Au Cameroun, deux femmes transgenres ont été condamnées à cinq ans de prison

Les autorités devraient les remettre en liberté et mettre fin à la persécution anti-LGBT

Neela Ghoshal

Directrice adjointe, division LGBT
 

Le 11 mai, un tribunal camerounais a condamné deux femmes transgenres à cinq ans de prison et à des amendes de 200 000 francs CFA (environ 370 dollars) en vertu d’une loi interdisant les relations homosexuelles. Ces femmes, Njeuken Loic (connue sous le nom de « Shakiro ») et Mouthe Roland (connue sous le nom de « Patricia »), qui n’auraient jamais dû faire l’objet d’une arrestation, ont déjà subi des abus en détention provisoire. Pour elles, une peine de cinq ans dans une prison pour hommes peut équivaloir à une condamnation à mort. Les autorités devraient les remettre en liberté et annuler les charges qui pèsent contre elles immédiatement.

Des gendarmes ont arrêté Shakiro et Patricia dans les rues de la ville de Douala le 8 février dernier, parce qu’elles étaient vêtues de manière typiquement féminine. Ils les ont interrogées sans la présence d’un avocat, les ont frappées et menacées de les tuer, les couvrant d’insultes anti-LGBT et les forçant à signer des déclarations, selon des militants et des avocats qui leur ont rendu visite en détention. Shakiro et Patricia ont ensuite été transférées à la prison centrale surpeuplée de Douala où elles ont déclaré avoir été battues et insultées par des gardiens et d’autres détenus. Les procureurs les ont accusées de tentative de conduite homosexuelle, d’outrage public aux mœurs, et de non-possession de leur carte d’identité nationale. Alice Nkom, une avocate représentant Shakiro et Patricia, a déclaré : « C’est une condamnation politique qui adresse un message clair et effrayant : ‘‘Nous ne voulons pas de personnes LGBT ici au Cameroun.’’ Nous devons combattre cet état d’esprit et nous le ferons. »

L’an dernier, les forces de sécurité camerounaises ont arrêté de manière arbitraire de plus en plus de personnes sur la base de leur orientation sexuelle réelle ou de leur identité de genre présumées. Entre février et avril 2021, les forces de sécurité ont arrêté au moins 27 personnes, dont un garçon âgé de 17 ans, pour comportement homosexuel consensuel ou variance de genre présumée, en les rouant de coups et en leur faisant subir des examens anaux forcés.

Human Rights Watch a documenté de nombreuses violations des droits humains lors d’arrestations et de poursuites judiciaires dans le cadre de précédentes vagues de répression anti-LGBT au Cameroun, dont le recours aux examens anaux forcés et à d’autres formes de torture et de mauvais traitements, aux aveux forcés, ainsi que le refus de donner accès à un avocat et les préjugés anti-LGBT de la part des magistrats. Human Rights Watch a également documenté des viols et des passages à tabac de personnes LGBT par des détenus dans des prisons du Cameroun, sans que les gardiens n’interviennent.

Shakiro et Patricia sont les dernières victimes d’un système caractérisé par le mépris absolu du droit à une procédure régulière pour les personnes prises pour cible en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre. Le Cameroun devrait abroger ses lois antihomosexualité et cesser d’interférer dans la vie privée de ses citoyens.

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