Mexique : information sur la violence familiale dans le contexte de la pandémie de COVID-19, y compris le traitement réservé aux personnes ayant survécu à la violence familiale; les incidences de la pandémie de COVID-19 sur la protection et les services de soutien offerts, y compris les services psychologiques (2020-septembre 2021) [MEX200734.EF]

Direction des recherches, Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada

Pour obtenir des renseignements sur la violence familiale au Mexique de 2017 à septembre 2020, y compris le traitement réservé aux personnes ayant survécu à la violence familiale, les lois en cette matière, ainsi que la protection et les services de soutien offerts, y compris les services psychologiques, en particulier à Mexico et à Mérida, veuillez consulter la réponse à la demande d’information MEX200311 publiée en septembre 2020.

1. Aperçu

Selon le Wilson Center, un groupe de réflexion non partisan créé par le Congrès des États-Unis (Wilson Center s.d.), les femmes au Mexique ont été particulièrement touchées par l’escalade de la violence durant la pandémie de COVID-19, car [traduction] « en raison des confinements, de nombreuses femmes se trouvent piégées à la maison avec leurs agresseurs » (Wilson Center [mars 2021], 1). Dans un article citant des données officielles paru en mars 2020 dans El Sol de México, un quotidien de Mexico (El Sol de México s.d.), il est signalé que, pour les deux tiers des femmes et filles mexicaines de plus de 15 ans ayant survécu à une relation de violence, la quarantaine est [traduction] « très compliquée » (El Sol de México 23 mars 2020). Le Wilson Center souligne que les appels aux services d’urgence liés à la violence familiale ont augmenté de [traduction] « plus de » 30 p. 100 de 2019 à 2020 (Wilson Center [mars 2021], 2). D’après des sources, les appels de détresse pour signaler des incidents de violence contre les femmes au Mexique ont augmenté en 2020 (Amnesty International 7 avr. 2021, 244; Reuters 25 janv. 2021). Un article de Reuters souligne que, en 2020, il y a eu plus de 260 000 appels, ce qui représente une hausse de 30 p. 100 par rapport à 2019, [traduction] « car les confinements liés à la COVID-19 coinçaient les familles à la maison » (Reuters 25 janv. 2021).

Selon un rapport sur la violence faite aux femmes et les appels au 911 à ce sujet, produit par le Secrétariat exécutif du Système national de sécurité publique (Secretariado Ejecutivo del Sistema Nacional de Seguridad Pública - SESNSP) du Mexique [1], de janvier à juin 2021, il y a eu 125 682 appels d’urgence concernant des incidents de violence entre partenaires intimes, et les États affichant les taux d’appels les plus élevés par tranche de 100 000 habitants sont les suivants : Quintana Roo, Basse-Californie, Aguascalientes, Sonora, Colima, Jalisco et Nuevo León (Mexique 30 juin 2021, 110, 111). D’après l’Enquête nationale sur la dynamique des relations dans les ménages de 2016 (Encuesta Nacional sobre la Dinámica de las Relaciones en los Hogares 2016 - ENDIREH) réalisée par l’Institut national de statistiques et de géographie (Instituto Nacional de Estadísticas y Geografía - INEGI) du Mexique et consacrée aux divers types de violence physique et sexuelle subis par les femmes de 15 ans et plus et aux contextes où ces violences surviennent, incluant les réponses de 142 363 ménages, les États qui affichent les plus hautes proportions de femmes et de filles ayant signalé avoir subi de la violence aux mains de leur partenaire intime sont l’État de Mexico (53,3 p. 100), la ville de Mexico (52,6 p. 100), l’Aguascalientes (49,8 p. 100), le Jalisco (47,4 p. 100) et l’Oaxaca (46,1 p. 100), alors que l’État qui affiche la plus basse proportion est le Campeche (32,1 p. 100) (Mexique 18 août 2017, 37). Amnesty International fait observer que, en 2020, 969 des 3 752 meurtres de femmes signalés ont donné lieu à une enquête pour féminicide; en chiffres absolus, c’est l’État de Mexico qui affichait le nombre le plus élevé, suivi par l’État de Veracruz (Amnesty International 7 avr. 2021, 244). La même source souligne que les États de Colima et de Morelos ont enregistré les plus hauts taux de féminicides par tranche de 100 000 femmes (Amnesty International 7 avr. 2021, 244). Selon une analyse de la Data-Pop Alliance [2], du GIZ Data Lab et de GIZ Mexico [3] fondée sur des données publiques sur la violence familiale à Mexico, y compris des données de la Línea Mujeres, une ligne d’aide pour les femmes qui subissent de la violence à Mexico (Mexique s.d.b), et sur les statistiques judiciaires du Bureau du procureur général, les appels passés à la Línea Mujeres pendant la période de 69 jours de quarantaine officielle, soit du 26 mars au 30 mai 2020, ont augmenté de 31 p. 100 par rapport à la période de 69 jours précédente (Data-Pop Alliance 27 oct. 2020). La même source signale que, à Mexico, les deux municipalités ayant enregistré le nombre le plus élevé d’appels d’urgence et de signalements de crimes ayant trait à la violence faite aux femmes sont Cuauhtémoc et Tlalpan, [traduction] « des secteurs très différents sur les plans socioéconomique et démographique » (Data-Pop Alliance 27 oct. 2020). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun renseignement sur les différences socioéconomiques et démographiques entre Cuauhtémoc et Tlalpan.

2. Traitement réservé aux personnes ayant survécu à la violence familiale dans le contexte de la pandémie de COVID-19
2.1 Traitement réservé par la société

D’après un article rédigé par Amaranta Manrique de Lara et María de Jesús Medina Arellano [4] sur la pandémie de COVID-19 et l’éthique au Mexique, publié dans une revue universitaire, la violence structurelle à l’égard des femmes est [traduction] « normalisée » et se manifeste à tous les niveaux de la société mexicaine (Manrique de Lara et de Jesús Medina Arellano 25 août 2020, 1). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, une professeure titulaire à l’Université de Guanajuato, dans l’État du Guanajuato, dont les recherches portent principalement sur la violence fondée sur le genre et le féminicide, a déclaré que la violence fondée sur le genre est [traduction] « normalisée » dans la société mexicaine et que, pour les rares femmes qui parlent à leurs familles de la violence qu’elles ont subie, le degré de soutien qu’elles reçoivent dépend « de la mesure dans laquelle [la famille] a intériorisé la violence, autrement dit de la question de savoir si elle la normalise ou pas. [Une telle] normalisation est très courante » (professeure titulaire 6 août 2021). Au cours d’un entretien avec la Direction des recherches, une chercheuse à l’Université nationale autonome du Mexique (Universidad Nacional Autónoma de México - UNAM) à Cuernavaca, la capitale de l’État de Morelos, qui est également professeure et dont les recherches s’intéressent principalement à la violence faite aux femmes, la violence familiale et l’accès des femmes à la justice et aux services au Mexique, a affirmé que le soutien des familles aux personnes ayant survécu à la violence entre partenaires intimes varie (chercheuse 4 août 2021). La même source a souligné que l’unité familiale est très importante dans la culture mexicaine et que le maintien de cette unité est considéré comme étant la responsabilité de la femme; par conséquent, le soutien familial aux personnes ayant survécu à la violence familiale varie selon l’intériorisation de telles attitudes dans la famille, et les femmes issues de [traduction] « familles qui véhiculent encore ces attitudes n’obtiendront pas de soutien quand elles sortent d’une relation violente » (chercheuse 4 août 2021).

2.2 Traitement réservé par les autorités

Selon des sources, le président du Mexique a soutenu que 90 p. 100 des appels de plus en plus nombreux aux centres d’appels d’urgence (The New York Times 31 mai 2020) ou au 911 (EQUIS, et al. [août] 2020, 18) en mars 2020 étaient [traduction] « faux » (EQUIS, et al. [août] 2020, 18) ou [traduction] « bidon » (The New York Times 31 mai 2020). D’après un rapport à l’intention de la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la violence contre les femmes, ses causes et ses conséquences, préparé par EQUIS Justicia para las Mujeres (EQUIS) [5], Intersecta [6] et le Réseau national de refuges (Red Nacional de Refugios - RNR) [7], non seulement la déclaration du président était [traduction] « inexacte et en contradiction avec les propres données du gouvernement », mais, de plus, elle « contribue à exacerber » l’un des stéréotypes « les plus » nuisibles auxquels « se butent les victimes de violence : qu’elles exagèrent ou, pis encore, qu’elles mentent » (EQUIS, et al. [août] 2020, 18). Dans un cas dont la professeure titulaire a été témoin durant une visite au bureau du procureur public à Guanajuato, il a été constaté que l’agent responsable [traduction] « minimisait » les déclarations des femmes, traitait les plaintes de façon peu professionnelle et a parlé d’une jeune plaignante en l’appelant « "une autre fillette violée" » (professeure titulaire 6 août 2021). La même source signale que, depuis le début de la pandémie de COVID-19, tout comme c’était le cas avant la pandémie, il n’est pas [traduction] « facile de signaler » la violence fondée sur le genre, car les femmes « ne sont [toujours] pas prises au sérieux » (professeure titulaire 6 août 2021).

Dans un rapport sur la situation des droits de la personne en 2020, produit par la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) de l’Organisation des États américains (OEA), il est écrit que la violence familiale à l’encontre des femmes autochtones est courante et que le traitement discriminatoire qu’elles subissent dans les établissements de santé publique de la part des professionnels des soins de santé sexuelle et reproductive nuit à leur accès à des services de soins de santé (OEA 6 avr. 2020, paragr. 202). La chercheuse a signalé que, dans le cadre de recherches récentes qu’elle coordonnait pour un rapport national sur la violence faite aux femmes et aux filles autochtones, des femmes autochtones qui se rendent dans des centres de soins de santé en région rurale lui ont confié qu’elles [traduction] « s’habillent délibérément un peu plus "à l’occidentale" pour s’assurer d’être desservies correctement » (chercheuse 4 août 2021). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

3. Protection offerte par l’État dans le contexte de la pandémie de COVID-19
3.1 Plaintes de nature juridique

Freedom House signale que la pandémie de COVID-19 a entraîné une hausse des plaintes de violence familiale (Freedom House 3 mars 2021, sect. G3). D’après la Data-Pop Alliance, durant les 69 jours de quarantaine officielle (du 26 mars au 30 mai 2020), le nombre de plaintes de nature criminelle liées à la violence contre les femmes a diminué de 46 p. 100 comparativement à la période de 69 jours précédente (Data-Pop Alliance 27 oct. 2020). Selon Reuters, la directrice du RNR a déclaré que, bien que l’organisation ait observé une augmentation du nombre de femmes ayant besoin d’assistance, le nombre d’enquêtes ouvertes relativement à [traduction] « certains » crimes contre des femmes était plus bas en 2020 qu’en 2019, et que les personnes ayant survécu « sont souvent incapables de se faire accompagner et contraintes de faire la file à l’extérieur des bureaux, potentiellement à la vue de leurs agresseurs » (Reuters 25 janv. 2021). D’après la CIDH, l’État mexicain a mis sur pied plus d’une vingtaine de tables rondes visant à examiner et à réduire l’arriéré des affaires judiciaires liées à la violence fondée sur le genre et a créé des initiatives de prévention communautaire dans 26 États (OEA 16 avr. 2021, paragr. 510). Animal Político, un site Internet d’actualité au Mexique (Animal Político s.d.), signale que, d’après les données du SESNSP, 2020 est l’année affichant [traduction] « le plus grand nombre de plaintes de violence familiale depuis le début de la tenue de registres », avec 220 028 plaintes, ou « en moyenne 603 dossiers d’enquête ouverts chaque jour, 25 pour chaque heure de l’année » (Animal Político 26 janv. 2021).

La professeure titulaire a déclaré que, au début de la pandémie de COVID-19, les bureaux gouvernementaux étaient fermés, réduisant la capacité des femmes à porter plainte pour violence (professeure titulaire 6 août 2021). Selon EQUIS, Intersecta et le RNR, les activités du système judiciaire local ont été suspendues dans les États du Coahuila, du Guerrero, d’Oaxaca et du Yucatán (EQUIS, et al. [août] 2020, 35). La même source souligne que, dans l’État du Guerrero, le bureau du procureur de l’État fonctionnait à capacité réduite et que le Centre de justice pour les femmes (Centro de Justicia para las Mujures - CEJUM) [8] dans le Guerrero n’enregistrait plus les plaintes de violence contre les femmes pour cette raison (EQUIS, et al. [août] 2020, 35).

3.2 Ordonnances de protection

Selon EQUIS, Intersecta et le RNR, les ordonnances de protection sont des mesures juridiques d’urgence facilement accessibles prises par les autorités pour intervenir et protéger les survivantes avant que la violence ne s’accentue, en imposant une certaine distance obligatoire entre une victime de violence et son agresseur, en assurant une surveillance et en fournissant refuge et sécurité (EQUIS, et al. [août] 2020, 19). D’après la même source, bien que toute entité dans toute juridiction puisse délivrer une ordonnance de protection, et bien que les plaignantes ne soient pas tenues de se présenter en personne devant le tribunal ou de témoigner contre leur agresseur devant un juge, les autorités judiciaires dans 17 États sur 32 sont demeurées d’avis que les mesures liées aux ordonnances de protection resteraient en vigueur tout au long de l’application du plan d’intervention d’urgence liée à la pandémie de COVID-19 (EQUIS, et al. [août] 2020, 19-20). La chercheuse a souligné que, selon ce qu’elle a pu elle-même voir et des anecdotes que lui ont racontées d’autres femmes, après la délivrance d’une ordonnance de protection, [traduction] « les autorités demandaient aux plaignantes de remettre elles-mêmes la copie papier de l’ordonnance de protection à leur partenaire » (chercheuse 4 août 2021). Sans préciser les États en question, EQUIS, Intersecta et le RNR signalent que deux appareils judiciaires sont passés à des plateformes virtuelles pour la délivrance d’ordonnances de protection, une mesure qui [traduction] « engendre de l’exclusion fondée sur la classe sociale, car ce n’est pas tout le monde qui a accès à Internet » (EQUIS, et al. [août] 2020, 20).

3.3 Autres mesures

D’après Freedom House, le gouvernement du Mexique a réduit le financement fédéral accordé aux services destinés aux femmes (Freedom House 3 mars 2021, sect. G3). Des sources soulignent que le gouvernement du Mexique a réduit de 75 p. 100 le budget de fonctionnement de l’Institut national des femmes (Instituto Nacional de las Mujeres - INMUJERES) dans le cadre des mesures d’austérité proposées (Amnesty International 7 avr. 2021, 245; La Jornada 15 juill. 2020).

Selon Amnesty International, 21 protocoles de réponse, appelés [version française d’Amnesty International] « alertes de violences liées au genre contre des femmes » (Alerta de violencia de género contra las mujeres - AVGM), étaient toujours opérationnels dans 18 États [sur 32] à la fin de 2020 (Amnesty International 7 avr. 2021, 245). D’après INMUJERES, il y a dix territoires qui ont refusé d’adopter le protocole AVGM, soit : Guanajuato, Basse-Californie, Querétaro, Puebla, Cajeme (Sonora), Tabasco, Tlaxcala, Yucatán, Coahuila et la ville de Mexico (Mexique 4 août 2021). Des sources soulignent que le mécanisme des AVGM tel qu’il est mis en oeuvre par les États [traduction] « s’est révélé inefficace » (Freedom House 3 mars 2021, sect. G3) ou que rien ne semble montrer que ces mécanismes [version française d’Amnesty International] « avaient permis de réduire les violences liées au genre » (Amnesty International 7 avr. 2021, 245). Pour obtenir des renseignements sur le mécanisme d’alerte de violence sexiste contre les femmes, y compris le processus de déclaration d’une alerte de violence sexiste, veuillez consulter la réponse à la demande d’information MEX200311 publiée en septembre 2020.

4. Accès aux services de soutien dans le contexte de la pandémie de COVID-19

Selon un rapport de l’Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes) au Mexique, les mesures de confinement et les restrictions relatives aux déplacements en réponse à la pandémie de COVID-19 ont entraîné des obstacles additionnels à l’accès aux services de base, tels que les soins de santé sexuelle et reproductive pour les femmes ayant subi de la violence, et ont réduit la capacité des organisations de la société civile qui offrent des services de soutien tels que les services d’urgence aux victimes (Nations Unies [avr.] 2020, 2). La professeure titulaire a déclaré qu’il est plus difficile pour les femmes qui vivent dans les régions rurales d’accéder aux services de soutien offerts par les organismes gouvernementaux, car ces organismes ne sont pas présents dans toutes les municipalités et la pandémie a rendu encore plus difficiles les longs trajets pour rejoindre ces organismes (professeure titulaire 6 août 2021). D’après la chercheuse, les décrets ordonnant de rester à domicile et les restrictions relatives aux déplacements imposés par le gouvernement en réponse à la pandémie ont eu pour effet de restreindre encore plus l’accès aux services de soutien offerts (chercheuse 4 août 2021). La même source a signalé que la plupart des services de soutien publics sont concentrés dans les capitales des États et que, dans les États plus vastes, les distances qu’il faut parcourir pour y accéder sont très grandes (chercheuse 4 août 2021).

4.1 Refuges

D’après le rapport d’EQUIS, d’Intersecta et du RNR, le financement gouvernemental couvre [traduction] « à peu près » huit ou neuf mois du fonctionnement du RNR au cours de l’année, et non pas les douze mois, car l’organisme n’est pas considéré comme faisant partie de la politique budgétaire régulière de l’État et doit soumettre des propositions chaque année en vue d’obtenir un financement public (EQUIS, et al. [août] 2020, 27). La même source fait observer que, au début de la pandémie de COVID-19, le 23 avril 2020, le gouvernement du Mexique a annoncé des mesures d’austérité imposant une réduction de 75 p. 100 du financement public destiné aux programmes et services offerts par divers organismes publics, de manière à affecter les ressources publiques aux [traduction] « programmes prioritaires », dont aucun ne comprenait explicitement des programmes ou services liés à la violence faite aux femmes, bien que, quelques semaines auparavant, le 30 mars 2020, le même gouvernement ait désigné les refuges et les centres d’accueil pour les victimes de cette violence comme étant des « services essentiels » (EQUIS, et al. [août] 2020, 29-30). De plus, selon EQUIS, Intersecta et le RNR, il a été constaté que les refuges gérés par le CEJUM à Colima, Juchitán de Zaragoza, Puebla, Tehuacán et Xalapa ne disposaient pas du personnel et de la capacité opérationnelle nécessaires pour répondre à la demande accrue de la part des femmes ayant subi de la violence dans le contexte de la pandémie de COVID-19 (EQUIS, et al. [août] 2020, 35). Il est écrit dans un article du Guardian que le RNR a enregistré une hausse de 80 p. 100 du nombre d’appels reçus depuis le début de la pandémie, et une hausse de 50 p. 100 du nombre de femmes et d’enfants accueillis dans ses 69 refuges au Mexique (The Guardian 22 juill. 2020). EQUIS, Intersecta et le RNR signalent que 100 p. 100 des femmes ayant eu recours aux refuges du RNR pendant les deux premiers mois de la période de confinement au printemps de 2020 avaient subi de la violence familiale (EQUIS, et al. [août] 2020, 14-15). La même source souligne que, parmi ces femmes, la totalité avait subi de la [traduction] « violence psychologique », 49,45 p. 100 avaient subi de la violence physique, 43,37 p. 100 avaient subi de « [l’]exploitation économique », 25,95 p. 100 de la « violence patrimoniale », 17,62 p. 100 de la violence sexuelle et 4 p. 100 « une tentative de féminicide »; en outre, 79 p. 100 d’entre elles avaient subi au moins deux de ces types de violence (EQUIS, et al. [août] 2020, 15).

Selon la professeure titulaire, les femmes qui vivent dans les régions rurales de l’État du Guanajuato, par exemple, doivent surmonter des obstacles pour accéder aux refuges durant la pandémie, car elles doivent se rendre dans la capitale de l’État et bon nombre d’entre elles ne savent pas où se trouve le refuge, [traduction] « car son emplacement n’est pas dévoilé au public à cause des répercussions possibles si l’adresse était connue » (professeure titulaire 6 août 2021). Sans fournir de précisions additionnelles, Justice in Mexico, un projet de recherche à l’Université de San Diego qui s’intéresse aux questions liées à la sécurité citoyenne, à la primauté du droit et aux droits de la personne au Mexique (Justice in Mexico s.d.), signale que le RNR et la Commission nationale pour la prévention et l’éradication de la violence faite aux femmes (Comisión Nacional para Prevenir y Erradicar la Violencia Contra las Mujeres - CONAVIM) ont compilé un répertoire des ressources destinées aux femmes, accessible au public, pour permettre à ces dernières trouver des lieux sûrs à l’abri de leurs agresseurs (Justice in Mexico 16 juin 2020).

4.2 Services psychologiques

Selon la CIDH, l’État mexicain a lancé un programme appelé [traduction] « Planche de salut » (Life Line) en coordination avec la ligne d’urgence 911, pour assurer un soutien aux personnes ayant survécu à la violence familiale et sexuelle à l’égard des enfants en offrant les services de « plus de » 300 psychologues (OEA 16 avr. 2021, paragr. 511). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a trouvé aucun renseignement sur l’efficacité du programme « Planche de salut » depuis son lancement.

D’après la professeure titulaire, dans l’État du Guanajuato, les femmes disposent des services de soutien offerts par les instituts destinés aux femmes dans les municipalités, mais ce ne sont pas toutes les municipalités qui

[traduction]

ont suffisamment de personnel, de matériel et de formation en matière d’égalité des genres, si bien que le peu de soutien disponible est souvent imprégné de stéréotypes sexistes. Ce qu’on a observé, c’est qu’ils dirigent les femmes vers des services de consultation psychologique et, de temps à autre, peuvent les accompagner pour déposer une plainte. Par conséquent, le soutien n’est pas énorme (professeure titulaire 6 août 2021).

La même source souligne que les services psychologiques sont l’un des services de soutien les plus [traduction] « accessibles » offerts aux personnes ayant survécu à la violence familiale, mais que les survivantes se voient généralement offrir quelques séances seulement et « on ne prête pas attention aux autres aspects de leur vie » (professeure titulaire 6 août 2020). Dans un article de Milenio, un quotidien national mexicain, il est écrit que l’administration municipale de Mexico a lancé un programme coordonné, mettant à contribution le Conseil citoyen (Consejo Ciudadano) et le Secrétariat des femmes (Secretaría de las Mujeres), en vue d’assurer un soutien aux femmes qui vivent des situations de violence familiale durant le confinement attribuable à la COVID-19, y compris l’aiguillage vers les Centres Lunas (Centro Lunas) [[traduction] « qui offrent une aide psychologique et juridique dans les cas à risque moyen et élevé » (Justice in Mexico 16 juin 2020)], une assistance au moyen de salons de clavardage et de vidéoconférences, et une collaboration avec la Línea Mujeres qui apporte [traduction] « un soutien citoyen » et qui dispose de 89 psychologues et de 130 avocats (Milenio 14 avr. 2020).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.

Notes

[1] Le Secrétariat exécutif du Système national de sécurité publique (Secretariado Ejecutivo del Sistema Nacional de Seguridad Pública - SESNSP) est responsable de la coordination et de la mise en oeuvre des politiques publiques entre les diverses autorités chargées de la sécurité publique à l’échelle fédérale, étatique et municipale (Mexique s.d.a).

[2] La Data-Pop Alliance est un centre de données en ligne dirigé par la Harvard Humanitarian Initiative, par Massachusetts Institute of Technology (MIT) Connection Science, par l’Overseas Development Institute et par la Flowminder Foundation (Data-Pop Alliance s.d.).

[3] L’organisme de développement international allemand Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) appuie des entreprises, des intervenants de la société civile et des instituts de recherche dans le cadre de projets liés au développement économique, à l’environnement, à la paix et à la sécurité (GIZ s.d.). Le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement (BMZ) de l’Allemagne est le principal commettant du GIZ (GIZ s.d.).

[4] María de Jesús Medina Arellano est une chercheuse à l’Université nationale autonome du Mexique (Universidad Nacional Autónoma de México - UNAM) dont les études portent sur l’éthique et la réglementation des biotechnologies (UNAM s.d.). Amaranta Manrique de Lara est une collaboratrice du groupe de recherche sur la bioéthique, la santé et le biodroit à l’Institut de recherches juridiques de l’UNAM, ainsi qu’une titulaire d’une bourse d’études Fulbright (Capdevielle, et al. 8 avr. 2020).

[5] EQUIS Justicia para las Mujeres (EQUIS) est une organisation féministe mexicaine qui [traduction] « veut transformer les organisations, les lois et les politiques gouvernementales de façon à améliorer l’accès à la justice pour toutes les femmes » (EQUIS s.d.).

[6] Intersecta est une organisation féministe au Mexique qui s’emploie à éradiquer la discrimination (Intersecta s.d.).

[7] Le Réseau national de refuges (Red Nacional de Refugios - RNR) est le premier réseau de refuges agréés au Mexique et est constitué [traduction] « d’organismes de la société civile (85 p. 100) et d’organismes gouvernementaux (15 p. 100) » (RNR s.d.).

[8] Les Centres de justice pour les femmes (Centro de Justicia para las Mujures - CEJUM) sont des espaces offrant des services spécialisés aux femmes victimes de violence et à leurs enfants, y compris des services de soutien juridique, médical et psychologique (EQUIS, et al. [août] 2020, 34). Selon EQUIS, Intersecta et le RNR, il y a actuellement 48 CEJUM dans 28 États, dont 35 offrent des services de refuge ou disposent d’une maison de transition (EQUIS, et al. [août] 2020, 34).

Références

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Capdevielle, Pauline, Amaranta Manrique de Lara et María de Jesús Medina Arellano. 8 avril 2020. « The COVID19 Pandemic and Ethics Through the Eyes of Women ». Journal of Medical Ethics Blog. [Date de consultation : 10 sept. 2021]

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Mexique. 4 août 2021. Instituto Nacional de las Mujeres (INMUJERES). « Alerta de Violencia de Género contra las Mujeres ». [Date de consultation : 10 août 2021]

Mexique. 30 juin 2021. Secretaría de Seguridad y Protección Ciudadana (SSPC), Secretariado Ejecutivo del Sistema Nacional de Seguridad Pública (SESNSP). Información sobre violencia contra las mujeres: Incidencia delictiva y llamadas de emergencia 9-1-1. [Date de consultation : 13 août 2021]

Mexique. 18 août 2017. Instituto Nacional de Estadísticas y Geografía (INEGI). Encuesta Nacional sobre la Dinámica de las Relaciones en los Hogares (ENDIREH) 2016: Principales Resultados. [Date de consultation : 25 août 2021]

Mexique. S.d.a Secretariado Ejecutivo del Sistema Nacional de Seguridad Pública (SESNSP). « ¿Qué hacemos? ». [Date de consultation : 3 sept. 2021]

Mexique. S.d.b. Secretaría de las Mujeres. « Línea Mujeres ». [Date de consultation : 3 sept. 2021]

Milenio. 14 avril 2020. Jorge Almazán. « CdMx lanza programa contra violencia familiar durante cuarentena por covid-19 ». [Date de consultation : 11 août 2021]

Nations Unies. [Avril] 2020. Entité des Nations Unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes). COVID-19 y su impacto en la violencia contra las mujeres y niñas. [Date de consultation : 23 juill. 2021]

The New York Times. 31 mai 2020. Natalie Kitroeff. « Mexico’s President Says Most Domestic Violence Calls Are ‘Fake’ ». [Date de consultation : 27 juill. 2021]

Organisation des États américains (OEA). 16 avril 2021. Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). « Chapter IV. A Human Rights Development in the Region ». Annual Report 2020. [Date de consultation : 19 juill. 2021]

Organisation des États américains (OEA). 6 avril 2020. Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). « Chapter V Follow-Up to Recommendations Made by the IACHR in Its Country or Thematic Reports ». Annual Report 2019. [Date de consultation : 19 juill. 2021]

Professeure titulaire, Universidad de Guanajuato. 6 août 2021. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

Red Nacional de Refugios (RNR). S.d. « ¿Quiénes somos? ». [Date de consultation : 4 août 2021]

Reuters. 25 janvier 2021. Christine Murray. « Emergency Calls on Violence Against Women Spiked in Mexico in 2020 ». [Date de consultation : 28 juill. 2021]

Universidad Nacional Autónoma de México, UNAM. S.d. « Dra. Medina Arellano, María de Jesús ». [Date de consultation : 8 sept. 2021]

Wilson Center. [Mars 2021]. Alexandra Zapata Hojel et Gema Kloppe-Santamaría. Wilson Memo: Security & Violence Against Women in Mexico. [Date de consultation : 2 août 2021]

Wilson Center. S.d. « About the Wilson Center ». [Date de consultation : 2 août 2021]

Autres sources consultées

Sources orales : Fondo Semillas; professeur d’études de genre et sociologiques à une université mexicaine; Red Nacional de Refugios.

Sites Internet, y compris : Al Jazeera; Associated Press; Banque mondiale; BBC; CNN; Cooperative for Assistance and Relief Everywhere (CARE) International; ecoi.net; États-Unis – Department of State; Femicide Watch; Fondo Semillas; Gender and COVID-19; Human Rights Watch; Mexique – Comisión Nacional para Prevenir y Erradicar la Violencia Contra las Mujeres, Fiscalía General de la República; Nations Unies – Refworld; openDemocracy; Organisation de coopération et de développement économiques; Royaume-Uni – Home Office; Washington Office on Latin America; The Washington Post.