 2001 dans le but de mettre un frein à la violence ethnique et sectaire (Dawn 13 janv. 2002; AP 14 août 2001).

Pour des renseignements généraux sur le SSP, voir, entre autres, PAK38127.E du 3 décembre 2001, PAK37990.EF du 14 novembre 2001 et PAK37166.E du 3 juillet 2001. Pour des renseignements généraux sur le TNSM, voir PAK35733.E du 7 décembre 2000, et pour des renseignements sur le TJP, voir PAK37755.E du 8 novembre 2001 et PAK32705.E du 16 août 1999. Veuillez également consulter PAK38227.E du 12 février 2002 concernant l'État pakistanais et l'utilisation des fatwas par les groupes fondamentalistes pour inciter à la violence.

The News International a mentionné que [traduction] « le gouvernement considère les groupes interdits, dont le SSP et le TJP, comme des organisations terroristes; par conséquent, il les a interdits aux termes de la loi anti-terrorisme » (16 janv. 2002b). Introduite en 1997, cette loi a été révisée par Musharraf en août 2001 et accorde depuis [traduction] « plus de pouvoirs à l'appareil judiciaire et à la police [...] » (San Diego Union Tribune 14 août 2001). L'invocation de la loi anti-terrorisme

[traduction]
a engendré un certain nombre de mesures, dont la fermeture des bureaux, le gel des comptes et la saisie de tous les documents, affiches, bannières et autre matériel de projection [de ces groupes].
La loi stipule que la publication, l'impression ou la distribution de toute déclaration à la presse, de tout point de presse ou de tout énoncé public faits par une organisation interdite, en son nom ou pour l'appuyer, sont également interdites.
[...] L'avis ordonnait aux cinq organisations de présenter tous les relevés de leurs revenus et dépenses liés à leurs activités politiques et de bien-être social et de dévoiler toutes leurs sources de financement.
[...] La banque d'État du Pakistan a demandé mardi aux directeurs généraux de toutes les institutions financières bancaires et non bancaires de geler immédiatement les comptes du Lashkar-i-Taiba, du Jaish-i-Mohammad, du Sipah-i-Sahaba Pakistan, du Tehrik-i-Jafria Pakistan et du Tehrik Nifaz Shariat-i-Mohammadi (Dawn 16 janv. 2002a).

Comme le mentionnait The Guardian le 14 février 2002, dans la foulée des mesures de répression contre les militants et de leur mise au ban annoncées par Musharraf, nombre de ceux-ci [traduction] « ont commencé à déménager leurs bureaux au Cachemire pakistanais dans une tentative d'éviter l'arrestation [...] ». Ahmed Rashid prétend dans le Far Eastern Economic Review que le

[traduction]
14 janvier, le gouvernement a fermé 470 bureaux de ces groupes et a arrêté plus de 1 400 personnes lors d'une descente. Le ministère de l'Intérieur a également annoncé « [qu']aucun parti interdit ne pouvait agir sous un autre nom », stratagème normal dans le passé, lorsque les États-Unis accusaient les groupes de terrorisme. « Au moment où ils tenteront d'agir ainsi, nous irons les chercher et les débusquer », a déclaré un porte-parole du ministère à des journalistes le 14 janvier (24 janv. 2002).

Les chiffres donnés par Rashid diffèrent de ceux trouvés dans d'autres articles. L'Associated Press (AP) a mentionné le 15 janvier 2002 que [traduction] « près de 1 500 fondamentalistes » étaient en détention. Susan Milligan, du Boston Globe, faisait état de [traduction] « 1 957 personnes [mises] en détention » et de [traduction] « la fermeture de 615 bureaux [...] affiliés à l'un ou l'autre des cinq groupes militants [...] » (17 janv. 2002). Ces derniers chiffres sont près de ceux rapportés par Dawn (16 janv. 2002b). Le Los Angeles Times mentionnait le 29 janvier 2002 que [traduction] « la police avait arrêté 2 500 personnes [...] ».

Dans un article faisant le bilan de l'année paru dans The Herald, M. Ilyas Khan déclare que :

[traduction]
[d]epuis le 11 septembre, tout ce régime jihadi est menacé d'extinction. La situation s'est dégradée davantage après l'attaque du 13 décembre contre le parlement indien, qui a incité New Delhi à commencer des exercices de guerre sur les frontières avec le Pakistan. Le Pakistan a répondu en arrêtant les membres dirigeants du LT et du JM. Mais dans les corridors des services de renseignement du Pakistan, le débat sur l'immobilisation de ces groupes se poursuit.
Entre-temps, les observateurs sont divisés sur la façon dont les choses se dérouleront au cours des prochaines semaines. Un groupe croit que ces nouveaux éléments aideront le général Musharraf à démanteler le régime jihadi et à faire en sorte que les services de renseignement répondent de leurs actions devant le parlement. D'autres ne sont pas aussi optimistes. Khaled Ahmad, journaliste et analyste respecté établi à Lahore, écrit : « Absolument personne ne peut concevoir que le gouvernement Musharraf s'attaquera [au programme fondamentaliste de l'État du Pakistan]. L'État doit atteindre sa phase terminale, comme l'État créé par Mullah Omar [ancien taliban d'Afghanistan] » (janv. 2002, 52).

[traduction] « Le régime jihadi du Pakistan [...] est lié de près à la politique du Pakistan sur le Cachemire, laquelle repose sur une lutte contre la liberté autoproclamée, avec l'islamisation de l'Inde comme pierre angulaire de son idéologie » (The Herald janv. 2002, 51). Cela se reflète dans les propos de Musharraf, en février, qui réitérait la déclaration historique du Pakistan selon laquelle la situation au Cachemire [traduction] « est le résultat d'un mouvement rebelle "autochtone" » (Washington Post 12 févr. 2002). Selon le Washington Post, dans le passé, cette formulation a généralement servi à [traduction] « dissimuler la fomentation et l'alimentation de l'insurrection au Cachemire » (ibid.). Selon le chroniqueur Jackson Diehl du Washington Post, [traduction] « le discours ardent [de Musharraf] qui ravive les anciens slogans du Cachemire - ceux utilisés par son armée avant le 11 septembre [...] » témoigne du fait que le dirigeant [traduction] « omet de prévoir » les répercussions éventuelles (ibid. 18 févr. 2002). Selon The Herald, malgré cela, [traduction] « il est évident que les jours de la guerre par procuration au Cachemire sont comptés, même si elle n'est pas encore terminée » (févr. 2002b, 76).

Depuis le début de février 2002, la [traduction] « campagne contre les militants a ralenti » (Washington Post 18 févr. 2002). Par conséquent, [traduction] « certaines personnes au Pakistan pensent que malgré des centaines de prétendues arrestations, les mesures de répression [de Musharraf] n'ont pas été intransigeantes, que plusieurs militants ont pu rester en liberté en échange de leur engagement à se tenir tranquilles » (ibid.). Cependant, les actions de Musharraf sont louées par les intérêts américains comme étant [traduction] « historiques » et [traduction] « l'un des discours les plus puissants, porteurs de sens [...] et importants [...] entendus [...] dans la région depuis très très longtemps » (Los Angeles Times 29 janv. 2002). On croit que [traduction] « la portée de l'opération actuelle et les garanties du gouvernement selon lesquelles de nombreuses personnes en détention seront poursuivies aux termes de la loi anti-terrorisme du Pakistan ont fait passer les mesures de répression à un niveau plus élevé [...] » que celui des actions précédentes (ibid.).

En termes plus généraux, le Los Angeles Times mentionnait que [traduction] « bien que certains modérés s'inquiètent d'une réaction indésirable plus forte et de la résolution de Musharraf [...] ils considèrent encore la succession rapide des événements comme un tournant décisif » (ibid.). Certains observateurs prévoient aussi que Musharraf éprouvera des difficultés à tenir ses promesses [traduction] « [parce qu']il doit travailler avec des systèmes bureaucrate et judiciaire au sein desquels se trouvent beaucoup de fondamentalistes du genre de ceux qu'il tente de freiner » (The Herald févr. 2002a, 39). En effet, il tente de [traduction] « mettre un terme à plus de 25 années de gains, en termes de pouvoir, par les fondamentalistes islamiques [...] et remet carrément en question le pouvoir moral et politique des mullahs, même si l'islam militant gagne en popularité dans la région » (Washington Post 20 janv. 2002). Selon le

Washington Post

[traduction]
Musharraf est maintenant aux prises avec un conflit interne potentiellement grave qui, à l'opposé de ceux qu'il vient de vivre avec les talibans et leurs alliés fondamentalistes au Pakistan, pourrait le paralyser ou, du moins, entraver sa campagne contre le terrorisme [...]. Mais durant la transition politique, la bataille que livre Musharraf entre un État musulman modéré et le fondamentalisme religieux pourrait être éclipsée par une lutte plus familière entre l'armée et l'élite civile du Pakistan - et accorder aux fondamentalistes en difficulté un sursis très important (18 févr. 2002).

Dans un texte d'opinion publié par le New York Times, Thomas L. Friedman est plus optimiste et considère que le discours de Musharraf a [traduction] « le potentiel [...] de constituer [une] percée dans l'éclatement de la mentalité du monde musulman [...] » parce que

[traduction]
pour la première fois depuis le 11 septembre, un dirigeant musulman a osé reconnaître publiquement le véritable problème, soit que le fondamentalisme musulman prend racine dans le système d'éducation et le système décisionnel de plusieurs de leurs sociétés, ce qui a laissé le monde musulman dans un état rétrograde. Mais il a également un plan de redressement qui ne consiste pas seulement à envoyer les fondamentalistes en prison, mais aussi à confronter leurs idées à celles des écoles de pensée modernes et à un islam progressiste (20 janv. 2002).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références


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_____. 16 janvier 2002b. « Over 1,900 Activists Held, 600 Offices Sealed: Crackdown on Banned Religious Groups ». http://www.dawn.com/2002/01/16/top9.htm [Date de consultation : 11 févr. 2002]

_____. 13 janvier 2002. « Text of President Musharraf's Address to the Nation ». http://www.dawn.com/2002/01/13/speech020112.htm [Date de consultation : 11 févr. 2002]

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Autres sources consultées


Amnesty International

BBC

Chicago Tribune

Christian Science Monitor [Boston]

Christian Solidarity Worldwide

Dawn [Karachi]
Département d'État,

Annual Report on International Religious Freedom

Far Eastern Economic Review [Hong Kong]

Friday Times [Lahore]

The Guardian [Londres]

Los Angeles Times

New York Times

Pakistan Christian Post [New York]

Project Open Book

South Asia Analysis Group [Inde]

South Asian Terrorism Portal [Inde]

Washington Post

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