Afghanistan : Les talibans imposent des restrictions sévères aux médias

Des journalistes ont été détenus arbitrairement et parfois battus

(New York, le 1er octobre 2021) – Les autorités talibanes en Afghanistan ont imposé aux médias et à la liberté d'expression de vastes restrictions qui étouffent davantage encore les voix critiques ou dissidentes, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Lors d'une réunion fin septembre avec des journalistes à Kaboul, le ministère taliban de l'information et de la culture a distribué une nouvelle règlementation des médias, dont les dispositions sont si larges et vagues qu'elles interdisent pratiquement tout reportage critique sur les talibans.

« Malgré les promesses des talibans de permettre aux médias qui “respectent les valeurs islamiques” de poursuivre leurs activités, les nouvelles règles étouffent leur liberté à travers le pays », a déclaré Patricia Gossman, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « La règlementation imposée par les talibans est si radicale que les journalistes s'autocensurent, par crainte de se retrouver en prison. »

Cette réglementation, dont Human Rights Watch a consulté un exemplaire, énonce qu'il est interdit aux médias d'imprimer ou de diffuser des reportages qui sont « contraires à l'islam », qui « insultent des personnalités nationales » ou qui « déforment » des informations. Les journalistes doivent « s'assurer que leurs reportages sont équilibrés », et s’abstenir de couvrir des sujets qui n'ont « pas été validés par les autorités » ou qui « pourraient avoir un impact négatif » sur l’opinion publique. Les médias sont obligés de soumettre des « rapports détaillés » au nouvel organisme de réglementation gouvernementale, avant la diffusion de certains articles ou reportages.

Les forces de sécurité talibanes ont également détenu arbitrairement des journalistes, dont plusieurs ont été battus. Le dirigeant d’une organisation de défense des journalistes a déclaré à Human Rights Watch que les talibans ont placé au moins 32 journalistes en détention depuis leur prise de pouvoir à Kaboul le 15 août. La plupart ont été libérés après avoir reçu des avertissements concernant leurs reportages, mais certains ont été battus. Au 1er octobre, au moins un journaliste se trouvait toujours en détention, sans que sa famille puisse lui rendre visite.

La rédactrice en chef d'un média dirigé par des femmes a déclaré qu'après la prise de contrôle des talibans, elles avaient continué à publier des informations en ligne, mais avaient cessé après l'annonce de la nouvelle réglementation. « Nous avons perdu l'espace pour les médias libres depuis que les talibans ont pris le contrôle du pays », a-t-elle déclaré. « Nous n'avons plus de médias libres en Afghanistan. »

De nombreux journalistes afghans ont fui le pays ou sont entrés dans la clandestinité, et de nombreux médias, en particulier en dehors des grandes villes, ont complètement cessé leur activités. Les commandants et les combattants talibans se livrent depuis longtemps à une série de menaces, de formes d’intimidation et de violences contre les professionnel·le·s des médias, et sont responsables d'assassinats ciblés de journalistes.

Le droit international des droits humains protège le droit à la liberté d'expression, y compris le droit « de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées » de toute espèce. Toute mesure visant à restreindre la liberté d'expression ou la liberté des médias doit être légale, nécessaire et proportionnée. Des critiques visant des personnalités publiques, même si elles sont « considérées comme insultantes », sont en soi insuffisantes « pour justifier une condamnation pénale ».