Document #1241752
IRB – Immigration and Refugee Board of Canada (Author)
Les Gardiens du Cèdre (Hiras Al-Arz) (MEIB janv. 2003) constituent un parti politique libanais fondé en 1975 par Étienne Sacre (aussi connu sous le « nom de guerre » d'Abu Arz) (ibid.; CLHRF 3 sept. 2003). Vingt-huit ans plus tard, ce dernier se trouve toujours à la tête de l'organisation (ibid.) ainsi qu'à la tête du Front libanais (WLO 5 janv. 1998). Actuellement, Étienne Sacre réside en Israël, où il s'est réfugié après le retrait des troupes israéliennes du Liban (AFP 23 août 2001).
Bien que le journaliste Habib Younès ait affirmé la dissolution du parti des Gardiens du Cèdre en 1990 (L'Orient-Le Jour 2 déc. 2002), d'autres sources indiquent que le mouvement existe toujours (ibid. 27 déc. 2001; CLHRF 3 sept. 2003). Aujourd'hui, le parti des Gardiens du Cèdre est le seul parti d'opposition au Liban qui n'a pas le droit à aucune activité publique (MEIB janv. 2003).
Aucune information portant sur la structure ou la procédure d'adhésion des Gardiens du Cèdre n'a pu être trouvée parmi les sources consultées par la Direction des recherches dans les délais prescrits pour la réponse à cette demande d'information.
Bien qu'Étienne Sacre n'ait pas voulu révéler la taille de son parti politique (AFP 3 mai 2000), on estime que le groupe comptait environ 500 hommes à la fin des années 1980 (États-Unis déc. 1987).
En septembre 2003, Étienne Sacre a exprimé l'idéologie de son parti lors d'une entrevue avec le Lebanese-Canadian Coordinating Council (LCCC) (CLHRF 3 sept. 2003). Selon lui, les Gardiens du Cèdre constituent un mouvement laïc qui croit que le peuple libanais est une nation unique dans le monde avec 7 000 ans d'histoire continue (ibid.). Il croit que le Liban devrait évincer les étrangers qui y résident, notamment les Palestiniens et les Syriens (ibid.). Alors qu'il veut créer une armée qui croit en Dieu et au Liban, Sacre veut que l'État reste laïc, sans les divisions religieuses qui caractérisent le pays actuellement (ibid.). Il vise aussi la réorganisation de la diaspora libanaise pour la rendre plus influente, ainsi que la signature de traités de paix avec Israël et les voisins arabes du Liban (ibid.).
Étant donné qu'Étienne Sacre considère le Liban comme une civilisation qui n'a rien à voir avec le monde arabe (Maaloufova févr. 2001), il préconise l'adoption du [traduction] « libanais » comme langue officielle de l'État et le retrait du Liban de la Ligue arabe (CLHRF 3 sept. 2003). Sacre n'est pas d'accord avec l'accord de Taëf, qu'il voit comme le fruit de deux entités non-libanaises (ibid.). Il est de l'avis que [traduction] « l'occupation syrienne » de son pays donne du pouvoir aux organismes [traduction] « terroristes et intégristes » (ibid.). Lors d'un congrès organisé à Washington pour éclairer « la situation actuelle des "chrétiens au Liban" », Étienne Sacre a communiqué son rêve de libérer le Liban de l'occupation syrienne (L'Orient-Le Jour 2 sept. 1998). Bref, pour les Gardiens du Cèdre, « la Syrie est l'ennemi et l'arabisme est colonialisme » (WLO 5 janv. 1998).
Étienne Sacre a déclaré que tous les Palestiniens devraient être chassés du Liban et envoyés en Syrie (MEIB janv. 2003). Avant le retrait des Israéliens, il avait proposé une zone autonome au sud du Liban qui aurait été protégée par une milice fondée sur le modèle de l'Armée du Liban Sud (ALS) (ibid.; Jerusalem Post 10 juin 1999; MEIB févr. 2000), en attendant que les troupes syriennes quittent le pays (ibid.). Israël et l'ALS ont refusé de participer à une telle [traduction] « offensive » (ibid. janv. 2003).
Tandis que certains accusent les Gardiens du Cèdre de constituer un parti chrétien extrémiste de droite, les membres du parti répondent qu'ils revendiquent un État laïc où toutes les religions seraient traitées avec égalité (Gardiens du Cèdre s.d.). Les Gardiens du Cèdre disent compter parmi leurs membres une petite minorité de musulmans (MEIB janv. 2003)
Néanmoins, une source consultée considère que les Gardiens du Cèdre forment une milice maronite extrémiste, en citant leur coopération avec le parti des Phalanges durant la guerre civile (États-Unis déc. 1987). Les Gardiens sont vus comme un [traduction] « groupe radical chrétien anti-palestinien et anti-syrien » (AFP 3 mai 2000) et en même temps « un groupuscule chrétien pro-israélien » (ibid. 2 juin 2000).
Un article du Monde diplomatique révèle l'importance des Gardiens du Cèdre au sein de l'ALS (nov. 1999). Au début de la guerre civile libanaise (qui a commencé en 1975), environ 400 soldats dissidents soutenus par le ministre israélien de la Défense, Shimon Pérès, se sont unis « avec 300 miliciens phalangistes et membres des Gardiens du Cèdre pour former l'Armée du Liban libre, l'ancêtre de l'actuelle ALS » (Le Monde diplomatique nov. 1999).
Selon l'association Chrétiens et Juifs pour un enseignement de l'estime (CJE), une organisation à but non-lucratif basée en Belgique qui vise la sensibilisation aux questions touchant le monde juif et chrétien, les Phalanges et les Gardiens du Cèdre ont participé, avec l'aide d'autres groupes, à la destruction de quelques camps palestiniens en 1976 où des centaines de Palestiniens sont morts (s.d.).
Depuis le retrait de l'armée israélienne du sud du Liban en mai 2000, les Gardiens du Cèdre ont dû limiter leurs activités aux sphères politiques et diplomatiques, toujours dans le but ultime de [traduction] « libérer le Liban de l'hégémonie syrienne et de ses agents locaux » (CLHRF 3 sept. 2003). Les Gardiens du Cèdre continuent de réclamer l'expulsion des Palestiniens et ont lutté contre la présence politique syrienne au Liban jusqu'à ce que les Forces libanaises chrétiennes, dont ils faisaient partie, ont été officiellement dissoutes en 1993 (AFP 3 mai 2000). Toutefois, les Gardiens du Cèdre ont promis de continuer la lutte au sud du Liban après le retrait israélien, notamment contre le Hezbollah et les troupes syriennes (ibid.).
En mai 2001, Étienne Sacre a rencontré Claudia Hajjar, Joseph Tok, Oussama Ayoub et Habib Younès à Chypre afin de planifier la réinstallation des Gardiens du Cèdre et de collaborer avec les mouvements antisyriens au Liban (L'Orient-Le Jour 11 déc. 2001).
Les autorités libanaises ont [traduction] « constamment réprimé » les Gardiens du Cèdre depuis la [traduction] « conquête » syrienne de 1990 (MEIB janv. 2003). Ceux qui s'identifient comme membres des Gardiens du Cèdre, et même ceux qui ont rencontré Étienne Sacre, risqueraient de subir des agressions de la part des autorités ou des condamnations allant jusqu'à la peine de mort (ibid.). Selon Amnesty International (AI), plusieurs anciens membres des Gardiens du Cèdre ont été arrêtés par les forces de sécurité libanaises, et certains d'entres eux ont subi des procès judiciaires injustes selon les normes internationales (1998).
En novembre 1993, Samir Nasr, un présumé partisan des Gardiens du Cèdre et d'Israël, a été détenu au ministère de la Défense (AI 1994). Il dit avoir été battu et menacé (ibid.).
En 1997, sept personnes (la plupart des membres des Gardiens du Cèdre) ont été condamnées à des peines allant de un à quinze ans d'emprisonnement par le tribunal militaire de Beyrouth pour avoir collaboré avec Israël (ibid. 1998). La majorité de ces personnes ont admis avoir été battues et forcées de passer aux aveux, sans qu'aucune enquête indépendante n'ait eu lieu (ibid.).
Reporters sans frontières (RSF) a signalé la condamnation à trois ans d'emprisonnement d'un journaliste nommé Pierre Atallah, en partie pour ses entrevues avec Étienne Sacre (2 juin 1997). Ce dernier aurait été battu par des agents de sécurité habillés en civil (MEIB janv. 2003). Selon les autorités libanaises, Atallah avait « tenté de publier dans le journal un tract incitant au conflit entre les membres de la nation ainsi que des déclarations portant atteinte aux relations entre le Liban et un pays frère [la Syrie] » (RSF 2 juin 1997).
En juin 2000, le tribunal militaire de Beyrouth a délivré des mandats d'arrestation contre 379 ex-miliciens de l'ALS pour collaboration avec Israël (AFP 2 juin 2000). Près de 6 500 ex-miliciens de l'ALS et membres de leurs familles ont trouvé refuge en Israël pour fuir les représailles des autorités libanaises (ibid.). Étienne Sacre a été accusé de « contacts avec l'ennemi israélien, d'entrée illicite sur son territoire, de formation d'une association pour nuire à l'autorité et au prestige de l'État, de porter atteinte à ses relations avec un État frère et de fournir des informations à l'ennemi israélien » (L'Orient-Le Jour 11 déc. 2001). Le chef des Gardiens du Cèdre avait originalement été condamné à la peine de mort par contumace (AFP 23 août 2001), mais on a ensuite commué sa peine en 15 ans d'emprisonnement (ibid. 2 juin 2000). Sacre a aussi été dépouillé de ses droits civiques au Liban (Cedarwatch 13 avr. 2002; AFP 16 avr. 2002).
Amnesty International a demandé aux autorités libanaises d'enquêter sur les accusations de torture et d'aveux forcés des militants chrétiens anti-syriens (ibid.).
Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.
Références
Agence France-Presse (AFP). 16 avril
2002. « Des militants chrétiens anti-syriens vont
être jugés en appel ». (Courrier AFP)
_____. 23 août 2001. «
Poursuivis pour liens avec Israël, 2 journalistes libanais
risquent la mort ». (Courrier AFP)
_____. 2 juin 2000. « Mandats
d'arrêt contre 379 ex-miliciens pro-israéliens
». (Courrier AFP)
_____. 3 mai 2000. « Radical
Lebanese Christian Group to Stay on Fighting After Israeli Pullback
». (Dialog)
Amnesty International (AI), Londres.
1998. « Lebanon ». Amnesty International Report
1998. http://www.amnesty.org/ailib/aireport/ar98/mde18.htm
[Date de consultation : 11 déc. 2003]
_____. 1994. « Lebanon ».
Amnesty International Report 1994. http://www.unhcr.ch [Date de consultation
: 11 déc. 2003]
Canadian Lebanese Human Rights
Federation (CLHRF). 3 septembre 2003. « Interview with the
Leader of the Guardians of the Cedars Party ». http://www.clhrf.com/guardians/abuarz4.9.03.htm
[Date de consultation : 11 déc. 2003]
Cedarwatch, Human Rights for Lebanon,
Sydney. 13 avril 2002. « Lebanon: Vacuum of the Vanquished
». http://www.lebanese-forces.org/hr/Reports/Stanton04.13.02.htm
[Date de consultation : 15 déc. 2003]
Chrétiens et Juifs pour un
enseignement de l'estime (CJE), Chastre, Belgique. S.d. «
Sabra et Chatila replacés dans le contexte de
l'époque ». http://www.chretiens-et-juifs.org/article.php?voir%5B%5D=571&voir%5B%5D=7187
[Date de consultation : 15 déc. 2003]
États-Unis. Décembre 1987.
Bibliothèque du Congrès, Division de la recherche
fédérale. « Appendix B - Lebanon ».
Lebanon: A Country Study. http://memory.loc.gov/frd/cs/Lebanon/lb_appnb.html
[Date de consultation : 15 déc. 2003]
Gardiens du Cèdre. S.d. «
Smear Campaign Targeting the Guardians of the Cedars ». http://www.gotc-se.org/statements/Smear_campaign.html
[Date de consultation : 11 déc. 2003]
The Jerusalem Post
[Jérusalem]. 10 juin 1999. « Christians Propose
Autonomy for Security Zone ». http://www.jpost.com/com/Archive/10.Jun.1999/News/Article-6.html
[Date de consultation : 15 déc. 2003]
Maaloufova, Beatrice. Février
2001. The Republic of Lebanon After Taif: An Analysis of Four
Scenarios on the Emergence of a New Lebanon. http://www.vuw.ac.nz/atp/articles/maaloufova_0105.html
[Date de consultation : 15 déc. 2003]
Middle East Intelligence
Bulletin (MEIB) [New York]. Janvier 2003. Vol. 5, no 1.
Mordechai Nisan. « Dossier: Étienne Saqr (Abu
Arz)-Head of the Guardians of the Cedars ». http://www.meib.org/articles/0301_ld.htm
[Date de consultation : 15 déc. 2003]
_____. Février 2000.
Vol. 2, no 2. Gary C. Gambill. « Assassination of Akl Hashem
May Presage Demise of SLA ». http://www.meib.org/articles/0002_l1.htm
[Date de consultation : 15 déc. 2003]
Le Monde diplomatique [Paris].
Novembre 1999. Walid Charara et Marina da Silva. «
Résistance obstinée au Liban Sud ». http://www.monde-diplomatique.fr/1999/11/CHARARA/12643
[Date de consultation : 11 déc. 2003]
L'Orient-Le Jour [Beyrouth]. 2
décembre 2002. Michel Hajji Georgiou. « Interview -
Libéré après 15 mois de détention, le
journaliste "d'al-Hayat" reste rongé par un profond
sentiment d'injustice ». http://www.lorient-le-jour.com.lb
[Date de consultation : 2 déc. 2002]
_____. 27 décembre 2001. «
Justice - Plusieurs inculpés ne sont pas
présentés au tribunal militaire : les procès
Hindi, Bassil et Younès reportés à
février 2002 ». http://www.lorient-le-jour.com.lb
[Date de consultation : 27 déc. 2001]
_____. 11 décembre 2001. «
Justice - Publication d'un deuxième acte d'accusation dans
l'affaire des contacts présumés avec Israël :
peines de mort requises contre Habib Younès, Antoine Bassil,
Étienne Sacre et Antoine Saba ». http://www.lorient-le-jour.com.lb
[Date de consultation : 11 déc. 2001]
_____. 2 septembre 1998.
« Congrès à Washington sur la situation des
chrétiens du Liban ». http://www.wlo-usa.org/FR/Actualites/OJ_Congres_OLM_9_2_98.html
[Date de consultation : 11 déc. 2003]
Reporters sans frontières (RSF),
Paris. 2 juin 1997. La Lettre de reporters sans
frontières. No 106. « Un juge d'instruction
militaire requiert trois ans de prison contre Pierre Atallah...
». http://www.calvacom.fr/rsf/ [Date
de consultation : 4 juin 1997]
World Lebanese Organization (WLO), New
York. 5 janvier 1998. « Dans deux déclarations
qualifiées "d'invraisemblables" par les nationalistes, Aoun
prône la "compréhension" avec la Syrie et
l'adhésion à "l'arabisme"! ». http://www.wlo-usa.org/FR/Actualites/Aoun_1_5_98.html
[Date de consultation : 11 déc. 2003]
Autres sources consultées
Bases de données de la CISR
Dialog
The Europa World Year Book 2003
Extremist Groups 2002
Quid 2003
Sites Internet, y compris :
Agence américaine pour le
développement international
Ananova
BBC
CNN
Département d'État des
États-Unis
Freedom House
Haut Commissariat des Nations Unies aux
droits de l'homme
Human Rights Internet (HRI)
Human Rights Watch (HRW)
Lebanese-Canadian Coordinating Council
(LCCC)
Le Monde