Current situation in Guinea-Conakry according to the Guinean Organization for the Defence of Human Rights [Organisation guinéenne des droits de l'homme (OGDDH)] [GIN37564.FE]

Tous les renseignements suivants ont été fournis par un représentant de l'Organisation guinéenne de défense des droits de l'homme (OGDH) au cours d'une conférence téléphonique qui a eu lieu le 21 juin 2001. Le représentant de l'OGDH a été joint au Collège John Abott à Saint-Anne-de-Bellevue, près de Montréal, où il participait au programme international de formation en droits de la personne offert par le Centre canadien des droits de la personne et du développement démocratique.

Membre de l'OGDH depuis 1994, le conférencier a tenu à préciser que son organisation parvient à fonctionner malgré les menaces qu'elle reçoit de la part des autorités. À titre indicatif, il a signalé qu'il arrive parfois qu'on leur coupe le téléphone ou qu'on intercepte leur correspondance. Cependant, les membres de l'OGDH parviennent malgré tout à visiter des prisons et à faire de la sensibilisation auprès des autorités.

L'OGDH, dont le mandat consiste, entre autres, à promouvoir, à défendre et à vulgariser les droits de la personne en Guinée, est affiliée à Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), à l'Union interafricaine des droits de l'homme (UIADH) et à WARIPNET, qui regroupe 15 organisations non gouvernementales (ONG ) des pays anglophones et francophones de l'Afrique occidentale.

Au cours de la dite conférence téléphonique, les sujets suivants ont été abordés :

1. la situation politique en Guinée;
2. le recrutement forcé;
3. la situation des femmes, notamment la violence conjugale, les
mutilations génitales et mariage forcé;
4. la situation des personnes homosexuelles;
5. la situation générale qui prévaut dans le pays;
6. la situation des personnes d'origine libanaise.

1. La situation politique :

Actuellement, il existe en Guinée trois principaux partis d'opposition, dont le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), dirigé par Alpha Condé, qui a été libéré de prison le 18 mai 2001. Ce dernier avait été arrêté en décembre 1998 et accusé de sabotage. Les deux autres partis sont l'Union pour la nouvelle république (UNR) sous la direction de Ba Mamadou et l'Union pour le progrès et le renouveau (UPR) de Siradiou Diallo.

De façon générale, les partis politiques en Guinée sont constitués sur une base ethnique et l'opposition politique est en quelque sorte « muselée ». Les manifestations ou rassemblements de nature politique sont strictement interdits.

Par contre, il n'existe actuellement en Guinée aucun prisonnier politique. Les derniers prisonniers politiques ont été libérés en même temps que le président du RPG, Alpha Condé (le 18 mai 2001). La plupart de ces prisonniers politiques, dont le nombre s'élevait à près d'une centaine, étaient des Malinkés. Ceux-ci étaient généralement de proches parents ou des personnes originaires de la région d'Alpha Condé, c'est-à-dire de la Haute-Guinée.

2. Le recrutement forcé :

Selon la loi guinéenne, le service militaire n'est pas obligatoire. Cependant, dans les zones touchées par la guerre, des jeunes, parfois de moins de 15 ans, sont enrôlés de force au sein des forces armées. L'armée guinéenne est multiethnique, mais la plupart des officiers sont de l'ethnie ou de la famille du président (famille au sens élargie).

3. La situation des femmes :

3. 1. Violence conjugale - Les violences faites aux femmes sont culturellement tolérées et se font généralement dans la plus grande discrétion. Elles sont plus répandues dans les zones rurales que dans les villes. La police n'intervient généralement pas en cas de violence conjugale sauf s'il y a des coups et des blessures graves. Il n'existe pas non plus de refuges pour les femmes qui sont victimes de violence conjugale. Les cas de violence conjugale se règlent, en général, dans le cadre familial (famille au sens élargie).

3. 2. Mutilations génitales - Les mutilations génitales, notamment l'excision, sont très répandues, surtout dans les zones rurales. Dans les villes, on pratique toujours l'excision, mais elle se fait maintenant dans les hôpitaux.

Les raisons expliquant ce phénomène seraient les traditions séculaires, la religion musulmane (la population est à plus de 95 p. 100 de cette religion) et le fait que cette pratique constitue une source de revenu pour les « exciseuses ».

En Guinée forestière, l'excision se fait à l'âge adulte (entre 25 et 30 ans) alors qu'ailleurs au pays, les filles se font exciser lorsqu'elles sont beaucoup plus jeunes. Ce sont les membres des groupes ethniques des Peuls, des Malinkés et des Soussous qui pratiquent le plus l'excision.

La décision de faire exciser les jeunes filles mineures revient aux membres de la famille, notamment les grands-mères, les tantes et les grandes sœurs. Dans le cas des personnes majeures, ces sont les femmes elles-mêmes qui prennent la décision de se faire exciser.

Il faut noter que les stigmates sociaux font qu'une femme qui n'est pas excisée se sent humiliée et rejetée par son entourage immédiat.

Pour ce qui est de la situation des femmes en général, certains progrès ont été réalisés, notamment grâce au travail des ONG de femmes et des organisations de défense des droits de la personne. Par exemple, ces organisations ont réussi à sensibiliser les pouvoirs publics et une loi interdisant l'excision a été promulguée. Cependant, la plupart des femmes ne sont pas encore au courant de l'existence des ces ONG et ne connaissent pas non plus leurs droits.

On note également une certaine bonne volonté de la part du gouvernement, notamment dans les interventions de son ministère de la Femme. En outre, il est intéressant de signaler qu'il n'existe en Guinée aucun parti politique qui a construit son programme sur des principes religieux et qui a pris une position quelconque dans le débat sur les droits de la femme.

3. 3. Les mariages forcés ou arrangés - Selon, la loi guinéenne, l'âge légal minimum pour le mariage est de 18 ans.

Cependant, dans certaines zones, notamment dans celle du Fouta-Djallon, ce sont les parents qui décident parfois des futurs époux de leurs enfants alors que ces derniers sont encore en bas âge. Dans d'autres cas, les jeunes filles subissent beaucoup de pressions pour qu'elles se marient contre leur gré. Quant aux femmes d'âge adulte, elles ont plus de liberté dans le choix de leurs maris.

Si la loi guinéenne reconnaît le droit de divorce, dans les faits, il est difficile de le faire pour les raisons suivantes : la religion musulmane, les tribunaux qui sont très lents dans ce domaine, décourageant ainsi les femmes à entreprendre des démarches, et les stigmates sociaux. Il convient de signaler qu'une femme divorcée est, surtout dans les zones rurales, parfois rejetée par ses parents mais qu'en ville, le divorce est plus accepté.

4. L'homosexualité :

En Guinée, l'homosexualité est un phénomène « tabou ». On n'en parle même pas et c'est comme si cela n'existait pas. Par conséquent, il n'existe pas de service de protection des personnes homosexuelles.

5. La situation dans le pays en général :

Le pays vit une situation de guerre à cause du contexte régional (c.-à-d. de sa proximité avec la Sierra Leone et le Libéria et les répercussions de la guerre sur le pays sont lourdes. En effet, la guerre a entraîné l'arrivée de milliers de réfugiés sur le territoire national et la destruction des infrastructures économiques et sociales. Certaines villes des régions limitrophes sont complètement détruites.

6. La situation des personnes d'origine libanaise :

Il existe en Guinée une communauté de personnes d'origine libanaise. Cependant, sous le régime de Sékou Touré, beaucoup de membres cette communauté étaient partis dans les pays limitrophes. Avec l'avènement du nouveau régime, ils ont commencé à revenir.

Aux yeux de la population guinéenne en général, les Libanais sont perçus comme étant « ceux qui ont introduit la corruption dans le pays », d'où un certain ressentiment à leur égard.

Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié.

Référence


Organisation guinéenne des droits de l'homme (OGDH). 21 juin 2001. Conférence téléphonique avec un représentant.