Cameroon: The process of naming a successor to traditional chiefs within the Metta ethnic group; consequences for refusing the title and whether there is state protection [CMR103993.E]

Cameroun : information sur le processus de désignation des chefs traditionnels chez les Mettas; les conséquences du refus de devenir chef et information indiquant si une protection est offerte par l’État

Direction des recherches, Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, Ottawa

1. Information générale sur les Mettas

Des sources mentionnent que les Mettas (ou Metas) vivent dans la région du Nord-Ouest du Cameroun (MECUDA-USA s.d.; Heath Evangelical Church s.d.). Une église galloise qui gère un projet de traduction du Nouveau Testament en metta précise que [traduction] « [l]es Mettas vivent dans le plateau Bamenda » dans la région du Nord-Ouest (ibid.). Selon le synopsis en ligne d’un livre sur la langue metta (également appelée menemo), environ 45 390 locuteurs mettas se trouvent dans le nord-ouest du Cameroun (Fogwe Chibaka 2006).

2. Processus de désignation des chefs traditionnels
2.1 Choix d’un successeur

Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un ethnologue et chercheur associé du Centre d’études africaines de l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris, qui a publié des ouvrages sur la sociologie historique dans l’ouest du Cameroun, a affirmé que chez les Mettas, le choix du successeur d’un chef est habituellement fait par le chef en poste avant sa mort; il choisit généralement un de ses fils (4 févr. 2012). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un professeur émérite d’anthropologie du Collège universitaire London (University College London - UCL), qui a publié des ouvrages sur l’identité ethnique au Cameroun et qui a effectué des études sur le terrain dans ce pays, a également affirmé qu’un chef choisit un successeur parmi les enfants légitimes qu’il a eus avec ses épouses (3 févr. 2012). Des sources ont déclaré que la parenté du chef (ethnologue 4 févr. 2012) ou les aînés de la communauté (professeur 3 févr. 2012) sont informés de l’identité du successeur. L’ethnologue a aussi précisé que le successeur choisi ne participe généralement pas à la décision concernant la succession et ne peut pas faire campagne pour obtenir le titre (4 févr. 2012). D’après l’ethnologue, il est également possible que des personnes importantes dans l’entourage du chef fassent leur propre choix quant au successeur (4 févr. 2012).

Le professeur d’anthropologie du UCL est d’avis [traduction] « [qu’] il peut y avoir des différends graves entre les successeurs potentiels et leurs partisans » et [traduction] « des accusations selon lesquelles les anciens ont été corrompus » (3 févr. 2012). De même, l’ethnologue a affirmé que des [traduction] « querelles violentes » au sujet de la succession d’une [traduction] « chefferie prestigieuse ou importante » peuvent mener à des conflits violents (4 févr. 2012). Toutefois, l’ethnologue a ajouté une nuance en précisant que la succession de [traduction] « petites chefferies » n’est pas très recherchée, car celles-ci imposent des responsabilités sans fournir les ressources pour les remplir (4 févr. 2012).

2.2 Processus de nomination du successeur

Le professeur d’anthropologie du UCL a souligné que le choix du successeur est annoncé au décès du chef (3 févr. 2012). L’ethnologue a expliqué que le successeur choisi est emmené de force au hameau du chef le jour de la succession pour montrer qu’il cède à la volonté du groupe (ethnologue 4 févr. 2012). Cependant, l’ethnologue a expliqué que cette séquestration du successeur est habituellement une mise en scène (ibid.). D’après le professeur du UCL, le [traduction] « successeur est enlevé au sens où il est supposé qu’il pourrait tenter de fuir, mais cela fait habituellement partie du rituel d’être dépouillé de son ancienne vie pour être investi du titre » (3 févr. 2012). L’ethnologue a affirmé qu’un nouveau chef reste normalement cloîtré dans le hameau durant une période dont la durée varie selon l’importance de la chefferie et des occupations du successeur (4 févr. 2012).

3. Conséquences du refus de devenir chef

Le professeur d’anthropologie du UCL a écrit [traduction] « [qu’] il est généralement vrai qu’un successeur, une fois nommé, doit accepter le titre » (3 févr. 2012). L’ethnologue a dit qu’en cas de refus, le processus de désignation du successeur devient une [traduction] « épreuve de force » entre le successeur choisi et l’entourage du chef décédé (ethnologue 4 févr. 2012). Il a en outre expliqué que si le successeur choisi a les moyens de fuir et d’aller vivre dans la ville, l’entourage du chef décédé a peu de recours (ibid.). De même, le professeur du UCL a mentionné que le successeur choisi [traduction] « peut tenter de disparaître dans une grande ville [comme] Yaoundé ou Douala ou au Nigéria » (3 févr. 2012). Il a ajouté que dans les villages mettas, le successeur désigné peut ensuite [traduction] « être simplement oublié après qu’une période appropriée s’est écoulée et qu’un nouveau successeur a été choisi » (professeur émérite 3 févr. 2012). Toutefois, l’ethnologue a apporté une nuance; selon les capacités et l’influence de l’entourage, le successeur choisi peut faire l’objet de diverses [traduction] « pressions », y compris [traduction] « des pressions morales, des sanctions imposées par le groupe, de l’ostracisme et, parfois, de la violence physique » (4 févr. 2012). Pour sa part, le professeur d’anthropologie du UCL a affirmé que si un successeur choisi refuse le titre et prend la fuite, [traduction] « s’il est capturé, il pourrait disparaître dans des circonstances mystérieuses afin qu’un nouveau successeur puisse prendre le titre » (3 févr. 2012). Il a ajouté qu’il y a eu des cas où des personnes mêlées à des conflits de succession d’importantes chefferies des hauts plateaux ont été empoisonnées (professeur émérite 3 févr. 2012).

L’ethnologue a souligné qu’il ne connaissait aucun recours juridique qui pourrait être pris contre une personne qui a refusé une succession (4 févr. 2012).

4. Protection offerte par l’État

L’ethnologue a expliqué qu’un successeur désigné qui a été victime de violence physique peut intenter des poursuites criminelles, à condition qu’il ait accès à un service de consultation, et il a ajouté que les querelles de succession ne sont pas traitées différemment des autres types de différends qui peuvent mener à la violence (4 févr. 2012). Toutefois, le professeur d’anthropologie du UCL a écrit que [traduction] « [g]énéralement, le gouvernement du Cameroun n’interviendra pas dans les querelles de succession » (3 févr. 2012). Néanmoins, il a également souligné que dans certains cas où le successeur désigné refuse le titre et tente de fuir, le gouvernement pourrait [traduction] « intervenir et insister pour que les anciens choisissent un autre successeur qui sera davantage disposé à obtempérer » (professeur émérite 3 févr. 2012). Dans une communication écrite envoyée à la Direction des recherches, un professeur d’anthropologie, également directeur du programme d’études africaines et afro-américaines (African and African-American Studies Program) au Collège Carleton, au Minnesota, a aussi déclaré que dans les cas de différends au sujet de la succession d’un chef traditionnel au Cameroun en général, [traduction] « [l]a protection de l’État serait inadéquate ou inexistante », car [traduction] « l’État déclare qu’il ne veut pas s’ingérer dans les affaires “internes” des chefferies » (26 janv. 2012). Il a ajouté que

[traduction]

la royauté est souvent du côté du parti au pouvoir, alors que la majeure partie de la population des chefferies des hauts plateaux de l’est et de l’ouest est du côté des partis de l’opposition (y compris le réputé SDF [Front social démocrate] et aussi du côté d’autres mouvements et partis de l’opposition favorables à la démocratie). Il peut être présumé (souvent sans fondement) qu’une personne qui refuse le titre fait partie de l’opposition et pour cette raison, non seulement elle ne recevra pas la protection de l’État, mais elle fera également l’objet de harcèlement policier (professeur d’anthropologie 26 janv. 2012).

Parmi les sources qu’elle a consultées, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l’aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n’apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d’une demande d’asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d’information.

Références

Ethnologue et chercheur associé, Centre d’études africaines, École des hautes études en sciences sociales, Paris. 4 février 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

Fogwe Chibaka, Evelyn. 2006. A Grammatical Description of Metta (Cameroon) in Relation to Focus Parametric Variation Evident in Focalisation and Wh-fronted Questions. Grammatical Analyses of African Languages. Vol. 28. Sous la direction de Wilhelm J. G. Möhlig et Bernd Heine. Cologne : Rüdiger Köppe Verlag. [Date de consultation : 1er févr. 2012]

Heath Evangelical Church. S.d. Janice Spreda. « The Metta Story ». [Date de consultation : 24 janv. 2012]

Meta’ Cultural Development Association, USA Branch (MECUDA-USA.). S.d. « Home ». [Date de consultation : 31 janv. 2012]

Professeur d’anthropologie, Carleton College, Northfield, Minnesota. 26 janvier 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

Professeur émérite d’anthropologie, University College London (UCL). 3 février 2012. Communication écrite envoyée à la Direction des recherches.

Autres sources consultées

Sources orales : Les personnes suivantes n’ont pas été en mesure de fournir des renseignements : un professeur d’anthropologie, Amsterdam School for Social Research; un sociologue du développement à la retraite, Bielefeld University; et un chercheur du GIGA Institute of African Affairs. Les tentatives faites pour joindre les personnes suivantes ont été infructueuses : un professeur d’anthropologie, anciennement à l’Université de Yaoundé; le directeur du Centre national de la recherche scientifique, en France; et un professeur d’histoire, Humboldt University. Un professeur de politique comparée et d’études du développement, University of Toronto; et des représentants de l’African Studies Association, aux États-Unis, et de l’African Studies Association of the United Kingdom n’ont pas répondu à une demande de renseignements dans les délais voulus.

Sites Internet, y compris : Africa Confidential; Africa Knowledge Project; Africa Research Bulletin; African Studies Association; African Studies Association of the UK; African Studies Center, University of Pennsylvania; Cameroon News; Cameroon Tribune; Cameroon Web News; Cameroun Actualité; Cameroun-online.com; European Country of Origin Information Network; Factiva, Heinrich Böll Foundation; Ireland Refugee Documentation Centre; Jeune Afrique; Nations Unies – Refworld, Réseaux d’information régionaux intégrés; Royaume-Uni – Home Office; United States Department of State.