Djibouti : information sur le traitement réservé aux membres de la tribu des Gadabuursi par la société et les autorités; le traitement réservé aux demandeurs d'asile déboutés et aux rapatriés par la société et les autorités (2009-avril 2013) [DJI104377.EF]

Direction des recherches, Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, Ottawa

Parmi les sources qu'elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches a trouvé peu d'information sur le traitement réservé aux membres de la tribu des Gadabuursi.

1. Organisation sociale des Gadabuursi

Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un représentant de l'Association pour le respect des droits de l'homme à Djibouti (ARDHD), organisation qui milite pour la démocratie et la justice à Djibouti (ARDHD s.d.), a déclaré que « [l]'organisation de la société [à Djibouti] repose beaucoup sur l'appartenance tribale. Cette appartenance est toujours plus forte [...] que l'appartenance à un système politique » (ARDHD 9 mai 2013). Il a souligné que le président du Djibouti appartient au clan des Issa-Mamassan (ibid.). Le représentant a également transmis l'information qu'il a reçue de l'un de ses correspondants, réfugié djiboutien se trouvant en Europe du Nord et occupant un emploi d'interprète :

Le clan de[s] Gadabuursi à Djibouti est principalement représenté par deux sous-clans [...]:

  1. Mahad Asse ou Casse
  2. Makahil.

[La mère] d'Ismaël Omar Guelleh, l'actuel président [du Djibouti], et celle de son oncle, Hassan Gouled Aptidon, ancien président [du Djibouti], seraient issues du clan Gadabuursi « Mahad Asse ».

Il en ressort que, contrairement aux membres du sous-clan Gadabuursi « Makahil », ceux issus du clan Mahad Asse ne seraient pas victimes du régime djiboutien. Certains d'entre eux occupent des postes de directeur et seraient protégés par le clan Issa-Mamassan du président. On note qu'il y a de nombreux mariages entre les deux clans.

En revanche, les personnes issues du sous-clan Gadabuursi Makahil sont considérées comme des citoyens de troisième classe et elles sont victime de discriminations dans tous les secteurs professionnels. Aucun n'a pu obtenir un poste à responsabilité dans la fonction publique (ibid.).

Samson A. Bezabeh, détenteur d'un doctorat de l'Université de Bergen, spécialiste de la citoyenneté, de l'ethnicité et des classes en Afrique, maintenant chercheur indépendant, explique ce qui suit dans « Citizenship and the Logic of Sovereignty in Djibouti », meilleur article publié en 2011 dans Africain Affairs , pour lequel il s'est vu décerner le prix du meilleur auteur africain en 2012 :

[traduction]

Le Djibouti est toujours une nation ayant de nombreux niveaux de citoyenneté, atteints et maintenus en partie en raison des relations patrons-clients qui continuent d'exister dans l'ensemble de la structure administrative. La nature des relations patron-client veut qu'un citoyen soit le subalterne d'un autre; en raison de leur affiliation ethnique, certaines personnes occupent de meilleures places que d'autres dans l'échelle de la citoyenneté. Tout en haut de l'échelle se trouvent les membres du sous-clan des Issa Memassan qui, en commençant par le président, occupent des postes élevés au sein du gouvernement.

2. Situation des Gadabuursi

Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, Samson A. Bezabeh a signalé que [traduction] « les Gadabuursi sont marginalisés socialement » (Bezabeh 17 mai 2013).

Selon le représentant de l'ARDHD, « [l]a situation des Gadabuursi à Djibouti [...] est catastrophique » (ARDHD 9 mai 2013). Il a également expliqué que les Gadabuursi et les Issas « se livrent régulièrement à des batailles sanglantes pour différents motifs » au Somaliland (ibid.). Il a ajouté que les Issas de la ville de Djibouti cherchaient à se venger des Gadabuursi (ibid.). Par exemple, à Balbala, ville pauvre en périphérie de la ville de Djibouti, il y a de « fréquents accrochages ethniques » entre les deux groupes, la police prenant « systématiquement » le parti des Issas (ibid.). Il a également souligné que le gouvernement provoquerait « des bagarres violentes » entre les deux groupes lorsqu'il craint qu'il puisse y avoir des manifestations contre ses politiques (ibid.). Parmi les sources qu'elle a consultées, la Direction des recherches n'a trouvé aucun renseignement allant dans le même sens.

3. Protection offerte par l'État

Selon le représentant de l'ARDHD, les « Gadabuursi, victimes d'injustice, d'arrestations arbitraires ou de harcèlement, n'ont aucun recours à Djibouti, ni devant les autorités policières ni devant la justice » (ARDHD 9 mai 2013). Il a ajouté que « leur seul moyen [d'y] échapper est de prendre la route de l'exil » et qu'il n'y a « [a]ucune organisation ni institution nationale ou internationale [qui] leur assure une aide ou une assistance » (ibid.). Parmi les sources qu'elle a consultées, la Direction des recherches n'a trouvé aucun renseignement allant dans le même sens ni aucun renseignement supplémentaire.

4. Traitement réservé aux demandeurs d'asile déboutés

Selon Samson A. Bezabeh :

[traduction]

À Djibouti, les demandeurs d'asile déboutés ne sont pas bien traités, du fait qu'ils sont perçus comme ayant trahi l'État. La sévérité du traitement et le degré d'attention dont un demandeur d'asile débouté fait l'objet dépendent de son statut. Un demandeur d'asile ordinaire connaîtra moins de problèmes qu'une personne bien en vue. Les membres de la famille d'une personne occupant un poste élevé, qui vivent toujours à Djibouti, seraient particulièrement touchés (Bezabeh 17 mai 2013).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références

Association pour le respect des droits de l'homme à Djibouti (ARDHD). 9 mai 2013. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

_____. S.d. « ARDHD Info ». <http://www.ardhd.org/info.asp> [Date de consultation : 15 mai 2013]

Bezabeh, Samson A. 17 mai 2013. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

_____. 2011. « Citizenship and the Logic of Sovereignty in Djibouti ». African Affairs . Vol. 110. No 441. 1-20.

Autres sources consultées

Sources orales : Les tentatives faites pour joindre les personnes et les organisations suivantes dans les délais voulus ont été infructueuses : Association pour le respect des droits de l'homme à Djibouti; Cardiff University ; Centre d'études et de recherche de Djibouti; Centre of African Studies, Centre of African Studies of the University of Edinburgh; Davidson College ; École des hautes études en sciences sociales de Paris; Georgetown University; The George Washington University; Indiana University ; Ligue djiboutienne des droits humains; Loyola University Chicago; Macalester College; University of Bergen; University of Birmingham; University of Djibouti; University of Florida; University of Minnesota; University of Ottawa .

Sites Internet, y compris : AllAfrica.com ; Aménagement linguistique dans le monde; Amnesty International; Djiboutii.net; DjibTalk.com ; ecoi.net; États-Unis – Commission on International Religious Freedom, Departement of State ; Factiva; Fédération internationale des ligues des droits de l'homme; Freedom House ; Gouvernement du Djibouti; Human Rights Watch ; L'Humanité.fr; The Indian Ocean Newsletter; Inter-African Committee on Traditional Practices; International Crisis Group ; Jeune Afrique; Life and Peace Institute; Minority Rights Group International ; La Nation; Nations Unies – Refworld ; Réseaux d'information régionaux intégrés; Oxford University Press; ReliefWeb; Royal African Society ; Royaume-Uni – Center of African Studies; Safaripost.net ; La Voix de Djibouti.