South Sudan: Reports of forcible recruitment and military conscription by the government and armed groups (2014- December 2015) [SSD105374.E]

Soudan du Sud : information sur les cas signalés de recrutement et de conscription militaire forcés par le gouvernement et les groupes armés (2014-décembre 2015)

Direction des recherches, Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada, Ottawa

1. Aperçu

Selon des sources, il y a un conflit en cours au Soudan du Sud entre le gouvernement, dirigé par le président Salva Kiir, et le Mouvement populaire de libération du Soudan dans l’opposition (Sudan People's Liberation Movement in opposition – SPLM/IO), dirigé par l’ancien vice-président Riek Machar (AI 26 août 2015; BBC 1er mars 2015). Selon Al Jazeera, il s’agit d’un [traduction] « conflit de pouvoirs » entre Salva Kiir et Riek Machar, et ce conflit « suit essentiellement les démarcations ethniques »; Salva Kiir fait partie du groupe ethnique des Dinka, tandis que Riek Machar fait partie du groupe ethnique des Nuers (19 juill. 2014). Des sources précisent que la guerre civile a débuté en décembre 2013 (AP 28 oct. 2015; Al-Araby 25 juin 2015). Selon Amnesty International (AI),

[version française d’AI]

les deux parties au conflit ont perpétré des violations du droit international humanitaire et des violations flagrantes des droits fondamentaux, notamment des massacres, des viols et d’autres formes de violence sexuelle, des enlèvement[s] et le recrutement d’enfants soldats au sein de leurs forces, des pillages et des incendies d’infrastructures civiles, et ont entravé l’accès à l’aide humanitaire (AI 26 août 2015).

De même, on peut lire dans un rapport de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) publié en juin 2015 que tant le gouvernement que les forces rebelles n’ont pas protégé adéquatement les civils pris dans le conflit, et qu’il y a eu un regain, [traduction] « marqué par des allégations de massacres, de viols, d’enlèvements, de pillage, d’incendies criminels et de déplacements », ainsi « [qu’]un degré sans précédent de brutalité et d’intensité, notamment la perpétration d’actes horribles, comme des personnes brûlées vives dans leur logis » (Nations Unies 29 juin 2015, 6). On peut lire dans un article de la BBC publié en mars 2015 qu’en raison du conflit, environ 1,5 million de personnes ont été déplacées et 2,5 millions sont confrontées à une pénurie alimentaire (BBC 1er mars 2015). Selon un rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies publié en novembre 2015, plus de 2,3 millions de personnes ont été déplacées et 3,9 millions (34 p. 100 de la population) sont [version française des Nations Unies] « dans une situation d’insécurité alimentaire et nutritionnelle grave » (Nations Unies 23 nov. 2015, 5-6).

2. Recrutement forcé
2.1 Soldats adultes

Selon l’UNICEF, lors d’une descente de milice à Djouba et dans l’État du Haut-Nil les 15 et 16 février 2015, des hommes adultes civils ont été recrutés de force par la milice shilluk, une milice dirigée par Johnson Oloni et alignée sur les forces de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) (Nations Unies 28 févr. 2015). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements allant dans le même sens.

Lors d’une visite à Malakal en janvier 2015, Human Rights Watch a recueilli des récits de recrutement forcé, concernant notamment de jeunes adultes recrutés de force (16 févr. 2015). La même source signale que, près de la base des Nations Unies à Malakal, où 20 000 réfugiés se trouvaient à ce moment-là, de nombreux témoins ont [traduction] « vu des groupes d’hommes armés et non armés, certains en uniforme, recruter de force des adultes et des enfants à l’entrée de la base, qui est aussi une zone de marché animée, à la fin décembre 2014 et en janvier 2015 » (ibid.). Cette même source cite l’exemple d’un jeune homme qui a déclaré [traduction] « avoir été saisi et jeté dans un camion » avec des enfants, puis amené dans la zone de combat de Koka, où ils ont reçu des uniformes et des armes et où « on leur a ordonné presque immédiatement de combattre » (ibid.). Des personnes déplacées arrivant au site de protection de Bentiu en provenance du centre et du sud de l’État de l’Unité ont aussi signalé à la MINUSS des cas de recrutement forcé, y compris d’enfants (Nations Unies 23 nov. 2015, paragr. 37). Selon les Country Reports on Human Rights Practices for 2014 publiés par le Département d’État des États-Unis, il y a eu des cas de recrutement forcé, y compris d’enfants, dans les camps de réfugiés des États de l’Unité et du Haut-Nil (É.-U. 25 juin 2015, 32). Parmi les sources qu’elle a consultées dans les délais fixés, la Direction des recherches n’a pas trouvé d’autres renseignements au sujet du recrutement forcé d’adultes.

2.2 Enfants-soldats

Selon des sources, tant le gouvernement soudanais que les forces rebelles recrutent de force des enfants-soldats (Ethical Traveler 5 mars 2015; Human Rights Watch 16 févr. 2015; Enough Project 10 oct. 2014). Selon le directeur pour l’Afrique de Human Rights Watch, [traduction] « [à] Malakal, les forces du gouvernement s’emparent d’enfants à l’entrée même du campement des Nations Unies » (Human Rights Watch 16 févr. 2015). Au cours de sa visite à Malakal en janvier 2015, Human Rights Watch a consigné 25 récits de recrutement d’enfants, tant volontaire que forcé, dans la région (ibid.). Ces récits comprennent le cas d’enfants de 13 ans qui ont été [traduction] « emmenés » par les recruteurs ou l’armée tandis qu’ils se promenaient dans la ville (ibid.).

Enough Project, une organisation établie à Washington qui a pour mission [traduction] « d’établir des conséquences réelles pour les auteurs et les facilitateurs de génocides et d’autres atrocités de masse » (Enough Project s.d.), a cité les paroles du secrétaire général du SPLM qui a déclaré dans un discours que, [traduction] « [m]anifestement, les jeunes alimentent la guerre, mais il en sont aussi les principales victimes […] plus de 90 p. 100 de ceux qui se battent et meurent au front sont des jeunes » (Enough Project 13 oct. 2014). Deutsche Welle (DW), une importante publication de nouvelles allemande, cite un porte-parole de l’UNICEF qui a dit que [traduction] « [l]es enfants dans les États les plus touchés par la guerre civile - Unité, Haut-Nil et Jonglei - sont fortement à risque », et qu’il y a des signes que « le recrutement d’enfants s’intensifie » (DW 2 juill. 2015). D’après l’UNICEF, au Soudan du Sud, jusqu’à 16 000 enfants sont affiliés aux forces armées (Nations Unies 27 nov. 2015). La BBC cite les paroles de travailleurs humanitaires internationaux selon lesquels le nombre de 11 000 enfants-soldats au Soudan du Sud avancé par l’UNICEF en 2014 [traduction] « semblerait être considérablement sous-évalué » (BBC 27 oct. 2014). La même source précise que, selon l’UNICEF, 70 p. 100 des enfants-soldats se battent aux côtés des groupes rebelles (ibid.). Selon les Country Reports 2014, les jeunes sont la principale force de combat de certains groupes rebelles, comme l’Armée blanche (É.-U. 25 juin 2015, 22).

Des sources font état des cas précis suivants de recrutement forcé d’enfants dans les forces armées :

  • D’après Al Jazeera, en janvier 2014, un jeune a déclaré que des forces rebelles ont fait irruption dans son école à Bentiu et l’ont recruté de force, ainsi que 300 autres élèves (Al Jazeera 19 juill. 2014);
  • La BBC a signalé qu’en mai 2014, les forces rebelles ont entouré une école et ont recruté de force quelque 100 élèves (BBC 27 oct. 2014);
  • Des sources affirment qu’en juin 2014, le [traduction] « gouverneur intérimaire militaire » de l’État des Lacs a donné l’ordre de recruter de force des enfants-soldats dans la région (É.-U. 25 juin 2015, 22; Enough Project 10 oct. 2014);
  • D’après l’UNICEF, en février 2015, [traduction] « des centaines » d’enfants ont été recrutés de force à Juba et dans l’État du Haut-Nil par la milice shilluk, un groupe dirigé par Johnson Oloni et aligné sur les forces de l’APLS du gouvernement (Nations Unies 28 févr. 2015);
  • Selon Al-Araby, un site Internet de nouvelles et d’actualités dans le monde arabe (Al-Araby s.d.), l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Intergovernmental Authority on Development - IGAD [1]) a déclaré, en juin 2015, que les troupes rebelles avaient enlevé environ 500 à 1 000 enfants de 13 à 17 ans dans l’État du Haut-Nil (Al-Araby 25 juin 2015). La même source signale que des centaines de jeunes ont été emmenés lors de perquisitions de maison en maison dans les villages de Kodok et de Wau Shilluk dans le Nord (ibid.).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais fixés. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile. Veuillez trouver ci-dessous les sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Note

[1] L’IGAD est un organe intergouvernemental créé en 1996 dont les membres sont Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, la Somalie, le Soudan, l’Ouganda et l’Érythrée (IGAD s.d.a). L’IGAD a établi un processus de médiation, de surveillance et de vérification en réaction à la crise au Soudan du Sud (ibid. s.d.b).

Références

Al-Araby. 25 juin 2015. « Hundreds More Children Forced to Fight in South Sudan ». [Date de consultation : 7 déc. 2015]

_____. S.d. « About Us ». [Date de consultation : 7 déc. 2015]

Al Jazeera. 19 juillet 2014. Klaas van Dijken. « The Child Soldiers of South Sudan ». [Date de consultation : 18 déc. 2015]

Amnesty International (AI). 26 août 2015. « South Sudan: Warring Parties Must Fully Commit to Ensuring Accountability for Atrocities ». [Date de consultation : 1er déc. 2015]

Associated Press (AP). 28 octobre 2015. « South Sudan Mass Killings, Forced Cannibalism, Cited by African Union Report ». [Date de consultation : 2 déc. 2015]

British Broadcasting Corporation (BBC). 27 octobre 2015. Tom Burridge. « Child Soldiers Still Being Recruited in South Sudan ». [Date de consultation : 2 déc. 2015]

_____. 1er mars 2015. « Many South Sudan Boys 'Kidnapped to be Child Soldiers' ». [Date de consultation : 2 déc. 2015]

Deutsche Welle (DW). 2 juillet 2015. Susan Houlton. « UN to Send Human Rights Monitors to South Sudan ». [Date de consultation : 2 déc. 2015]

Enough Project. 10 octobre 2014. « Caught in the Crossfire: Child Soldiers in South Sudan Have Few Alternatives ». [Date de consultation : 2 déc. 2015]

_____. S.d. « About Us ». [Date de consultation : 2 déc. 2015]

États-Unis (É.-U.). 25 juin 2015. Department of State. « South Sudan ». Country Reports on Human Rights Practices for 2014. [Date de consultation : 7 déc. 2015]

Ethical Traveler. 5 mars 2015. Tucker Ballister. « South Sudan- Recruitment of Child Soldiers Still an Issue ». [Date de consultation : 1er déc. 2015]

Human Rights Watch. 16 février 2015. South Sudan: Government Forces Recruiting Child Soldiers. [Date de consultation : 7 déc. 2015]

Intergovernmental Authority on Development (IGAD). S.d.a. « About Us-History ». [Date de consultation : 18 déc. 2015]

_____. S.d.b. Office of the IGAD Special Envoys for South Sudan. « Frequently Asked Questions ». [Date de consultation : 18 déc. 2015]

Nations Unies. 27 novembre 2015. Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). « UNICEF Advocate Ishmael Beah Witnesses Impact of Conflict on Children in South Sudan ». [Date de consultation : 7 déc. 2015]

_____. 23 novembre 2015. Conseil de sécurité. Report of the Secretary-General on South Sudan (Covering the Period from 20 août to 9 novembre 2015). [Date de consultation : 7 déc. 2015]

_____. 29 juin 2015. Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS). Flash Human Rights Report on the Escalation of Fighting in Greater Upper Nile, avril/mai 2015. [Date de consultation : 7 déc. 2015]

_____. 28 février 2015. Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). « Children Seized from South Sudan School Not Released Yet ». [Date de consultation : 7 déc. 2015]

Autres sources consultées

Sources orales : ADRA – Soudan du Sud; International Institute of Rural Reconstruction; Plan International South Sudan; professeur adjoint de géographie, University of Nipissing; professeur agrégé d’études des femmes et du genre, University of Massachusetts Boston; professeur de travail social, York University.

Sites Internet, y compris : Africa Confidential; Africa Research Bulletin; African Union; Agence France-Presse; Al Jazeera; AllAfrica.com; ecoi.net; États-Unis – Central Intelligence Agency; Factiva; Freedom House; The Globe and Mail; INTERPOL; IRIN; Nations Unies – Haut Commissariat pour les réfugiés, Refworld; The New York Times; Reuters; The Sudan Tribune; The Washington Post.