Dokument #1041745
IRB – Immigration and Refugee Board of Canada (Autor)
Introduction
En 1988, après 15 années au
pouvoir, le général Augusto Pinochet a tenu un
plébiscite demandant aux citoyens chiliens de le reporter au
pouvoir pour un mandat de huit ans. Le scrutin s'est soldé
par 55 p. 100 des voix contre et 43 p. 100 pour (ibid.,
219; Andean Newsletter 25 oct. 1993, 2). Le 14
décembre 1989, les Chiliens ont élu un
président et un congrès (Sigmund 1990, 219).
Président [traduction] « de transition »,
Patricio Aylwin devait occuper ses fonctions pendant quatre ans
(Armed Forces & Society hiver 1995, 262; HRW/A mai
1994, 1). Peu avant les élections de 1993, la durée
du mandat de ses successeurs a été ramenée de
six à huit ans par suite d'une entente entre tous les chefs
de parti (JISWA été 1994, 3).
En décembre 1993, les Chiliens ont
élu un nouveau président et un nouveau congrès
pour la deuxième fois depuis la fin de la dictature
militaire en place depuis 16 ans, c'est-à-dire depuis le
renversement en 1973 du président élu par voie
démocratique, Salvador Allende Gossens. Les deux principaux
candidats à la présidence représentaient dans
l'ensemble les mêmes forces politiques qui étaient
apparues sous la dictature de Pinochet (1973-1990) (BLAR
mai 1995a, 112) et qui avaient pris part aux élections de
1989 (ibid., 106). Le sénateur Eduardo Frei
Ruiz-Tagle, qui représentait la Concertation des partis pour
la démocratie (Concertación de Partidos por la
Democracia — CPPD), de centre gauche, a remporté 58 p.
100 des voix (ibid., 110; JISWA été
1994, 4). La Concertation regroupait le Parti
démocrate-chrétien d'Eduardo Frei (Partido
Demócrata Cristiano — PDC), le Parti socialiste
(Partido Socialista — PS), le Parti pour la démocratie
(Partido por la Democracia — PPD), le Parti radical (Partido
Radical — PR) et le Parti social-démocrate (Partido
Social-Demócrata — PSD) (BLAR mai 1995a,
106). Le sénateur Arturo Alessandri de l'Union pour le
progrès du Chili (Unión por el Progreso de Chile
— UPC), un parti de droite, a obtenu 24,4 p. 100 des voix
(ibid., 110; JISWA été 1994, 4). La
coalition de l'UPC regroupait le parti de droite Rénovation
nationale (Renovación Nacional — RN) et l'Union
démocratique indépendante (Unión
Democrática Independiente — UDI) (ibid.,
3-4).
Le 11 mars 1994, Eduardo Frei est devenu le
deuxième président du Chili élu par voie
démocratique depuis l'instauration de la démocratie
(Country Reports 1994 1995, 341). Sa part du scrutin
était de trois pour cent supérieure à celle
d'Aylwin en 1989 (BLAR mai 1995a, 110; JISWA
été 1994, 6). Ce résultat est notable si l'on
sait que Frei, contrairement à Aylwin, a aussi dû
affronter des candidats de la gauche radicale qui, ensemble, ont
obtenu plus de 11 p. 100 des voix (BLAR mai 1995a, 110,
125; JISWA été 1994, 4, 6).
D'après l'une des sources, le ton et
la teneur de la campagne électorale de 1993
révèlent que le gouvernement et les principaux partis
d'opposition étaient tous soucieux de trouver un terrain
d'entente et d'abandonner les antagonismes du passé
(BLAR mai 1995a, 106). Convaincus de la
nécessité de maintenir les politiques de
néo-libéralisme instaurées sous le
régime Pinochet, les partis ne s'entendaient toutefois pas
sur le rythme de leur mise en oeuvre (ibid., 108).
C'est un rythme de croissance
économique élevée et soutenue au cours des dix
dernières années (entre 6 et 7 p. 100 par
année) qui explique en partie ce [traduction] «
nouveau consensus » entre rivaux politiques (Report on
the Americas févr. 1993, 30; BLAR mai 1995b,
132-133). D'après la Commission économique pour
l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) de l'ONU, le
Chili est depuis la fin des années 1980 [traduction] «
resté dans la voie d'une croissance rapide et soutenue,
accompagnée d'une régression ininterrompue de
l'inflation » (CEPAL News janv. 1996, 2). Le
chômage est passé de 12,2 p. 100 en 1989
(BLAR mai 1995a, 105) à 5,4 p. 100 en 1995
(Country Reports 1995 1996, 2; The Washington
Times 1er mai 1996). Même si le nombre de cas de
pauvreté est passé d'environ 5 millions en 1990 (sur
une population de 14 millions d'habitants) à moins de 4
millions en 1994 (BLAR mai 1995b, 128), environ 28 p. 100
des citoyens du Chili vivent toujours sous le seuil de la
pauvreté (Country Reports 1995 1996, 2).
D'après Alan Angell de
l'Université d'Oxford et Benny Pollack de
l'Université de Liverpool, la campagne présidentielle
de 1993 a surtout porté sur les personnalités, des
thèmes comme la compétence administrative et le
désir de consolider les réformes du gouvernement de
Patricio Aylwin (1990-1994), plutôt que sur des enjeux
éventuellement plus explosifs comme les droits de la
personne (BLAR mai 1995a, 106). Frei a profité de
la grande estime dont avait joui son père, du même nom
et du même parti, lorsqu'il avait occupé la
présidence de 1964 à 1970 (ibid., 109) ainsi
que du succès du gouvernement Aylwin qui avait abouti
à la création de la CPPD (ibid. 107).
Ce nouveau consensus national a
éclaté lors des discussions sur la suite à
donner aux événements du passé (HRW 1995, 75;
Christian Science Monitor 5 déc. 1995; La
Nación 28 déc. 1995, 4; Andean
Newsletter oct. 1995, 3). La constitution du Chili,
rédigée en 1980 sous la dictature, renferme de
nombreuses mesures destinées à garantir une forte
influence de l'armée sur la société (Armed
Forces & Society hiver 1995, 261; The New York Times
Magazine 24 sept. 1995, 46; Galleguillos 19 mars 1996). Ces
mesures, dont la loi d'amnistie de 1978 à l'intention des
militaires coupables d'abus, sont une source constante de friction
entre la société civile et l'appareil militaire
à un moment où le Chili tente de faire face aux
violations passées des droits de la personne (Country
Reports 1995 1996, 2). D'après Amnesty International,
l'État chilien reconnaît officiellement que plus de 2
000 de ses citoyens ont été tués au moyen
d'exécutions extrajudiciaires ou sous la torture et que plus
d'un millier ont disparu sous le régime Pinochet
(déc. 1995, 23). Human Rights Watch signale que 3 129
personnes ont été [traduction] «
assassinées pour des motifs politiques » (1994, 77).
Selon la revue The Economist, il y a eu [traduction]
« 2 300 assassinats politiques avérés »
(9-15 avr. 1994, 48). Un millier d'affaires reliées à
ces crimes sont toujours devant les tribunaux, même si pour
800 d'entre elles environ, les procédures ont
été [traduction] « suspendues et
peut-être abandonnées pour de bon » (AI
déc. 1995, 3; Latinamerica Press 23 mars 1995,
12).
Plusieurs événements survenus
en 1995 illustrent la lutte que ne cessent de se livrer les
autorités civiles et militaires : la Cour suprême a
confirmé le jugement d'une instance inférieure contre
deux anciens dirigeants militaires qui avaient comploté le
meurtre en 1976 d'un ancien ministre des Affaires
étrangères (Latinamerica Press 1er juin
1995, 1; The Toronto Star 28 août 1995, A15; The
Ottawa Citizen 10 févr. 1996, B2); de même, la
Cour suprême a confirmé le jugement d'une instance
inférieure qui avait décidé de ne pas
appliquer la loi d'amnistie et, pour la première fois, a
condamné à l'incarcération deux militaires
responsables de [traduction] « disparitions » survenues
pendant la période visée par la loi (1973-1978)
(Country Reports 1995 1996, 5; AI déc. 1995, 21;
IPS 8 déc. 1995, 5); en outre, le gouvernement a
proposé de nommer des magistrats extraordinaires
chargés de régler une fois pour toutes les cas de
violation des droits de la personne qui s'étaient produits
dans le passé et de dépouiller les militaires de
leurs pouvoirs au moyen d'une réforme de la constitution
(The Globe and Mail 10 oct. 1995, A16; HRW 1995, 75).
D'après Claudio Fuentes, chercheur à l'École des sciences sociales de l'Amérique latine, [traduction] « jusqu'en 1998 au moins, les relations entre les civils et les militaires seront déterminées par le débat sur les institutions démocratiques (le rôle politique des forces armées) et par la solution que l'on trouvera à la question des droits de la personne » (La Nación 28 déc. 1995).
Le cadre constitutionnel
Le Chili est une démocratie
multipartite fondée sur une constitution qui prévoit
trois branches de gouvernement : l'exécutif, un parlement
bicaméral — composé de la Chambre des
députés et du Sénat — et d'une
magistrature indépendante (Country Reports 1995
1996, 1). La constitution de 1980 a créé un tribunal
constitutionnel autorisé à revoir la
constitutionnalité des lois et à trancher dans les
cas de litige constitutionnel (Sigmund 1990, 215; Armed Forces
& Society hiver 1995, 260). Le texte crée
également un Conseil national de sécurité
(CNS), autorisé à présenter au gouvernement
son avis sur les questions susceptibles de toucher la
sécurité nationale, le gouvernement ou les
institutions nationales (ibid., 261; Sigmund 1990, 215).
Le CNS est composé des chefs de l'armée, de la marine
de l'aviation et de la police, des présidents du
Sénat et de la Cour suprême, du président du
pays et d'un autre civil (ibid.; Political Parties of
the Americas 1992, 172). D'après Sigmund, la
constitution permet au CNS de [traduction] « former la
quatrième branche du gouvernement, sous la domination des
militaires... » (1990, 215). Nibaldo Galleguillos,
spécialiste des affaires
latino-américaines1, estime que le CNS a pour
rôle [traduction] « d'exercer le contrôle sur le
gouvernement, le Parlement et essentiellement toute autre
institution du pays » (19 mars 1996). D'après
Galleguillos, la constitution, de même qu'une loi
adoptée par Pinochet en 1989, garantit aux forces
armées une [traduction] « autonomie absolue »
(ibid.). En vertu de la constitution, le
général Pinochet a le droit de rester chef des forces
armées jusqu'en 1998 (ibid.; Country Reports
1995 1996, 11; AI déc. 1995, 2). De plus, à
titre d'ex-président, Pinochet peut occuper un poste de
sénateur jusqu'à la fin de ses jours (ibid.;
Sigmund 1990, 220). Il a également le droit de siéger
au CNS (ibid.).
Selon la constitution de 1980, c'est le
président qui désigne les chefs des trois armes ainsi
que le directeur de la police nationale (carabiniers ou en
espagnols, carabineros), mais l'article 93 l'oblige dans
chaque cas à faire son choix uniquement parmi les cinq plus
haut gradés (Armed Forces & Society hiver 1995,
262). Une fois nommés pour leur mandat non renouvelable de
quatre ans, les quatre commandants ne peuvent être
démis de leurs fonctions par le président (ibid.;
The New York Times Magazine 24 sept. 1995, 46; The Toronto
Star 28 août 1995, A1).
La constitution prévoit également la désignation d'au plus neuf sénateurs (en plus des 26 sénateurs élus) pour un mandat de huit ans (Country Reports 1995 1996, 10); quatre d'entre eux au moins doivent être d'anciens commandants des forces armées (Sigmund 1990, 215; Armed Forces & Society hiver 1995, 260). D'après les Country Reports 1995, les neuf sénateurs ont été dans les faits [traduction] « personnellement choisis par le général Pinochet et se joignent à l'opposition dans la plupart des débats » (1996, 10). Un article publié le 2 juillet 1994 dans la revue The Economist précise que l'équilibre des forces au Sénat dépend des sénateurs désignés (42). Un document publié en décembre 1995 par Amnesty International rappelle que huit des neuf sénateurs nommés par Pinochet en 1990 étaient toujours au Sénat (5n4).
Mesures prises pour régler les vieux cas de violations des droits de la personne par les forces de sécurité
La nécessité de régler
les vieux cas de violations des droits de la personne commises par
les militaires et les forces de sécurité a
été l'une des principales préoccupations du
gouvernement Aylwin (Current History mars 1993, 132;
BLAR mai 1995a, 107). En 1990, celui-ci a
créé la Commission sur la vérité et la
réconciliation (Current History mars 1993, 132).
Dans son rapport publié en 1991, appelé rapport
Rettig, la Commission a imputé à l'État ou
à des individus animés par des [traduction] «
motifs politiques » la responsabilité de quelque 2 000
cas d'exécutions extrajudiciaires et de disparition de
personnes qui, semble-t-il, ont été tuées par
la suite (AI déc. 1995, 13; Current History mars
1993, 132).
Des tensions entre les militaires et le
gouvernement Aylwin se sont manifestées au sujet des
violations des droits de la personne commises par des membres de
l'appareil de la sécurité sous la dictature :
à deux occasions au moins en 1993, les militaires ont
organisé des démonstrations de force dans les rues de
Santiago pour souligner leur revendication d'une amnistie pour les
auteurs des violations commises après 1978 (Armed Forces
& Society hiver 1995, 268, 269n3,
270n23; Andean Newsletter 28 juin 1993, 2;
The New York Times Magazine 24 sept. 1995, 46).
La loi d'amnistie de 1978 mettait
déjà les forces de sécurité à
l'abri des poursuites relatives aux violations des droits de la
personne survenues entre 1973 et 1978 (HRW 1995, 76;
Latinamerica Press 23 mars 1995, 12; Country Reports
1995 1996, 2), c'est-à-dire la période pendant
laquelle la majorité des crimes auraient été
commis (The New York Times Magazine 24 sept. 1995, 49). On
continue de discuter sur la nécessité de
connaître le sort des disparus avant de classer une affaire
(HRW 1995, 76; LAWR 9 nov. 1995, 514; Country Reports
1995 1996, 5). Les tribunaux n'ont pas appliqué la loi
d'amnistie de façon uniforme (AI déc. 1995, 17;
Country Reports 1995 1996, 5) : certains juges ont
simplement classé les affaires mettant en cause des
officiers (Christian Science Monitor 15 août 1995)
tandis que d'autres ont pris sur eux de fouiller l'affaire et de
trouver les restes des victimes avant d'amnistier le coupable
(ibid.).
En novembre 1995, le Latin American Weekly Report a laissé entendre que la Cour suprême avait décidé qu'une affaire devrait être classée dès lors que le tribunal établit que le délit a eu lieu pendant la période visée par la loi (9 nov. 1995, 514). Il n'y aurait alors aucun lieu d'établir la culpabilité ou d'imposer une peine (ibid.).
Réforme des tribunaux et enquêtes judiciaires
Le rapport Rettig a fait observer
dès 1991 que pendant toute la durée du régime
militaire, la magistrature n'avait pas réagi avec
[traduction] « suffisamment d'énergie » aux
violations des droits de la personne (Comisión Andina de
Juristas mai 1995, 9). En réaction, le gouvernement Aylwin a
fait de la réforme de la magistrature un des principaux
volets de sa politique en matière de droits de la personne
(Current History mars 1993, 133). Des modifications ont
notamment été apportées au code de
procédure pénale afin d'interdire le recours à
la torture (AI janv. 1995, 1). Ont également
été raffermis les droits des détenus d'obtenir
un avocat et les soins d'un médecin indépendant
(ibid.).
Le Département d'État des
États-Unis signale que les juges nommés par Pinochet
continuent d'exercer leur influence dans la magistrature, quoique
à un degré moindre (Country Reports 1995
1996, 1). Il ajoute que la Cour suprême collabore avec le
gouvernement pour réformer le système judiciaire
(ibid., 7). Les Country Reports 1995 estiment en
conclusion que les tribunaux n'ont que [traduction] «
partiellement réussi » à faire la
lumière sur les cas de violation des droits de la personne
(ibid., 2). Selon l'Inter-Church Committee on Human Rights
in Latin America, le fait que la plupart des juges de la Cour
suprême du Chili ont été nommés par
Pinochet a nui aux enquêtes (Alerta janv.-avr. 1995,
12). Le professeur Galleguillos, auteur d'une communication
récente sur les cours suprêmes chilienne et mexicaine,
estime que l'appareil judiciaire est [traduction] « un
désastre » et qu'il est [traduction] « tout
à fait absurde » d'affirmer que celui-ci arrive mieux
à faire enquête sur les violations du passé (19
mars 1996). Les juges nommés par Pinochet sont inamovibles,
et ce malgré une disposition constitutionnelle qui stipule
le contraire (ibid.). La Cour suprême, ajoute-t-il,
[traduction] « n'a rien fait du tout pour protéger les
droits de la personne », et ce surtout parce qu'elle
défère souvent les affaires aux tribunaux militaires
(ibid.). D'après la Fondation d'aide sociale des
Églises (FASIC), la Cour suprême « a toujours
l'habitude de ne pas défendre les droits de la personne
» (FBIS 15 févr. 1996, 33).
Peu après son inauguration, le
président Frei s'est vu obligé de demander la
démission du chef des carabiniers, le général
Rodolfo Stange, au moment où circulaient des
allégations de camouflage de l'enlèvement et du
meurtre, en 1985, de trois militants du Parti communiste (The
Economist 9 avr. 1994, 48-49; Latinamerica Press 12
oct. 1995, 7; Alerta janv.-avr. 1995, 12-13; BLAR
mai 1995a, 108). Stange a fini par être mis en accusation
pour avoir trempé dans les meurtres commis par
l'unité spéciale des carabiniers (LAWR 19
oct. 1995, 478). Toutefois, fort de l'appui des instances
supérieures, le juge a décidé de ne pas
inculper le général (ibid.). Le 7 octobre
1995, Stange a annoncé sa démission
(ibid.).
En mai 1995, la Cour suprême a
confirmé une peine de sept ans de réclusion contre
Manuel Contreras, général à la retraite et
ancien directeur de la police secrète du régime
militaire, la Direction nationale de renseignements
(Dirección de Inteligencia Nacional — DINA), ainsi
qu'une peine de six ans d'incarcération contre son adjoint
principal, le brigadier Pedro Espinoza (Country Reports
1995 1996, 2; AI déc. 1995, 15). Peu après, le
tribunal a réduit leur peine d'un an pour tenir compte du
temps qu'ils avaient passé en prison en 1978 en attendant le
résultat d'une tentative infructueuse de les extrader vers
les États-Unis (ibid.). Les deux hommes avaient
été trouvés coupables d'avoir comploté
l'assassinat, en 1976, de l'ancien ministre des Affaires
étrangères et rival de Pinochet, Orlando Letelier, et
de son adjoint, Ronni Moffitt, à Washington, aux
États-Unis (Latinamerica Press 1er juin 1995, 1;
Alerta janv.-avr. 1995, 12; The Toronto Star 28
août 1995, A15). Comme le meurtre n'avait pas
été commis au Chili et que l'une des victimes
était citoyen américain, l'affaire ne tombait pas
sous le coup de la loi d'amnistie de 1978 (ibid.; HRW/A
mai 1994, 11). Il s'agit du seul cas où d'anciens membres de
la DINA aient fait l'objet de [traduction] « poursuites sans
réserves » ou qu'il aient été
emprisonnés pour des crimes commis entre 1973 et 1978,
période visée par l'amnistie (HRW 1995, 75).
Toutefois, Contreras, avec la complicité des militaires, a
été mis à l'abri dans un hôpital naval
pendant que son avocat se préparait à interjeter
appel (ibid.; The Globe and Mail 10 oct. 1995,
A16; The Ottawa Citizen 10 févr. 1996, B2). Les
appels ont été rejetés et, en octobre 1995,
Contreras a été incarcéré dans une aile
spéciale de la prison de Punta Peuco, construite pour lui et
Espinoza, la seule autre personne qui y soit détenue (HRW
1995, 76; LAWR 2 nov. 1995, 494).
L'ex-agent de la DINA Osvaldo Romo a
bénéficié d'un non-lieu en octobre 1995, la
Cour suprême ayant décidé d'appliquer la loi
d'amnistie à l'affaire (Country Reports 1995 1996,
3; AI déc. 1995, 19). On avait accusé Romo d'avoir
séquestré et d'avoir fait disparaître deux
membres d'un ancien groupe terroriste; on présume
aujourd'hui qu'ils sont morts (Country Reports 1995 1996,
3). La loi d'amnistie a été appliquée de
nouveau dans l'affaire de l'assassinat de Lumi Videla,
arrêté par des agents de la DINA en 1974 (FBIS 15
févr. 1996, 33). Il se peut que 28 ex-agents de la Centrale
nationale de renseignements (Central Nacional de Informaciones
— CNI), l'organe qui a succédé à la
DINA, soient traduits devant des tribunaux civils par suite d'une
décision du tribunal militaire le plus élevé
du pays, qui a statué que la mort de douze membres du Front
patriotique Manuel Rodriguez pouvait dans tous les cas être
qualifiée d'homicide (Country Reports 1995 1996, 4;
LAWR 23 nov. 1995, 530). Ces homicides étant
survenus en 1987, la loi d'amnistie ne s'applique pas
(ibid.). Quinze ex-agents des carabiniers et un civil ont
été condamnés pour l'enlèvement et le
meurtre en 1985 de trois communistes (Country Reports 1995
1996, 4; LAWR 9 nov. 1995, 514). Les sources ne
s'entendent pas sur les peines infligées : les Country
Reports 1995 affirment que cinq accusés ont
été condamnés à la prison à
perpétuité et que les autres ont reçu des
peines d'emprisonnement de 41 jours à 15 ans (1996, 4),
tandis que le Latin American Weekly Report affirme que
quatre d'entre eux ont été condamnés à
la prison à perpétuité et que les autres ont
reçu des peines d'emprisonnement de 15 à 60 ans (9
nov. 1995, 514).
En 1995, pour la première fois, un
tribunal a jugé qu'un crime commis par les forces militaires
pendant la période visée par la loi d'amnistie
(1973-1978) ne tombait néanmoins pas sous le coup de cette
loi (Country Reports 1995 1996, 5; IPS 8 déc. 1995,
5). En effet, le 5 décembre, la Cour suprême a choisi
de ne pas appliquer la loi dans l'affaire de deux paysans, Eleurio
Cheuquepan et José Lleulen, placés en
détention par les forces de sécurité en 1974
et disparus depuis (ibid.; IPS 8 déc. 1995;
LAWR 21 déc. 1995, 585). Deux anciens carabiniers
et un civil se sont vu infliger une amende et une peine
d'emprisonnement de quatre ans et demi (IPS 8 déc. 1995;
Country Reports 1995 1996, 5). La Cour a jugé que
[traduction] « les enlèvements étaient des
"infractions criminelles qui subsistent après les actes
eux-mêmes", et dépassaient donc la période
visée par l'amnistie » (ibid.).
D'après le vérificateur de l'armée,
l'enlèvement des enfants (Cheuquepan n'avait que 15 ans)
[traduction] « avait nommément été exclu
de la loi d'amnistie » (IPS 8 déc. 1996).
Par ailleurs, la Cour suprême a invoqué la loi d'amnistie pour classer 25 affaires de disparition et de crimes connexes contre des militaires dans les derniers mois de 1995, d'après le Latin American Weekly Report (9 nov. 1995, 514).
Mesures législatives
Le 22 août 1995, le gouvernement a
déposé au Sénat ce que l'on a appelé le
projet de loi Frei, qui se composait en fait de trois avant-projets
de loi (AI déc. 1995, 4). Le premier proposait de faire
ressortir aux tribunaux civils plutôt qu'aux tribunaux
militaires les cas de [traduction] « disparition »
(ibid.; LAWR 16 nov. 1995, 526; HRW 1995, 77); le
deuxième aurait donné au président le pouvoir
de choisir le commandant des forces armées et de
démettre de leurs fonctions les dirigeants militaires (AI
déc. 1995, 5; HRW 1995, 77; LAWR 19 oct. 1995,
478); le troisième regroupait un ensemble de modifications
constitutionnelles destiné à modifier la composition
du CNS pour accorder la majorité des sièges aux
civils, modifier le mandat des neuf sénateurs
désignés en 1996 plutôt qu'en 1998 puis
supprimer les nominations futures et permettre au président
de proposer le nom des membres de la Cour constitutionnelle (AI
déc. 1995, 5; IPS 12 sept. 1995; LAWR 16 nov. 1995,
526).
L'avant-projet de loi sur le lancement de
poursuites dans les cas de disparition a rencontré
l'opposition des partis du gouvernement et de la coalition de
l'opposition, et a créé de graves dissensions dans
les deux groupes (IPS 6 déc. 1995; Christian Science
Monitor 5 déc. 1995; Latin American Regional
Reports 28 déc. 1995a, 6). Un compromis a
été négocié par le gouvernement et
l'opposition de droite et, le 5 décembre 1995, une
commission sénatoriale a approuvé un avant-projet de
loi (dit projet de loi Figueroa-Otero) qui prévoyait le
règlement de toute poursuite relative aux [traduction]
« disparitions » survenues entre 1973 et 1978 et
susceptibles de tomber sous le coup de la loi d'amnistie (AI
déc. 1995, 5; LAWR 21 déc. 1995a, 585; IPS 6
déc. 1995). Le texte permet également à la
Cour suprême de désigner des juges qui se consacreront
exclusivement à ces affaires pendant une période
renouvelable d'un an, mais l'enquête ne peut porter que sur
le dépistage des disparus (AI déc. 1995, 5). Les
preuves peuvent être présentées à huis
clos, et ailleurs que dans les tribunaux (ibid.), et
l'affaire peut être classée sans que ne soit
établi ce qui est advenu de la personne disparue
(LAWR 16 nov. 1995, 526; AI déc. 1995, 6).
Les deux autres volets du projet de loi
Frei ont également été approuvés par la
commission sénatoriale : le 7 décembre 1995, celle-ci
a voté les modifications constitutionnelles proposées
dans le texte (AI déc. 1995, 6), et en janvier 1996, elle a
approuvé une modification de la constitution mettant fin
à la désignation de sénateurs dès 1998
(El Mercurio 17 janv. 1996, A1, A9). En février, le
parti de la Rénovation nationale a proposé une autre
réforme constitutionnelle à la coalition au pouvoir
(ibid. 14 févr. 1996). La CPPD a rejeté la
proposition et a invité l'opposition à participer
à la préparation des textes législatifs
relatifs à la réforme déjà convenue, en
vue de les déposer au Sénat en mars (ibid.).
Les modifications constitutionnelles comme le texte Figueroa-Otera
doivent être adoptés par l'ensemble du Sénat et
de la Chambre des députés pour avoir force de loi; le
projet de loi Figueroa-Otero n'exige que la majorité simple
tandis que les modifications constitutionnelles doivent obtenir au
moins les deux tiers des voix (ibid.). La DGDIR ne dispose
d'aucun renseignement indiquant si le texte de loi a
été soumis à l'approbation du Sénat ou
de la Chambre des députés.
Cette réponse a été préparée par la DGDIR à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la DGDIR a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse ne prétend pas être un traitement exhaustif du pays étudié, ni apporter de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié.
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Informzation on the transition to democracy, part 1 of 5: Introduction, constitutional framework, and measures addressing past human rights violations [CHL25122.EX] (Anfragebeantwortung, Englisch)