Guinée équatoriale : information sur les meurtres rituels et le démembrement d’enfants ciblés en fonction de leur nom ou de leur région ou village natal par des agents relevant de l’État et d’autres groupes à des fins rituelles ou de trafic d’organes (2011-août 2021) [GNQ200758.EF]

Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada

1. Aperçu

Selon l’Encyclopedia Britannica, la [traduction] « sorcellerie » est pratiquée par les Fangs, le groupe ethnique « dominant » dans la partie continentale de la Guinée équatoriale (Encyclopedia Britannica 10 mars 2021). La même source ajoute que les Bubis résidant sur l’île de Bioko s’adonnent à [traduction] « certaines coutumes anciennes » (Encyclopedia Britannica 10 mars 2021). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un chercheur de l’Institut Milá i Fontanals de recherche en sciences humaines (Institución Milá i Fontanals de Investigación en Humanidades - IMF) du Conseil supérieur de recherche scientifique (Consejo Superior de Investigaciones Científicas - CSIC) d’Espagne à Barcelone, qui a aussi rédigé un article sur la croyance aux esprits en Guinée équatoriale, a déclaré que, [traduction] « [e]n Guinée équatoriale, la sorcellerie est un phénomène social très important » qui « est présent dans toutes les sphères de la vie sociale » (chercheur 19 août 2021). Dans un article d’opinion publié dans El Imparcial, un journal numérique d’Espagne, Juan José Laborda, homme d’État et historien espagnol, écrit que la force des anciennes croyances, qui s’opposent à la culture individualiste moderne, a eu pour résultat que la sorcellerie est plus répandue actuellement qu’elle ne l’était à l’époque coloniale ou à une époque encore plus reculée (Laborda 23 févr. 2017).

2. Fréquence

Dans un article publié en 2017, l’Association pour la solidarité démocratique avec la Guinée équatoriale (Asociación para la Solidaridad Democrática con Guinea Ecuatorial - ASODEGUE), un groupe de Madrid qui s’oppose au président de la Guinée équatoriale (ilissAfrica s.d.), décrit un procès au criminel de trois hommes accusés d’un [traduction] « crime rituel », qui est expliqué ainsi :

un crime commandité par une personne influente, habituellement une personne intouchable de haut rang dont l’identité ne risque pas d’être révélée ou, si elle l’est, qui ne sera jamais inquiétée outre mesure. L’absence d’intérêt de la part des autorités de district appelées à retrouver le disparu parle d’elle-même. C’est dire que nous voici en présence de pratiques […]difficiles à saisir, qui amalgament le spiritisme, la sorcellerie et l’anthropophagie, et qui nourriraient le pouvoir du régime actuellement à la tête de la Guinée équatoriale (ASODEGUE 27 sept. 2017).

Des sources signalent que, le 16 septembre 2017, deux hommes poursuivis pour meurtre rituel ont été condamnés à mort (Amnesty International 22 févr. 2018; ASODEGUE 27 sept. 2017).

Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches, une anthropologue culturelle de l’Université d’Uppsala, qui mène des recherches en Guinée équatoriale depuis 2014, s’est vu demander si elle était au fait d’incidents de meurtres rituels et de démembrement ciblant des enfants et commis par des agents relevant de l’État ou d’autres groupes à des fins rituelles ou de trafic d’organes, ce à quoi elle a répondu qu’elle savait que de tels actes avaient été perpétrés par [traduction] « [l’]élite politique et toute personne désireuse de rejoindre les rangs de l’État » (anthropologue culturelle 19 août 2021). La même source a souligné que quiconque souhaite accéder à une position de pouvoir doit tuer un membre de sa famille ou [traduction] « un être cher » pour démontrer son engagement envers l’État (anthropologue culturelle 19 août 2021). L’anthropologue culturelle a ajouté que

[traduction]

[l’]élite au pouvoir appartient au groupe ethnique des Fangs; les premiers-nés de sexe masculin et les enfants ont une très grande valeur pour ce qui est de prouver la loyauté. Tout le monde le sait : si vous voulez rejoindre l’État et qu’on vous demande de prouver votre loyauté, vous offrez votre fils ou votre neveu (anthropologue culturelle 19 août 2021).

À la question de savoir si la perpétration de meurtres rituels est une pratique notoire, l’anthropologue culturelle a aussi signalé que [traduction] « [l]e concept d’offrandes et de meurtres de proches est omniprésent; ses répercussions sont grandes sur la façon dont se déroule la vie quotidienne » (anthropologue culturelle 19 août 2021).

Le chercheur a déclaré qu’il sait qu’il y a des meurtres rituels et du trafic d’organes en Guinée équatoriale, mais qu’il n’est pas au courant de cas [traduction] « ciblant précisément » des enfants (chercheur 19 août 2021).

3. Données démographiques

Lorsqu’on lui a demandé s’il y a des raisons particulières pour lesquelles les enfants sont pris pour cible, comme leur nom, la région où ils vivent ou leur appartenance à un groupe précis, l’anthropologue culturelle a affirmé que, [traduction] « [d]e nos jours, n’importe quel homme de l’un des cinq groupes ethniques [1] désirant accéder à une position de pouvoir accepte de son plein gré le risque de devoir tuer un enfant de sa famille. Aucun enfant, quelle que soit la région où il se trouve, n’est en sécurité » (anthropologue culturelle 19 août 2021). La même source a ajouté que la communauté LGBT, tout particulièrement les femmes transgenres, est aussi vulnérable aux meurtres rituels; les jumeaux et les personnes vivant avec l’albinisme sont également vulnérables, car la croyance veut que ces deux groupes aient une [traduction] « valeur magique spéciale » (anthropologue culturelle 19 août 2021). D’après un article publié par Cuarto Milenio, une chaîne de contenu sous la direction [du groupe audiovisuel en Espagne (Mediaset España s.d.)] Mediaset España, les personnes autistes sont les plus à risque de subir des mutilations à des fins ritualistes et de sorcellerie (Cuarto Milenio 18 juin 2018).

4. Censure

Lorsqu’on lui a demandé si l’État censure l’information sur les meurtres rituels, l’anthropologue culturelle a répondu que

[traduction]

[l’]information est véhiculée par les réseaux familiaux et, puisque les meurtres sont commis au sein des familles, tout le monde est au courant, mais vous ne trouverez pas d’information provenant des voies officielles. […] Personne n’en parlera jamais publiquement. C’est similaire à un système de recrutement de la mafia : une fois qu’on en fait partie, impossible d’en sortir. Si vous donnez un enfant en offrande, vous avez commis un acte répréhensible comme toutes les autres personnes, cela peut être retenu contre vous. Si vous vous retournez contre l’État, sa chute entraînera la vôtre. Personne ne reconnaîtra jamais de tels faits (anthropologue culturelle 19 août 2021).

Il est écrit dans un rapport du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une organisation sans but lucratif qui [traduction] « défend la liberté de la presse » (CPJ s.d.), que tous les radiodiffuseurs de Guinée équatoriale appartiennent à l’État (CPJ [2019]). Des sources soulignent qu’il existe un réseau privé, dirigé par le fils du président (Freedom House 3 mars 2021, sect. D1; CPJ [2019]). Le CPJ signale que les journalistes peuvent être [traduction] « poursuivis » pour des reportages « jugés critiques envers le président, sa famille ou le gouvernement en général » (CPJ [2019]). Selon le rapport Freedom in the World 2021 de Freedom House, les ONG, les membres de partis d’opposition et la presse sont surveillés, et [traduction] « [l]es détracteurs du gouvernement font l’objet d’arrestations arbitraires, de violence physique et de fausses accusations » (Freedom House 3 mars 2021, sect. D4).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Note

[1] Selon l’Encyclopedia Britannica, les groupes ethniques de Guinée équatoriale comprennent les Bubis, les Yoroubas, les Ibos, les Sékés et les Espagnols, et le groupe ethnique majoritaire est celui des Bantous, qui est composé des Fangs, des Kombés, des Mabéas, des Lengis et des Bengas (Encyclopedia Britannica 10 mars 2021).

Références

Amnesty International. 22 février 2018. « Equatorial Guinea ». Amnesty International Report 2017/18: The State of the World’s Human Rights. [Date de consultation : 10 août 2021]

Anthropologue culturelle, Uppsala Universitet, Suède. 19 août 2021. Entretien avec la Direction des recherches.

Asociación para la Solidaridad Democrática con Guinea Ecuatorial (ASODEGUE). 27 septembre 2017. « El juicio de Mikomeseng sobre el crimen de Nkomoyos ». [Date de consultation : 10 août 2021]

Chercheur, Institución Milá i Fontanals de investigación en Humanidades (IMF), Consejo Superior de Investigaciones Científicas (CSIC). 19 août 2021. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

Comité pour la protection des journalistes (CPJ). [2019]. « 10 Most Censored Countries ». [Date de consultation : 26 août 2021]

Comité pour la protection des journalistes (CPJ). S.d. « What We Do ». [Date de consultation : 27 août 2021]

Cuarto Milenio. 18 juin 2018. « Los albinos, expuestos a secuestros, homicidios y mutilaciones como prácticas de brujería en Guinea Ecuatorial ». [Date de consultation : 27 août 2021]

Encyclopedia Britannica. 10 mars 2021. René Pélissier et Ronald James Harrison-Church. « Equatorial Guinea ». [Date de consultation : 10 août 2021]

Freedom House. 3 mars 2021. « Equatorial Guinea ». Freedom in the World 2021. [Date de consultation : 11 août 2021]

ilissAfrica. S.d. « Detailed View: Asodegue - Asociación para la Solidaridad Democrática con Guinea Ecuatorial ». [Date de consultation : 30 août 2021]

Laborda, Juan José. 23 février 2017. « Guinea Ecuatorial microcosmos de África (V): religión y brujería ». El Imparcial. [Date de consultation : 13 août 2021]

Mediaset España. S.d. « ¿Quiénes somos? ». [Date de consultation : 27 août 2021]

Autres sources consultées

Sources orales : Center for Economic and Social Rights; journaliste d’enquête couvrant principalement les droits de la personne en Afrique sub-saharienne; professeur d’anthropologie dans une université allemande qui a fait des recherches sur le cannibalisme en Afrique; professeur de sociologie dans une université tanzanienne qui a fait des recherches sur la sorcellerie en Afrique.

Sites Internet, y compris : ActionAid; Al Jazeera; Australie – Department of Foreign Affairs and Trade; Banque mondiale; BBC; Belgique – Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides; Bertelsmann Stiftung; The Brookings Institution; Center for Strategic and International Studies; Centro Cultural de España en Malabo; Commission africaine des droits de l’homme et des peuples; Council on Foreign Relations; Danemark – Danish Immigration Service; Diaro Rombe; EBSCO Information Services; EG Justice; El Confidencial de Guinea Ecuatorial; El diario de Malabo.com; États-Unis – Department of State, Library of Congress; Factiva; Fédération internationale pour les droits humains; France – Office français de protection des réfugiés et apatrides; The Guardian; Guinea Infomarket; Guinée équatoriale – page d’accueil du gouvernement; Human Rights Watch; International Crisis Group; INTERPOL; Jane's – Country Risk Daily Report, Intelligence Review; Journal of Contemporary Religion; Médecins sans frontières; Mondo Times; Nations Unies – Fonds pour le développement, Haut-commissariat aux droits de l’homme, ONU Femmes, Refworld; The New Humanitarian; Norvège – Landinfo; Pays-Bas – Ministry of Foreign Affairs; Political Handbook of the World; Radio Macuto; Reporters sans frontières; Ritual Killing in Africa; Royaume-Uni – Home Office; Union européenne – European Asylum Support Office; University of Edinburgh; Wilson Center.