En Afghanistan, il faut brûler son passé pour protéger son avenir

 
 

« J’ai dû brûler tous tes livres et ton ordinateur », m’a dit en sanglotant ma tante qui vit à Kaboul, lors d’une conversation téléphonique. « Ils fouillent les maisons et je n'ai pas pu garder ces choses. Je n'ai plus une seule photo de toi, j'ai dû toutes les détruire. »

Je travaillais à mon bureau, en dehors de l'Afghanistan, lorsque ma tante, en larmes, m'a appelée. Elle m’a expliqué qu'elle venait de détruire mes papiers et mes livres, afin qu'ils ne tombent pas entre les mains des talibans.

Le 22 février, le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a annoncé que les talibans, qui ont repris le contrôle de l'Afghanistan en août 2021, avaient lancé des « opérations de nettoyage » à Kaboul et dans les provinces voisines, apparemment pour rechercher des criminels et des armes. Les perquisitions menées porte-à-porte ont créé une atmosphère de peur.

« Tout le monde s'inquiète au sujet des perquisitions menées dans une maison après l’autre par les talibans à Kaboul », a tweeté le journaliste du New York Times Sharif Hassan. « Tous ceux que je connais ont chez eux des documents qui montre des liens à des ONG étrangères ou à l'ancien gouvernement. Certains ont des livres que les talibans n'aiment peut-être pas ou des instruments de musique. Certains détruisant des docs/livres, d'autres essayent de les cacher. »

Les Afghans cachent également des passeports, bien que voyager hors du pays soit déjà impossible pour un grand nombre d’entre eux. Le 27 février, les talibans ont annoncé de nouvelles restrictions interdisant aux femmes de voyager seules à l'étranger sans « motif religieux » ; en outre, elles devront être accompagnées d'un « mahram », un membre mâle de leur famille. Le porte-parole des talibans a par la suite indiqué que la nouvelle règlementation ne s'appliquait qu’en cas de « voyage illégal à l'étranger », mais sans évoquer un changement des restrictions imposées aux femmes.

Ma tante a brûlé tous les prix ou certificats d'études et de travail que j'ai reçus depuis mon enfance. Les autres membres de ma famille ne vivent plus en Afghanistan, mais les gens brûlent tout ce qui représente leur passé, pour se protéger. Une amie qui vit toujours à Kaboul m'a dit : « Nous avons brisé notre ordinateur portable avec un marteau, car il contenait les photos de mon frère quand il était soldat dans l'armée, et nous ne savions pas si les talibans allaient également fouiller l'ordinateur. »

Mes amis à Kaboul disent que chaque jour, la vie y devient plus difficile. Avant, nous y vivions dans l’espoir d’un meilleur avenir, sans imaginer qu'un jour nous devrions détruire nos identités pour survivre.