Treatment of Congolese Tutsis (Banyamulenge) from the East in the western and southern parts of the country, mainly in Kinshasa and Lubumbashi; whether Banyamulenge are specifically singled out by the general population and by government authorities because of their ties to the rebel movements for whom they are believed to be spies (December 2005) [COD100781.FE]

Un docteur en histoire, chercheur au Centre d'études de la région des Grands lacs d'Afrique de l'Université d'Anvers (Belgique) a fourni, le 8 décembre 2005, les renseignements contenus dans les trois paragraphes suivants au cours d'un entretien téléphonique. Le Centre publie annuellement L'Afrique des Grands lacs : annuaire; le chercheur consulté est spécialiste de l'Afrique central en général et de la région du Kivu en particulier, notamment en ce qui a trait à la « gouvernance », aux « crises », à la « paix », aux « conflits », aux « acteurs étatiques et non étatiques » (Centre d'étude de la région des Grands lacs d'Afrique s.d.).

Les Congolais d'origine rwandaise en général, en particulier les Tutsis sont perçus par les autres Congolais comme responsables des deux dernières guerres (1996-1997 et 1998-2002) qui se sont succédé en République démocratique du Congo (RDC). De même, les membres des autres groupes ethniques les ont toujours associés aux « pays agresseurs », notamment au Rwanda.

Ainsi, au cours de ces dernières années, les citoyens congolais d'origine rwandaise, les Tutsis en particulier, ont fait l'objet d'« exclusion », de « rejet », de « ressentiment » et d'« hostilité » de la part des membres d'autres groupes ethniques. Ces derniers étaient souvent encouragés par certains médias et certains politiciens qui prônaient la haine contre ceux qu'ils considéraient comme des « Rwandais ». Dans ces conditions, la plupart des Congolais d'origine rwandaise qui habitaient dans les différentes régions du pays, notamment à Kinshasa, craignant les exactions, se sont repliés, soit vers l'Est du pays, soit vers les pays limitrophes ou ont été évacués vers d'autres pays, notamment d'Europe et d'Amérique.

Même aujourd'hui, les membres des autres groupes ethniques restent toujours « méfiants » à l'égard des Congolais d'origine rwandaise, des Tutsis en particulier. Ainsi, à l'exception de ceux qui participent aux différentes institutions de la transition, rares sont les Congolais d'origine rwandaise qui osent retourner vivre à Kinshasa ou dans d'autres régions lointaines de l'Est du pays. Selon le chercheur, cette attitude relève plus de la peur d'une éventuelle reprise des hostilités que d'une maltraitance avérée. Il a déclaré qu'à sa connaissance, les rares Tutsis qui sont retournés vivre dans les villes comme Kinshasa ou Lubumbashi ne sont pas traités différemment des autres citoyens. Selon le chercheur, les autorités gouvernementales congolaises, soucieuses de soigner leur image auprès de la communauté internationale, essaient de lutter contre l'exclusion.

De son côté, la présidente du Centre de développement pour la femme (CDF), organisation non gouvernementale féminine installée à Kinshasa, dans une communication écrite du 7 décembre 2005 envoyée à la Direction des recherches, a dit connaître elle-même quelques Banyamulenge qui vivent à Kinshasa et qu'elle rencontre souvent dans les rues et dans les églises. La présidente du CDF, faisant allusion à la ville de Kinshasa, a expliqué que celle-ci connaît actuellement un taux de criminalité élevé dont les militaires impayés sont souvent responsables, mais, selon elle, les Banyamulenge ne sont pas plus visés que les autres citoyens.

Quant au secrétaire exécutif du Centre des droits de l'homme et du droit humanitaire (CDH), organisation de défense des droits de la personne située à Lubumbashi, joint par téléphone le 10 novembre 2005, il a indiqué que, durant la guerre, la plupart de Congolais d'origine rwandaise, y compris les Banayamulenge, ont quitté la ville de Lubumbashi pour fuir les exactions dont ils étaient victimes. Selon le président du CDH, ceux, peu nombreux, qui y ont retourné ont pu récupérer leurs biens (CDH 10 nov. 2005). Cependant, il a signalé que, dès leur retour, la plupart de ces Banyamulenge sont souvent convoqués par les forces de sécurité pour expliquer leur absence (CDH 10 nov. 2005). Toutefois, le président du CDH a dit ne pas connaître de cas récent où un Congolais d'origine rwandaise aurait été la cible des membres des autres groupes ethniques.

Le rapport d'octobre 2005 de la direction de l'immigration et de la nationalité (Immigration and Nationality Directorate - IND) du Royaume Uni, citant des sources variées, donne un bref aperçu de l'histoire des Congolais d'origine rwandaise et décrit le ressentiment anti-tutsi qui a prévalu en RDC au cours de ces dernières années (Royaume Uni oct. 2005, sect. 6.80 - 6.96).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références


Centre de développement pour la femme (CDF). 7 décembre 2005. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

Chercheur, Centre d'étude de la région des Grands lacs d'Afrique. 8 décembre 2005. Entretien téléphonique.

_____. S.d. « Équipe ». http://www.gralac.org/pers_f.htm [Date de consultation : 7 nov. 2005]

Royaume-Uni. Octobre 2005. Immigration and Nationality Directorate. Country Report: Democratic Republic of Congo. http://www.homeoffice.gov.uk/rds/pdfs05/drcongo_011105.doc [Date de consultation : 5 déc. 2005]

Secrétaire exécutif, Centre des droits de l'homme et du droit humanitaire (CDH) [Lubumbashi]. 10 novembre 2005. Entretien téléphonique.

Autres sources consultées


Publications : Africa Confidential, Africa Research Bulletin, L'Afrique des Grands lacs : Annuaire 2004-2005, Dossier de pays du Centre des resources, Jeune Afrique/L'Intelligent.

Sites Internet, y compris : AllAfrica.com, Amnesty International, BBC News, CIA World Factbook, European Country of Origin Information Network (ECOI.net), Factiva, Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), Freedom House, Human Rights Watch (HRW), IDP report of Norwegian Refugee Council, International Crisis Group (ICG), Migration News, Minorities at Risk Project, Relief Web, UNHCR, United Kingdom - Immigration and Nationality Directorate (IND), UN Security Council, US Committee for Refugees and Immigrants, United State Department of State.