Direction des recherches, Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada
1. Aperçu des gangs
Des sources soulignent qu’en février 2024, les gangs haïtiens se sont rassemblés en une grande coalition appelée Viv Ansanm [Vivre ensemble] (Nations Unies 2025-03-27, paragr. 7; GCR2P 2025-03-14; GI-TOC 2025-04, 7). Cet ensemble réunit les deux fédérations du G9 an Fanmi (G9) et du G-PEP [Gpèp] (responsable des programmes 2025-07-04; GCR2P 2025-03-14; InSight Crime 2025-02-06). Au sein de Viv Ansanm, les groupes criminels agissent de manière « concerté[e] » (responsable des programmes 2025-07-04; Crisis Group 2025-02-19). Cela leur a permis de mener des attaques coordonnées contre des infrastructures civiles importantes de la capitale (GCR2P 2025-03-14; InSight Crime 2025-02-06; Nations Unies 2025-01-13, paragr. 23), comme l’aéroport et « d’autres symboles de l’autorité de l’État » (Nations Unies 2025-01-13, paragr. 23).
Selon l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale (Global Initiative Against Transnational Organized Crime − GI-TOC), une organisation indépendante de la société civile basée en Suisse (GI-TOC s.d.), « [l]a coordination de leurs efforts a entraîné une diminution des conflits inter-gangs, ce qui leur a permis de se concentrer sur l’expansion de leur contrôle territorial et sur la contestation de l’autorité de l’État » (GI-TOC 2025-04, 7). D’après la même source, « les gangs se concentr[e]nt toujours davantage sur l’établissement d’un contrôle économique et social durable sur les communautés » (GI-TOC 2025-04, 7). Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) mentionne également que les bandes criminelles mènent des attaques pour étendre leur territoire et « renforcer leur emprise criminelle » (Nations Unies 2025-01-13, paragr. 26).
La GI-TOC relève que la principale source de revenus des groupes armés est l’extorsion, et explique ce qui suit :
Chaque avancée des gangs se traduit non seulement par une explosion de violence, mais aussi par la création de cellules locales avec un ou plusieurs chefs, dont l’une des tâches principales est d’établir un régime d’extorsion local, notamment à l’encontre des entreprises de la région, des résidents dans certains cas, mais aussi contre les personnes souhaitant circuler sur les axes routiers, grâce à la création immédiate de checkpoints (GI-TOC 2025-04, 8).
Des sources de juillet 2025 estiment que la proportion du territoire de Port-au-Prince qui se retrouve sous le contrôle des groupes criminels se situe à environ 85 % (Beckett 2025-07-14; politologue 2025-07-03) ou 90 % (Nations Unies 2025-07-02; BBC 2025-07-24). Elles notent aussi que tous les accès routiers reliant la capitale au reste du pays sont désormais sous le contrôle des gangs (politologue 2025-07-03; Nations Unies 2025-06-27, paragr. 15).
Selon le BINUH, « les bandes armées se sont emparées de lieux stratégiques dans les départements de l’Ouest, du Centre et de l’Artibonite » (Nations Unies 2025-06-27, paragr. 15). Des sources signalent également une extension du territoire touché par la violence, en particulier dans les régions de l’Artibonite (InSight Crime 2025-02-06; GI-TOC 2025-01) et du Centre (RNDDH 2025-04-10; Nations Unies 2025-07, 16). Selon la GI-TOC, entre avril 2024 et avril 2025, la violence a atteint la région de la frontière avec la République dominicaine et des zones du sud-ouest (GI-TOC 2025-04, 7). Le Centre mondial pour la responsabilité de protéger (Global Centre for the Responsibility to Protect – GCR2P), une ONG basée à New York œuvrant à mobiliser la communauté internationale pour sauver les populations à risque de subir des atrocités de masse (GCR2P s.d.), note dans un rapport sur Haïti datant de mars 2025 que la violence atteint la partie sud du département de l’Ouest, qui avait jusqu’à maintenant été épargnée (GCR2P 2025-03-14).
L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) fait remarquer ce qui suit :
[traduction]
Alors que le contrôle des gangs s’étend, la capacité de l’État à gouverner diminue rapidement, ce qui entraîne des conséquences sociales, économiques et sécuritaires. Dans le vide laissé par l’absence ou l’insuffisance des services publics, les groupes criminels prennent le relais. Ils mettent en place des structures de gouvernance parallèles et fournissent des services publics rudimentaires (Nations Unies 2025-07-02).
La GI-TOC signale de même que « les gangs ont consolidé leur capacité de gouvernance criminelle, qu’ils ont mise en œuvre par l’extorsion et l’imposition de règles de plus en plus strictes sur la vie quotidienne des Haïtiens », et ajoute que « [b]ien qu’il n’y ait pas de chiffre précis sur le nombre total de membres des gangs, les groupes peuvent rassembler des milliers de personnes et sont bien plus nombreux que les forces de sécurité » (2025-01, 1, 5).
Parallèlement, l’ONUDC rapporte que les groupes d’autodéfense continuent de se multiplier au pays (Nations Unies 2025-07-02). Le BINUH explique, en juin 2025, que
[d]ans un contexte de frustration croissante de la population face à la capacité de protection limitée de l’État, les groupes dits d’autodéfense et de vigilance gagnent en popularité. Au cours de la période considérée [15 avril au 20 juin 2025], ces groupes et des particuliers agissant de leur propre chef ont lynché au moins 100 hommes et une femme soupçonnés d’association ou de collaboration avec des gangs. Ces groupes constituent souvent les derniers mécanismes de sécurité dans de nombreuses régions, mais ils portent atteinte aux droits humains fondamentaux, notamment le droit à la vie et le droit à un procès équitable, tout en alimentant la violence, qui prend la forme d’attaques de représailles menées par les gangs (Nations Unies 2025-06-27, paragr. 1, 16).
L’ONUDC note ce qui suit : [traduction] « Si certains sont motivés par l’urgence de protéger leurs communautés, beaucoup opèrent en dehors des cadres juridiques existants, se livrant parfois à des actions extrajudiciaires et collaborant avec des gangs » (Nations Unies 2025-07-02).
2. Recrutement des hommes [1] par les gangs
La GI-TOC signale que « [l]es groupes criminels ont augmenté leur recrutement en 2024 » (2025-01, 5). D’après Greg Beckett, un professeur agrégé d’anthropologie à l’Université Western Ontario qui mène des recherches sur Haïti depuis plus de vingt ans et dont le travail de terrain portait sur les quartiers populaires de Port-au-Prince, le recrutement par les bandes criminelles atteint actuellement des niveaux [traduction] « inégalés », en Haïti, et la consolidation des gangs en grandes fédérations a « systématisé » les processus de recrutement : on est passé d’un recrutement basé sur le quartier vers des approches plus organisées et stratégiques (Beckett 2025-07-14). D’après la même source, ces fédérations
[traduction]
- coordonnent le recrutement dans plusieurs quartiers afin de constituer des forces plus importantes
- ciblent des compétences et des groupes démographiques précis […]
- utilisent le contrôle des « points d’étranglement » (chokepoints) — emplacements stratégiques qui contrôlent les mouvements et l’accès aux ressources — pour [recruter]
- utilisent à la fois le recrutement direct et l’absorption de groupes indépendants plus petits ainsi que de quartiers entiers (Beckett 2025-07-14).
Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches en juillet 2025, le directeur du programme Haïti de la GI-TOC a pour sa part affirmé que, depuis 18 à 24 mois, les groupes armés recrutent avant tout dans l’objectif d’augmenter leurs effectifs afin de pouvoir mieux contrôler le territoire de plus en plus grand qu’ils dominent et pour pouvoir mener de nouvelles attaques (directeur 2025-07-09). Un rapport du Groupe d’experts sur Haïti des Nations Unies mentionne de même que « les gangs [étendent] leur emprise territoriale afin d’accroître les revenus tirés des enlèvements, de l’extorsion et du trafic de stupéfiants » (Nations Unies 2024-09-30, 2). Ils recrutent donc, selon le directeur du programme Haïti de la GI-TOC, « un peu tout le monde », et « c’est pourquoi, entre autres, on retrouve autant d’enfants dans les gangs » (directeur 2025-07-09). Le BINUH note que l’enrôlement de mineurs a contribué à permettre aux gangs de mener « des attaques au long cours durant plusieurs jours » (Nations Unies 2025-01-13, paragr. 23).
2.1 Méthodes de recrutement
Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches, un politologue spécialiste d’Haïti, chargé d’étude au Centre tricontinental (CETRI), un « centre d’étude […] sur les rapports Nord-Sud et les enjeux de la mondialisation en Afrique, en Asie et en Amérique latine » (CETRI s.d.), et qui a visité Haïti en mai 2025, a expliqué que le recrutement couramment pratiqué par les bandes criminelles est généralement « forc[é] », que ce soit de manière directe (« explicite ») ou indirecte (« invisible ») (politologue 2025-07-03). Selon le directeur du programme Haïti de la GI-TOC, la situation a changé depuis le temps, il y a 2 à 5 ans, où les gens adhéraient à un gang « par sympathie » ou « par opportunité » (directeur 2025-07-09).
Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches, la responsable des programmes du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) [2] et présidente de la plateforme Ensemble contre la corruption (ECC) [3] a néanmoins donné l’exemple des « argentins », des jeunes qui possèdent une arme et qui offrent leurs services temporairement à différentes bandes criminelles sans s’y lier, à la manière de mercenaires, et qui sont différents des « soldats » qui forment la plus grande partie des gangs (responsable des programmes 2025-07-04). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.
2.1.1 Recrutement dit volontaire
La première forme de recrutement, que certains ont appelée « volontaire » [ou « "souple" » (responsable des programmes 2025-07-04)], est celle qui pousse des hommes à se joindre à un gang par manque d’autres possibilités (Beckett 2025-07-14) ou « par obligation » (directeur 2025-07-09). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, le directeur exécutif du RNDDH a fait ressortir que ce type de recrutement « s’inscrit dans un contexte de misère, de chômage et d’absence d’opportunités pour les jeunes » (directeur exécutif 2025-06-30). Greg Beckett a de même souligné que les hommes qui deviennent membres d’un gang de cette façon sont [traduction] « poussé[s] par l’extrême pauvreté », le chômage et l’insécurité alimentaire (2025-07-14). De même, selon Human Rights Watch, c’est la faim et la pauvreté qui poussent les enfants à rejoindre les groupes criminels (2024-10-09). Des sources ont signalé que l’État est complètement absent de nombreux territoires dominés par les gangs (Beckett 2025-07-14; directeur exécutif 2025-06-30); aucun service de soutien n’y est disponible (directeur exécutif 2025-06-30).
Des sources ont souligné ce que les groupes armés offrent aux jeunes hommes en échange du recrutement :
- un revenu (directeur exécutif 2025-06-30; Beckett 2025-07-14; VBI 2024-04-19),
- de la nourriture (responsable des programmes 2025-07-04; Beckett 2025-07-14; Human Rights Watch 2024-10-09),
- un abri (Human Rights Watch 2024-10-09),
- l’accès à une arme (directeur exécutif 2025-06-30; Beckett 2025-07-14),
- une protection personnelle (directeur exécutif 2025-06-30; Beckett 2025-07-14; VBI 2024-04-19) et
- un certain statut social dans leur communauté (Beckett 2025-07-14; directeur exécutif 2025-06-30).
Le directeur exécutif du RNDDH a énuméré les pratiques qui sont employées par les gangs pour recruter des hommes :
- Approche directe : Un ami déjà membre du gang peut proposer à un autre de les rejoindre.
- Chantage économique : Des offres alléchantes d’argent ou de biens sont faites à ceux qui hésitent.
- Climat de peur : certains jeunes hommes rejoignent les gangs armés pour éviter d’être pris pour cible dans leur propre quartier.
- Endoctrinement progressif : Des jeunes sont séduits par le mode de vie des chefs de gangs armés, mis en scène sur les réseaux sociaux (voitures de luxe, armes, vêtements de marque, argent liquide). Cela donne l’impression que la réussite ne peut venir que de la violence ou de la criminalité (directeur exécutif 2025-06-30).
La responsable des programmes du RNDDH a décrit ainsi le processus d’adhésion « "volontaire" » aux gangs pour les « soldats » des groupes armés :
[G]énéralement de jeunes adultes pauvres et vulnérables, [ils] deviennent membres d’un gang […] d’abord en rendant quelques services (surveillance, menus travaux) en échange de biens (nourriture, etc.), puis […] finissent [par] assumer de plus grandes responsabilités, recevoir une arme et prêter allégeance (responsable des programmes 2025-07-04).
La même source a enfin souligné qu’une fois recruté, on ne peut plus quitter le gang, sauf dans le cas des argentins, dont le statut est différent (responsable des programmes 2025-07-04).
2.1.2 Recrutement coercitif
Selon la responsable des programmes du RNDDH, les exemples d’hommes recrutés directement « sur menace » sont plutôt « rares » (responsable des programmes 2025-07-04). Lorsque c’est le cas, d’après le directeur exécutif du RNDDH, le recrutement « imposé » se passe sous l’effet du chantage, de menaces de mort ou de menaces de représailles envers la famille (directeur exécutif 2025-06-30).
Toutefois, Greg Beckett a affirmé, de son côté, ceci : [traduction] « [l]e recrutement forcé est devenu de plus en plus courant, en particulier depuis que les gangs se sont regroupés en grandes fédérations comme l’Alliance G9 (qui fait maintenant partie de la coalition Viv Ansanm) » (2025-07-14). La même source a avancé que les [traduction] « enlèvements purs et simples » font maintenant partie des méthodes du recrutement forcé et que, « bien que cela soit moins fréquent pour les adultes, il existe des cas documentés de recrutement forcé par kidnapping, en particulier de jeunes hommes possédant des compétences précises » (Beckett 2025-07-14). Des sources ont signalé des cas d’enlèvement de médecins pour les forcer à soigner les membres d’un gang (responsable des programmes 2025-07-04; directeur 2025-07-09). Selon la responsable des programmes du RNDDH, cependant, les médecins enlevés de cette façon « n’adhère[nt] pas à proprement parler au gang, mais travaille[nt] pour lui "de force" » (responsable des programmes 2025-07-04).
Parmi les autres méthodes de recrutement coercitif, Greg Beckett a énuméré les suivantes :
- les menaces directes,
- la coercition économique (faire du recrutement la condition pour accéder à un travail, pour pouvoir se déplacer ou pour accéder à des nécessités de base) et
- l’escalade progressive (où une coopération volontaire initiale progresse vers une participation forcée) (2025-07-14).
3. Hommes ciblés pour le recrutement par les groupes criminels
Des sources ont souligné que les gangs ont tendance à cibler les personnes « vulnérables », pour le recrutement, que ce soit notamment en raison de leur pauvreté, de leur jeunesse (politologue 2025-07-03; directeur exécutif 2025-06-30), ou de leur isolement (politologue 2025-07-03).
3.1 Localisation
Des sources ont fait valoir que la présence dans un territoire dominé par un groupe criminel était aussi l’un des principaux facteurs exposant une personne au recrutement (responsable des programmes 2025-07-04; politologue 2025-07-03). Selon la responsable des programmes au RNDDH, « les gangs recrutent dans leur "fief" parce qu’il est plus facile de contrôler des personnes que l’on connaît et qui sont physiquement proches » (responsable des programmes 2025-07-04). Le politologue a ajouté que les gangs ciblaient également les habitants des territoires convoités (2025-07-03). Greg Beckett a pour sa part précisé que les gangs visaient aussi les territoires qui se situent à la frontière de ceux de groupes différents, les zones de transit situées autour des points d’étranglement et le long des principaux axes de transit (2025-07-14).
Le directeur du programme Haïti à la GI-TOC a aussi souligné que tous les habitants d’un quartier dominé par une bande criminelle peuvent être forcés de travailler pour celle-ci sans nécessairement la rejoindre, par exemple en transportant des personnes ou des marchandises, ou en préparant de la nourriture pour ses membres (directeur 2025-07-09). La même source a également rappelé que, lorsque les groupes armés prennent le contrôle d’un service ou d’une industrie, ses employés se retrouvent à travailler pour le gang malgré eux : les manutentionnaires du port, par exemple, ou les chauffeurs de camion d’une industrie (directeur 2025-07-09).
3.2 Âge
Des sources notent que les membres des gangs sont généralement des [hommes (Beckett 2025-07-14)] jeunes, âgés de moins de 35 ans (Beckett 2025-07-14; responsable des programmes 2025-07-04; directeur 2025-07-09). La responsable des programmes du RNDDH a néanmoins expliqué qu’il arrive parfois que des hommes plus âgés se joignent à un groupe armé par un effet d’entraînement, lorsque leur fils ou un ami en fait partie :
Ces hommes ne sont pas recrutés en raison de leur pauvreté ou de leur vulnérabilité, mais en échange d’un salaire. […] En général, ces hommes feront des tâches à l’interne, comme l’administration, la comptabilité, la préparation des lettres d’exaction, etc., mais, selon […] leur penchant criminel, certains pourront être affectés à des attaques, des agressions, des violences de tous genres. Ces membres ne sont pas aussi faciles à manipuler, donc ils sont moins nombreux. Mais ils ne peuvent pas quitter le gang non plus ou c’est la mort qui les attend et on s’en prendra aussi à leur famille (responsable des programmes 2025-07-04).
3.2.1 Recrutement des enfants
Des sources font également état d’un accroissement marqué du recrutement des enfants par les gangs (Nations Unies 2024-11-25; Human Rights Watch 2024-10-09). D’après les estimations du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), en 2024, « le nombre d’enfants recrutés par des groupes armés a augmenté de 70 % » entre les deuxièmes trimestres de 2023 et 2024 et « [à] l’heure actuelle, les enfants constituent jusqu’à la moitié des effectifs des groupes armés » (Nations Unies 2024-11-25). Des sources notent que les groupes criminels ont augmenté leur recrutement d’enfants en réponse aux opérations de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) [4] (Human Rights Watch 2024-10-09; Nations Unies 2024-10, paragr. 15) et de la police (Human Rights Watch 2024-10-09). Le Groupe d’experts sur Haïti, qui s’est entretenu avec des représentants du gouvernement, des agents de la police et des analystes, estime que le but des gangs en enrôlant des enfants serait « de tirer parti de tout incident dont ceux-ci pourraient être les victimes pour fragiliser » la MMAS (Nations Unies 2024-09-30, paragr. 47).
Des sources ont fait ressortir que les enfants sont faciles à recruter ainsi qu’à manipuler (directeur 2025-07-09; responsable des programmes 2025-07-04; politologue 2025-07-03). Greg Beckett a en outre fait valoir que la structure extrêmement jeune de la population haïtienne – dont environ 52,4 % a moins de 25 ans et près du tiers, moins de 15 ans – [traduction] « explique pourquoi le recrutement des jeunes est un élément central de la stratégie des gangs » (2025-07-14). Le Groupe d’experts sur Haïti explique ce qui suit :
Du fait de la situation désastreuse que connaît Haïti, les enfants ont plus de risques de se faire enrôler par des gangs et, à cause du manque d’accès à l’éducation, à l’emploi et aux produits de première nécessité, entrer dans un gang est considéré comme le seul moyen viable de survie. Par ailleurs, les gangs appâtent les enfants en leur donnant de l’argent, un téléphone portable, une moto ou d’autres biens, ou en leur promettant d’autres avantages économiques et peut-être aussi une certaine forme de reconnaissance sociale s’ils rejoignent le gang. Si ces tactiques échouent, les gangs menacent de mort les enfants ou leur famille, ne laissant aux mineurs d’autre choix que de les rejoindre (Nations Unies 2024-09-30, paragr. 127).
Amnesty International, dans un rapport publié en février 2025 sur le recrutement des enfants par les gangs haïtiens, signale de même que « [t]ous les enfants interrogés ont indiqué ne pas avoir eu d’autre choix que de travailler pour les groupes, en raison de leur terrible situation économique et des menaces des membres des gangs » (2025-02-12, 20). La même source note également ce qui suit :
[L]es enfants ont déclaré qu’ils étaient forcés à accomplir différentes tâches pour des gangs par pure peur, et que des gangs leur avaient parfois placé une arme dans la main. De nombreux enfants ont été directement menacés de représailles contre eux-mêmes ou leur famille s’ils refusaient (Amnesty International 2025-02-12, 23).
3.3 Situation économique et sociale
Plusieurs sources mettent de l’avant l’adéquation entre une situation socio-économique difficile et la vulnérabilité au recrutement (politologue 2025-07-03; directeur exécutif 2025-06-30; VBI 2024-04-19). Selon Greg Beckett, les groupes armés recrutent de manière prédominante parmi les personnes démunies qui vivent en ville et qui sont aux prises avec le chômage, le manque d’éducation et la détresse économique (2025-07-14). D’autres sources aussi ont souligné un lien entre le manque de scolarisation et la vulnérabilité au recrutement (Nations Unies 2025-02-28; directeur exécutif 2025-06-30).
Certaines sources ont mentionné l’isolement social comme facteur de risque pour le recrutement (Beckett 2025-07-14; responsable des programmes 2025-07-04; politologue 2025-07-03), qui touche particulièrement les personnes rapatriées (politologue 2025-07-03; responsable des programmes 2025-07-04) ou les migrants nouvellement arrivés à Port-au-Prince (Beckett 2025-07-14). Des sources ont toutefois signalé que les personnes ayant des liens de parenté [ou d’amitié (directeur exécutif 2025-06-30)] avec les gangs sont également davantage visées pour le recrutement (directeur exécutif 2025-06-30; Beckett 2025-07-14).
3.4 Métier ou compétence
Des sources ont souligné que le fait de pratiquer certains métiers ou de posséder certaines compétences pouvait attirer l’attention des gangs pour le recrutement (Beckett 2025-07-14; directeur 2025-07-09; responsable des programmes 2025-07-04).
Selon certaines sources, les personnes ayant de l’expérience au sein de la police [et de l’armée (Beckett 2025-07-14)] peuvent être recherchées pour leurs connaissances, entre autres, des tactiques et des armes (Beckett 2025-07-14; directeur exécutif 2025-06-30). Le directeur du programme Haïti de la GI-TOC a mentionné qu’il pouvait arriver que les gangs recrutent d’anciens officiers de police ou d’anciens militaires haïtiens de l’armée américaine (expulsés ou rapatriés en Haïti) qui pourraient servir de conseillers stratégiques (directeur 2025-07-09). La même source a aussi noté que, depuis environ deux ans, on voit les gangs former des unités « d’élites combattantes » copiées sur le modèle des unités commandos des forces publiques, comme le gang d’Izo, à Village de Dieu, dont la nouvelle « "unité d’élite" » a fait l’objet d’une campagne de propagande vidéo en ligne (directeur 2025-07-09). Le rapport du Groupe d’experts des Nations Unies mentionne en effet que, selon des entretiens avec des sources confidentielles, un ancien chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national a participé à la production de la vidéo du groupe qui se fait appeler « Unité Village de Dieu » (Nations Unies 2024-09-30, paragr. 31, 48).
Le politologue a cependant rappelé qu’en ce moment, les groupes armés ne recherchent pas tant une expertise que des « exécutants », des personnes faciles à diriger (2025-07-03). Des sources ont signalé par ailleurs que les policiers sont « systématiquement tués » par les gangs (responsable des programmes 2025-07-04; politologue 2025-07-03).
Le directeur exécutif du RNDDH a soulevé que les bandes criminelles ciblent parfois des personnes parce qu’elles possèdent une compétence qui peut leur être utile, comme les chauffeurs de camions ou de motocyclettes ou encore les personnes qui maîtrisent les technologies de communication sur les réseaux sociaux (directeur exécutif 2025-06-30). Greg Beckett, en plus des chauffeurs, a mentionné les mécaniciens et les employés du domaine de la construction, et a ajouté que certaines personnes peuvent également être ciblées parce qu’elles possèdent, par exemple, un véhicule, une arme ou des connaissances techniques spécialisées (2025-07-14). La même source a aussi noté que les étudiants, dont les connaissances pourraient être utiles, pourraient être ciblés (Beckett 2025-07-14).
Parallèlement, des sources ont signalé qu’en raison de leur métier, certaines personnes peuvent être réquisitionnées par un gang qui les obligera à travailler pour lui; c’est notamment le cas pour les médecins (directeur 2025-07-09; responsable des programmes 2025-07-04).
3.5 Délinquance et dossier criminel
Des sources ont signalé que les personnes déjà [traduction] « socialisées » à la criminalité attireraient l’attention des groupes criminels (Beckett 2025-07-14; directeur exécutif 2025-06-30). Greg Beckett a aussi ajouté qu’une personne dont les proches font déjà partie d’un gang serait davantage ciblée (2025-07-14).
La responsable des programmes a pour sa part déclaré que le RNDDH n’avait pas rencontré de cas de personnes recrutées de force en raison de leur passé criminel (2025-07-04). Le politologue a de son côté affirmé que, selon lui, les gangs n’accorderaient pas une priorité au recrutement de personnes détenant une expérience criminelle, car ils se concentrent sur le recrutement de soldats faciles à contrôler (2025-07-03).
Selon les représentants du RNDDH, le recrutement des personnes délinquantes ou ayant un passé criminel se fait de manière « naturell[e] » (responsable des programmes 2025-07-04; directeur exécutif 2025-06-30). Le directeur exécutif du RNDDH a donné pour exemple le fait que les gangs, lors d’un assaut armé, libèrent systématiquement les détenus de prison (directeur exécutif 2025-06-30). La responsable des programmes du RNDDH, de son côté, a expliqué que les criminels qui s’évadent de prison, par exemple, n’ont d’autres choix que de se rendre dans les quartiers contrôlés par les groupes armés pour se cacher, et qu’ils finissent ensuite par s’associer aux gangs (responsable des programmes 2025-07-04).
3.5.1 Personnes déportées
Au sujet des criminels déportés en Haïti, la responsable des programmes du RNDDH a affirmé ce qui suit : « Nous savons que des déportés font partie des gangs, ce sont souvent des hauts placés dans la hiérarchie, mais nous n’avons pas de moyen de savoir s’ils se sont joints à eux volontairement ou s’ils ont été recrutés » (responsable des programmes 2025-07-04). Selon Greg Beckett, qui n’a pas fourni plus de détails, ils sont [traduction] « parfois précisément ciblés » pour le recrutement (2025-07-14).
3.6 Personnes rapatriées
Des sources sont d’avis que les personnes rapatriées en Haïti pourraient être visées par le recrutement en raison de la vulnérabilité qui découle de leur éventuel isolement (responsable des programmes 2025-07-04; politologue 2025-07-03) et de leur méconnaissance du pays (responsable des programmes 2025-07-04). Toutefois, le directeur du programme Haïti de la GI-TOC a fait valoir qu’il y a peu de chances qu’une personne rapatriée, en rentrant au pays [5], choisisse de se rendre dans les régions contrôlées par les groupes armés : « Les rapatriés ont tendance à éviter les territoires dominés par les gangs. Ils se rendent plus souvent en région ou dans les camps de déplacés » (2025-07-09). Pour obtenir plus de renseignements sur la situation des ressortissants haïtiens qui retournent en Haïti après une longue absence, y compris le traitement qui leur est réservé par des groupes criminels, veuillez consulter la Réponse à la demande d’information HTI202375 publiée en août 2025.
4. Conséquences du refus de se joindre à un gang
4.1 Conséquences pour la personne
Les personnes-ressources consultées par la Direction des recherches ont affirmé que le fait de refuser de se joindre à un groupe criminel entraînerait des représailles sérieuses (Beckett 2025-07-14; directeur 2025-07-09; politologue 2025-07-03; directeur exécutif 2025-06-30). Selon certaines, cela peut inclure des menaces, des violences physiques et des assassinats (Beckett 2025-07-14; directeur 2025-07-09) ainsi que des violences sexuelles ou de la « torture » (directeur 2025-07-09). D’après Greg Beckett, cela peut aussi comprendre des enlèvements, la destruction de propriété, le déplacement forcé, ou l’enfermement au sein du quartier (2025-07-14). La même source a ajouté que la constitution de Viv Ansanm a rendu ces représailles [traduction] « systématiques » (Beckett 2025-07-14).
Certaines sources déclarent que c’est la mort qui attend quiconque refuse de rejoindre un gang (Nations Unies 2024-09-30, paragr. 129; responsable des programmes 2025-07-04). Le rapport du Groupe d’experts sur Haïti fournit un exemple, issu d’un entretien avec une source confidentielle, qui concerne un garçon mineur :
Dans un autre témoignage, une fille de 16 ans a expliqué au Groupe d’experts que cinq membres du gang 5 Segond avaient fait pression sur son frère de 17 ans pour qu’il rejoigne le gang. Dans un premier temps, ils l’avaient invité à boire de l’alcool et à faire la fête, mais il avait refusé en raison de ses convictions religieuses. Ce refus a irrité les membres du gang, qui ont commencé à lui extorquer de l’argent chaque fois qu’il quittait son domicile. Le jeune homme a fini par avoir peur de sortir. Le gang a ensuite commencé à interroger sa famille pour savoir où il se trouvait et à réclamer de l’argent. Les membres de cette famille ont décidé de quitter le quartier de Village de Dieu un par un, mais, alors qu’il tentait de s’enfuir, le jeune homme a été intercepté par le gang et abattu sur place. La jeune fille a réussi à s’enfuir avec un parent et a quitté le pays, mais elle ignore où se trouve sa mère (Nations Unies 2024-09-30, paragr. 135).
4.2 Conséquences pour son entourage
Des sources ont signalé que des châtiments viseraient également la famille, les proches ou l’entourage d’une personne refusant d’être recrutée par un gang (Beckett 2025-07-14; politologue 2025-07-03; directeur exécutif 2025-06-30) ou le fuyant (directeur exécutif 2025-06-30). Ces punitions peuvent inclure, selon les sources :
- des violences sexuelles (directeur 2025-07-09; responsable des programmes 2025-07-04; politologue 2025-07-03);
- la destruction de propriétés (Beckett 2025-07-14; responsable des programmes 2025-07-04; politologue 2025-07-03);
- des menaces ou des violences physiques (Beckett 2025-07-14; responsable des programmes 2025-07-04);
- des assassinats (directeur exécutif 2025-06-30) ou des « massacres » (directeur 2025-07-09);
- des enlèvements (Beckett 2025-07-14).
Greg Beckett a ajouté qu’au-delà des conséquences pour l’entourage, il peut aussi y en avoir pour toute une communauté : [traduction] « les gangs peuvent mettre de la pression sur un quartier entier […] afin qu’on leur livre des individus en particulier pour le recrutement » (2025-07-14). D’autres sources ont aussi mentionné des punitions « collectives » (directeur 2025-07-09; politologue 2025-07-03).
5. Protection offerte par l’État
Les personnes-ressources consultées par la Direction des recherches ont répondu que l’État n’était pas en mesure d’offrir une protection à un homme menacé par les gangs en raison de son refus de se joindre à eux (Beckett 2025-07-14; directeur 2025-07-09; politologue 2025-07-03; directeur exécutif 2025-06-30). Selon le politologue, l’État est « impuissant » face aux groupes armés et ceux-ci peuvent agir « en toute impunité » (politologue 2025-07-03). Greg Beckett a signalé de même que la capacité de l’État à offrir une protection est [traduction] « extrêmement limitée » ou « inexistante » (2025-07-14). De plus, la police manque de ressources humaines et matérielles et elle est absente de nombreux quartiers (Beckett 2025-07-14; directeur exécutif 2025-06-30). Elle est également « corrompue » (politologue 2025-07-03) ou [traduction] « infiltrée » par les gangs (Beckett 2025-07-14).
Plusieurs sources mettent également de l’avant que la MMAS est elle aussi impuissante (Beckett 2025-07-14; politologue 2025-07-03; GI-TOC 2025-01, 13).
Selon Greg Beckett,
[traduction]
Cette lacune en matière de protection représente l’une des façons fondamentales dont le contrôle des gangs a remplacé l’autorité de l’État dans une grande partie d’Haïti, obligeant les individus à faire face à ces menaces par le biais de réseaux personnels, de la fuite ou de la capitulation plutôt que par le biais d’une protection institutionnelle officielle (2025-07-14).
Des sources ont par ailleurs mentionné que le fait de rechercher la protection de l’État pourrait exposer une personne à de nouveaux risques (Beckett 2025-07-14; directeur 2025-07-09). Selon le directeur du programme Haïti à la GI-TOC, cette personne pourrait être soupçonnée par la police d’appartenir à un gang et être exécutée pour cette raison, ou encore être livrée à un groupe d’autodéfense qui se chargerait de son exécution (2025-07-09). Un rapport du BINUH et du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) datant de juillet 2025 note en effet ce qui suit :
[L]’un des aspects les plus préoccupants concerne la commission de nombreuses violations et atteintes aux droits humains, tant de la part des forces de sécurité (notamment des exécutions sommaires), que par des groupes d’auto-défense (menant des attaques visant des personnes soupçonnées de soutenir les gangs) (Nations Unies 2025-07, 5).
Dans son rapport paru en juin 2025, le BINUH documente « au moins 874 cas d’atteintes présumées aux droits humains impliquant des membres des forces de l’ordre […] dans le cadre d’opérations antigang » entre le 15 avril et le 20 juin 2025, y compris des « exécutions extrajudiciaires » (Nations Unies 2025-06-27, paragr. 1, 27).
D’après le directeur du programme Haïti à la GI-TOC, provenir d’un territoire dominé par un gang est un « stigmate » que la personne traîne partout avec elle et qui la rend suspecte (2025-07-09). Un rapport de Human Rights Watch mentionne, au sujet des enfants recrutés par les groupes armés, que « les familles et les voisins rejettent et stigmatisent souvent les enfants qui reviennent, selon plusieurs responsables des droits humains » (2024-10-09). Le rapport d’Amnesty International sur le recrutement des enfants signale que « plusieurs des personnes interrogées [6] ont fait part à plusieurs reprises de leur inquiétude d’être arrêtées par la police pour des contrôles d’identité et du fait que leur affiliation à certaines zones peut entraîner leur homicide illégal » (2025-02-12, 26). La même source rapporte ce qui suit au sujet des enfants recrutés par les gangs :
Indépendamment des tâches pour lesquelles les enfants sont utilisés par les gangs, leur simple association avec les groupes les met en danger. Les enfants ont décrit leur immense peur de la police et des habitant·e·s. Ils ont également indiqué avoir été stigmatisés et humiliés parce qu’ils vivaient dans des quartiers contrôlés par des gangs (Amnesty International 2025-02-12, 25).
Selon le BINUH, « [l]’intensification de la violence a […] entraîné une augmentation des comportements de meute où des membres présumés de gangs, mais aussi des personnes non affiliées à des gangs, ont été tués ou lynchés » (Nations Unies 2025-01-13, paragr. 47).
Greg Beckett a pour sa part fait valoir que le fait, pour une personne menacée, de s’adresser aux autorités officielles pourrait faire que les menaces s’aggravent plutôt que de se calmer (2025-07-14).
5.1 Possibilité de fuir les gangs
Des sources ont mentionné que la fuite pouvait représenter un moyen d’échapper au recrutement (politologue 2025-07-03; directeur exécutif 2025-06-30). Certaines ont affirmé qu’il était peu probable qu’un gang poursuive à travers le pays un individu qui aurait refusé d’être recruté, à moins qu’il ne s’agisse d’un personnage important, qui présente un grand intérêt pour le groupe (directeur 2025-07-09; politologue 2025-07-03). La responsable des programmes du RNDDH a pour sa part répondu qu’il était « possible » qu’un groupe criminel tente de retracer au pays un individu qui avait fui le recrutement, mais que le RNDDH ne détenait pas d’information à cet effet (responsable des programmes 2025-07-04).
Cependant, d’autres sources soulignent que la liberté de mouvement en Haïti est entravée par les gangs (Beckett 2025-06-27; GCR2P 2025-03-14), qui contrôlent [traduction] « une grande partie » du pays, notamment au moyen de postes de contrôle dans certains endroits (Beckett 2025-06-27).
Selon un rapport du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme,
[l]e contrôle des territoires par les gangs a de graves répercussions sur l’exercice du droit à la liberté de circulation. Les gangs, équipés d’armes, contrôlent les routes principales de la région métropolitaine de Port-au-Prince et du département de l’Artibonite, où ils ont installé des points de contrôle pour extorquer et forcer le paiement de « taxes de circulation » aux conducteurs, passagers et passants qui traversent les territoires sous leur contrôle. Les victimes peuvent également être kidnappées ou violées à ces postes de contrôle (Nations Unies 2025-03-27, paragr. 18).
D’après un article du Nouvelliste cité par le Guardian, il est devenu [traduction] « impossible » pour les habitants de Port-au-Prince de quitter la ville, vu que les gangs contrôlent toutes les routes de sortie (The Guardian 2025-03-23). Le politologue a de même signalé que les gangs « contrôlent maintenant tous les accès routiers » vers la capitale (2025-07-03). Le directeur du programme Haïti à la GI-TOC a expliqué qu’une personne qui tenterait de quitter le territoire d’un gang souhaitant la recruter serait amenée à traverser des territoires et des postes de contrôle surveillés par d’autres groupes criminels ou par des groupes d’autodéfense, et qu’elle risquerait d’attirer l’attention et d’éveiller leurs soupçons, ce qui lui ferait courir de nouveaux risques (directeur 2025-07-09).
D’après la même source, le simple fait de ne pas être connu ou d’être nouveau dans une région peut rendre un individu suspect aux yeux de la population, qui le craindra et le soupçonnera d’appartenir à un gang, et qui pourrait vouloir s’en prendre à lui pour cette raison (directeur 2025-07-09). Le Groupe d’experts sur Haïti note en effet, au sujet des enfants provenant « de l’extérieur d’une zone contrôlée par un gang », qu’ils « sont considérés avec suspicion et risquent d’être vus comme des espions et donc d’être tués » (Nations Unies 2024-09-30, paragr. 129).
Le directeur du programme Haïti à la GI-TOC a fait remarquer qu’il peut aussi arriver que des personnes demandent à un chef de gang la permission de quitter un quartier, mais il a expliqué que le seul fait de solliciter cette autorisation peut être puni de mort et que, dans « les rares éventualités » où cela est accordé, la personne et sa famille sont contraintes d’abandonner tous leurs biens au groupe armé, y compris leur maison (directeur 2025-07-09).
Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.
Notes
[1] Cette Réponse à une demande d’information porte sur le recrutement des hommes, mais des sources signalent que les gangs recrutent aussi les femmes et les filles dans leurs rangs (IJDH 2025-07, 8; Human Rights Watch 2024-10-09; Amnesty International 2025-02-12, 6). Selon Human Rights Watch, filles et garçons reçoivent une certaine formation de base similaire (2024-10-09). Cependant, les sources soulignent que les femmes et les filles sont le plus souvent recrutées pour effectuer des tâches ménagères et pour être exploitées sexuellement (Amnesty International 2025-02-12, 7, 22, 32; Human Rights Watch 2024-10-09).
[2] Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) est une ONG haïtienne travaillant à éduquer la société civile en matière de droits de la personne et à surveiller les violations de ceux-ci par les institutions clés de l’État (RNDDH s.d.).
[3] Ensemble contre la corruption (ECC) est une plateforme créée en 2018 qui réunit 8 organisations de la société civile haïtienne luttant contre la corruption et l’impunité en Haïti (ECC s.d.).
[4] La Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) a été créée par le Conseil de sécurité des Nations Unies le 2 octobre 2023; dirigée par le Kenya, elle fonctionne « en coopération et coordination étroites avec le gouvernement haïtien » et a pour but de fournir un soutien à la police haïtienne pour faire face aux gangs et améliorer la sécurité au pays (Nations Unies 2023-10-02).
[5] Les vols internationaux, en date de juillet 2025, atterrissent à Cap-Haïtien [dans le nord du pays] (directeur 2025-07-09; France 2025-07-02) en raison de la situation sécuritaire à Port-au-Prince, et non pas à l’aéroport Toussaint-Louverture [de Port-au-Prince] (France 2025-07-02).
[6] Les représentants d’Amnesty International se sont entretenus avec 80 personnes à Port-au-Prince en septembre 2024, dont 51 enfants âgés de 10 à 17 ans (Amnesty International 2025-02-12, 5).
Références
Amnesty International. 2025-02-12. « Je ne suis qu’une enfant, pourquoi cela m’est-il arrivé? », Haïti : l’offensive des gangs contre l’enfance. (AMR 36/8875/2025) [Date de consultation : 2025-07-11]
Beckett, Greg. 2025-07-14. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Beckett, Greg. 2025-06-27. « Haiti’s Political Impasse ». North American Congress on Latin America (NACLA). [Date de consultation : 2025-07-07]
British Broadcasting Corporation (BBC). 2025-07-24. « The Gangs of Haiti: "We Become the Devil" ». [Date de consultation : 2025-07-25]
Centre tricontinental (CETRI). S.d. « Présentation ». [Date de consultation : 2025-07-03]
Directeur du programme Haïti, Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC). 2025-07-09. Entretien avec la Direction des recherches.
Directeur exécutif, Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). 2025-06-30. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.
Ensemble contre la corruption (ECC). S.d. « Présentation ». [Date de consultation : 2025-07-03]
France. 2025-07-02. Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. « Entrée et sortie du territoire haïtien ». Conseils aux voyageurs. [Date de consultation : 2025-07-03]
Global Centre for the Responsibility to Protect (GCR2P). 2025-03-14. « Haiti ». [Date de consultation : 2025-07-03]
Global Centre for the Responsibility to Protect (GCR2P). S.d. « About Us ». [Date de consultation : 2025-07-15]
Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC). 2025-04. « Violence des gangs en Haïti : le premier anniversaire de Viv Ansanm ». Bulletin de risque. N°3. [Date de consultation : 2025-07-17]
Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC). 2025-01. Observatoire de la violence et de la résilience en Haïti. Dernière chance? Sortir de l’impasse politique et criminelle en Haïti. [Date de consultation : 2025-07-07]
Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC). S.d. « About Us / Our Story ». [Date de consultation : 2025-07-15]
The Guardian. 2025-03-23. Tom Phillips & Etienne Côté-Paluck. « Haitians Fear the Imminent Fall of Port-au-Prince to Rebel Gangs: "We Will Die Standing" ». [Date de consultation : 2025-07-11]
Human Rights Watch. 2024-10-09. « Haïti : Des enfants pris au piège de la violence criminelle et de la faim ». [Date de consultation : 2025-07-10]
InSight Crime. 2025-02-06. « Haiti ». [Date de consultation : 2025-07-11]
Institute for Justice and Democracy in Haiti (IJDH). 2025-07. Human Rights and the Rule of Law in Haiti: Key Recent Developments. December Through June 2025. [Date de consultation : 2025-07-25]
International Crisis Group (Crisis Group). 2025-02-19. Une transition en panne : politique et violence en Haïti. [Date de consultation : 2025-07-07]
Nations Unies. 2025-07-02. Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). « UN Security Council Briefing on the Situation in Haiti ». Par Ghada Waly. [Date de consultation : 2025-07-09]
Nations Unies. 2025-07. Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) & Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). Intensification de la violence des gangs et des abus des droits humains en dehors de Port-au-Prince. Risque majeur pour Haïti et la sous-région des Caraïbes. [Date de consultation : 2025-07-11]
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Nations Unies. 2025-01-13. Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). Rapport du Secrétaire général. (S/2025/28) [Date de consultation : 2025-07-11]
Nations Unies. 2024-11-25. Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). « En Haïti, le nombre d’enfants recrutés par des groupes armés a augmenté de 70 % en un an – UNICEF ». [Date de consultation : 2025-07-14]
Nations Unies. 2024-10. Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). Rapport intérimaire du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. [Date de consultation : 2025-08-05]
Nations Unies. 2024-09-30. Conseil de sécurité. Rapport final du Groupe d’experts sur Haïti présenté en application de la résolution 2700 (2023). (S/2024/704) [Date de consultation : 2025-07-15]
Nations Unies. 2023-10-02. Conseil de sécurité. « Haïti : le Conseil de sécurité autorise le déploiement pour douze mois de la Mission multinationale d’appui à la sécurité, une force de police non onusienne ». (CS/15432) [Date de consultation : 2025-07-15]
Politologue, Centre tricontinental (CETRI). 2025-07-03. Entretien avec la Direction des recherches.
Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). 2025-04-10. Chute de deux communes du département du Centre aux mains des bandits armés : Les autorités de la transition aggravent la situation sécuritaire du pays. [Date de consultation : 2025-07-25]
Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). S.d. « Vision & mission ». [Date de consultation : 2025-07-25]
Responsable des programmes, Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). 2025-07-04. Entretien avec la Direction des recherches.
Vant Bèf Info (VBI). 2024-04-19. Belly-Dave Bélizaire. « Les jeunes, face au choix d’intégrer un gang ou de résister ». [Date de consultation : 2025-07-10]
Autres sources consultées
Sources orales : anthropologue culturelle et chercheuse indépendante; Fondasyon Je Klere; International Crisis Group; journaliste indépendant en Haïti; Nou Pap Dòmi; professeure adjointe d’anthropologie dans une université canadienne; professeur agrégé d’anthropologie dans une université aux États-Unis.
Sites Internet, y compris : Al Jazeera; Austrian Red Cross – ecoi.net; AyiboPost; Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme; Défenseurs plus; Fondasyon Je Klere; France 2; France 24; Gazette Haïti; The Haitian Times; Haïti Progrès; Nations Unies – Conseil économique et social; Miami Herald; Le National; The New Humanitarian; Radio France internationale; Réseau haitien de l’information; Rezo Nòdwès; Sud Ouest.