En RD Congo, un premier pas vers la justice dans l’affaire Chebeya

Le rôle de hauts fonctionnaires dans les meurtres de Chebeya et Bazana en 20

Carine Dikiefu Banona
Chercheuse junior sur la République démocratique du Congo

10 confirmé en appel

Le 11 mai, la Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo a confirmé en appel les verdicts de culpabilité de deux officiers supérieurs de la police congolaise dans l’assassinat du défenseur des droits humains Floribert Chebeya et de son chauffeur, Fidèle Bazana, en 2010. L’ancien colonel Christian Ngoy Kenga Kenga a été condamné à la peine de mort – commuée en peine de prison à perpétuité – et Jacques Mugabo, lieutenant à l’époque des faits, à 12 ans de prison. Le tribunal a acquitté Paul Mwilambwe, qui était alors major.

Les trois hommes avaient été condamnés à mort par contumace en juin 2011, mais leur procès en appel ne s’est ouvert que fin septembre 2021. Il a confirmé les allégations selon lesquelles les meurtres avaient été ordonnés par le patron de la police de l’époque, le général John Numbi. Cependant, Numbi – qui a comparu lors du procès de 2010 en tant que renseignant – n’a toujours pas fait l’objet d’enquête. Sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par les autorités congolaises, il a aussitôt fui le pays en mars 2021.

Chebeya dirigeait l’une des organisations de défense des droits humains les plus respectées de la RD Congo, la Voix des Sans Voix. Le 1er juin 2010, il avait reçu un appel téléphonique lui demandant d’assister à une réunion au bureau du général Numbi. Et le lendemain, la police a déclaré que Chebeya avait été retrouvé mort dans sa voiture.

« C’est un pas, mais ce n’est pas encore fini », a déclaré Annie Chebeya, veuve de l’activiste, à Human Rights Watch. « Tous les gens qui ont été cités, qui étaient au courant de loin ou de près ou qui ont participé à cet odieux assassinat, tous ces gens-là doivent être arrêtés, jugés et sanctionnés. »

Le corps de Bazana n’a toujours pas été retrouvé, mais la cour d’appel a entendu plusieurs témoignages confirmant qu’il a été enterré dans la parcelle d’une maison appartenant au colonel Zelwa Katanga, commandant de la police militaire de Kinshasa à l’époque. Katanga est toujours en détention.

Après des années de plaidoyer de la part des organisations de défense des droits humains pour que des enquêtes soient menées, deux policiers congolais en exil ont accordé, l’an dernier, des entretiens à la radio livrant un récit détaillé du crime et admettant avoir participé aux meurtres. Un autre policier en exil, qui a également admis avoir participé aux meurtres, a été expulsé en janvier de Turquie et a comparu comme renseignant.

Si ce procès en appel a commencé à reconstituer l’histoire d’un double meurtre que l’administration congolaise précédente a tenté de dissimuler, il ne s’agit que d’un premier pas vers une véritable justice. Près de 12 ans plus tard, les principaux responsables de cet horrible crime visant des défenseurs des droits humains devraient enfin être tenus de rendre des comptes.