Treatment of Carpatho-Rusyns by authorities and society; state protection [UKR42354.E]

La communauté rusyne est située dans la région transcarpatique (Zakarpats'kia) de l'Ukraine auparavant appelée Russie subcarpatique (Pidkarpatska Rus) (CER 20 nov. 2000). La minorité est désignée sous de nombreux noms : ruthénienne, carpatique, carpatho-rusyne (Ethnologue 2000), carpatho-russe, carpatho-ukrainienne, rusnak, ruthène et uhro-rusyne; toutefois, selon le Centre international des médias rusyns (Rusyn International Media Center?RIMC) [traduction] « l'appellation la plus appropriée est Carpatho-Rusyn ou simplement Rusyn » (2003a, 2). L'Ukraine héberge aussi une petite communauté de Rusyns Lemkos originaires de la région de Lemko en Pologne (RIMC 2003a, 1).

Données démographiques

Le groupe est reconnu comme une minorité en Serbie-Monténégro, en Croatie, en Hongrie, en Roumanie, en Pologne et en Slovaquie, mais non en Ukraine (CER 20 nov. 2000). Lors de la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, le 6 juin 2003, l'Ukraine n'a pas inclus le rusyn parmi les 13 langues désignées (ITAR-TASS 6 juin 2003).

Selon le chercheur ukrainien Taras Kuzio, il n'existe aucun renseignement statistique officiel sur la densité de la population rusyne en Ukraine, et le recensement ukrainien de 2001 ne donnait pas aux citoyens le choix de se réclamer d'identité ethnique rusyne (RFE/RL 14 janv. 2003). Une étude des résultats du recensement ukrainien réalisée en 2003 par le Centre d'études des pays de l'Est (Center for Eastern Studies?CES) de Varsovie n'a pas mentionné la nationalité ou la langue officielle rusyne dans les estimations de la population (CES 9 janv. 2003). Selon les représentants de la diaspora rusyne des États-Unis, ceux qui ont effectué le recensement ukrainien ont reçu l'ordre de ne pas accepter (RONA 23 août 2003, 7), voire de décourager la déclaration de la nationalité rusyne dans le recensement (The Washington Times 27 oct. 2003). Malgré cette allégation, depuis la publication du rapport du CES, deux organismes rusyns ont indiqué que les autorités ukrainiennes avaient reconnu avoir une population rusyne d'environ 10 000 personnes (RIMC 2003b; RONA 23 août 2003, 7).

Les estimations non officielles de la population rusyne de la région de la Transcarpathie situent celle-ci entre 600 000 et 800 000 personnes (Washington Times 27 oct. 2003; RIMC 2003a, 1; ibid. 2003b; ibid. 2003c, 1; UNPO s.d.; RFE/RL 14 janv. 2003; ibid. 28 juin 1999; CER 20 nov. 2000). La population officielle de la région en 2001 était de 1 258 000 personnes (Law 20 juin 2003); les Rusyns constitueraient donc le groupe ethnique dominant en Transcarpathie (CER 20 nov. 2000; RIMC 2003c). Selon les estimations du RIMC de 1990, les plus grandes concentrations de la minorité se trouvent dans les villes d'Užhorod (117 000 personnes) et de Mukacevo (86 000 personnes), alors que les populations des villes de Chust, Berehovo, Vynohradiv, Svaljava, Rachiv et Tjaciv se situent entre 10 000 et 35 000 personnes (RIMC 2003a, 2).

Le traitement

Les membres de la communauté rusyne prétendent que le gouvernement ukrainien mène une campagne délibérée d'assimilation forcée de leur minorité (RIMC 2003b; RONA 23 août 2003, 7). Dans sa lettre à l'éditeur parue dans The Washington Times, en 2003, Thomas A. Brenzovich, président de la section des États-Unis de la Carpatho-Rusyn Society, a qualifié les politiques ukrainiennes [traduction] « [d']effort [...] soutenu d'assimiler les Carpatho-Rusyns et de détruire leur patrimoine religieux, linguistique et culturel » (Washington Times 27 oct. 2003).

Selon les allégations des Rusyns, l'Ukraine agirait ainsi pour des motifs nationalistes ou financiers pour éviter, par exemple, de financer des programmes culturels (RONA 23 août 2003, 7; RIMC 2003b). Toutefois, Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) évoque des raisons d'ordre politique et cite d'autres problèmes au sein des nombreuses populations ethniques de l'Ukraine (11 janv. 2000). Elle affirme que le pays cherche à éviter [traduction] « [d']ouvr[ir] ce qui semble être une boîte de Pandore de réclamations de droits et de concessions de la part des minorités ethniques » (RFE/RL 11 janv. 2000). Le journaliste Brian J. Požun du Central Europe Review est arrivé aux mêmes conclusions en 2000 (CER 20 nov. 2000). Plusieurs sources font mention d'un document daté de 1996 publié pour le Comité d'État de l'Ukraine de la nationalité et de l'émigration (State Committee of Ukraine Dealing with Nationalities and Emigration) et intitulé [traduction] « Plan des mesures visant à résoudre les problèmes des Ukraino-Rusyns (ibid.; RIMC 2003b; RONA 23 août 2003, 7). Selon M. Požun, même si les mesures n'ont jamais été pleinement appliquées, [traduction] « des campagnes de propagande intitulées "les Rusyns sont des Ukrainiens" » ont été menées en Ukraine et dans les pays voisins de l'Europe de l'Est pour contrer les allégations des Rusyns (CER 20 nov. 2000). Parmi les plans énumérés dans ce document, selon deux traductions non officielles affichées dans les archives de la documentation rusyne des sites Internet Lemko.org et Legacyrus.org, le comité a proposé de parrainer une étude théorique visant à mettre en doute les prétentions des Rusyns (Lemko.org s.d., sect. 5-6; Legacyrus.org s.d., sect. 5-6). Le président du Comité parlementaire ukrainien des droits de l'homme et des minorités ethniques, Hennadiy Udovenko, a réitéré cette recommandation lors d'une entrevue avec le Kievskiye Vedomosti en 2000 (Kievskiye Vedomosti 14 juin 2000).

Parce que les Rusyns ne sont pas reconnus comme une minorité en Ukraine, ils ne sont pas officiellement différentiés de la population ukrainienne en général et n'ont accès à aucun droit additionnel (CER 20 nov. 2000). La langue rusyne est considérée comme un dialecte ukrainien [traduction] « arriéré » (ibid.) et la minorité rusyne, comme [traduction] « l'une des branches de la nation ukrainienne au même titre que les Hutsuls, les Boykos et les Lemkys » comme l'a allégué M. Udovenko en 2000 (Kievskiye Vedomosti 14 juin 2000). Par conséquent, le rusyn n'est pas enseigné dans les écoles et les médias de langue rusyne ne reçoivent aucun financement du gouvernement (CER 20 nov. 2000).

Jusqu'à leur suspension au début de janvier 2000 (RFE/RL 11 janv. 2000), les chefs rusyns locaux avaient formé un [traduction] « gouvernement provisoire de la république de Russie subcarpatique » dont le conseil national s'efforçait d'être reconnu comme un gouvernement autonome régional (UNPO s.d.; RIMC 2003a, 5). Political Parties of Eastern Europe fait aussi mention de la Société des Rusyns de Carpathie (Spilka Karpatskyh Rusyniv, SKR en ukrainien) qui a revendiqué l'autonomie dans les années 1990 (2002, 963). Le pouvoir de ces institutions était limité selon l'éditeur du bulletin Poland, Belarus, and Ukraine Report de RFE/RL, Jan Maksymiuk (11 janv. 2000). Celui-ci a déclaré en 2000 qu'elles n'avaient pas [traduction] « d'occasions de gouverner quoi que ce soit nulle part au sens politique » (RFE/RL 11 janv. 2000). M. Požun a aussi fait cette déclaration en 2000 (CER 20 nov. 2000) de même que M. Kuzio, en 2003 - celui-ci ayant fait valoir qu'aucun mouvement rusyn n'avait reçu d'appui marqué lors des élections régionales des années 1990 (RFE/RL 14 janv. 2003). De plus, M. Požun a fait remarquer que

[traduction]
[l]e fait que la Transcarpathie n'a pas vu d'intolérance ethnique ou d'importants mouvements nationalistes radicaux peut très bien être attribuable au fait que les Rusyns, en tant que groupe majoritaire de la région, s'enorgueillissent de leur « attitude pacifique rusyne [...] ».
La paix constitue l'une des principales valeurs de la conscience nationale rusyne, et au cours de la lutte pour la reconnaissance et l'autonomie, qui a duré dix ans, les Rusyns n'ont jamais essayé d'atteindre leurs buts par la violence (CER 20 nov. 2000).

Cette réponse a été préparée par la Direction des recherches à l'aide de renseignements puisés dans les sources qui sont à la disposition du public, et auxquelles la Direction des recherches a pu avoir accès dans les délais prescrits. Cette réponse n'apporte pas, ni ne prétend apporter, de preuves concluantes quant au fondement d'une demande d'asile ou de statut de réfugié. Veuillez trouver ci-dessous la liste des autres sources consultées pour la réponse à cette demande d'information.

Références


Central Europe Review (CER) [Budapest]. 20 novembre 2000. Vol. 2, no 40. Brian J. Požun. « Multi-Ethnic Outpost ». http://www.ce-review.org/00/40/pozun40.html [Date de consultation : 23 janv. 2004]

Centre for Eastern Studies (CES) [Varsovie]. 9 janvier 2003. Tadeusz A. Olszanski. « Results of the 2001 Census in Ukraine ». http://www.osw.waw.pl/en/epub/ekoment/2003/01/030109.htm [Date de consultation : 20 janv. 2004]

Ethnologue: Languages of the World. 2000. 14e édition. « RUSYN: A Language of Ukraine ». http://www. ethnologue.com/show_language.asp?code=RUE [Date de consultation : 22 janv. 2004]

ITAR-TASS [Moscou]. 6 juin 2003. « Ukrainian President Endorses European Charter for Minority Languages ». (FBIS-SOV-2003-0606 9 juin 2003/Dialog)

Kievskiye Vedomosti [Kiev, en ukrainien]. 14 juin 2000. « Ukraine: Parliamentary Committee Chairman Interviewed on Interethnic Relations ». (BBC Monitoring 16 juin 2000 /Dialog)

Law, Gwillim. 20 juin 2002. « Regions of Ukraine ». Administrative Divisions of Countries (" Statoids "). http://www.statoids.com/uua.html [Date de consultation : 15 oct. 2003]

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Lemko.org [Washington]. S.d. « A Plan of Measures in Respect to Resolving Problems of Ukrainians-Rusyns ». Traduction de W. Maksimovich. http://www.lemko.org/rusyn/kurasen.htm [Date de consultation : 26 janv. 2004]

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_____. 11 janvier 2000. Poland, Belarus, and Ukraine Report. Vol. 2, no 2. Jan Maksymiuk. « Has "Political Rusynism" Ended? » http://www.rferl.org/reports/pbureport/2000/01/2-110100.asp [Date de consultation : 23 janv. 2004]

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Unrepresented Nations and Peoples Organization (UNPO). S.d. « Members: Rusyn ». http://www.unpo.org/members/rusyn.htm [Date de consultation : 23 janv. 2004]

The Washington Times. 27 octobre 2003. T.A. Brenzovich. « The Need to Acknowledge Rusyns ». Lettre à l'éditeur. (Dialog)

Autres sources consultées


Sites Internet, y compris :

Balch Institute for Ethnic Studies

Carpatho-Rusyn Knowledge Base

Dialog

Catholic Encyclopedia (New Advent)

Canadian Institute of Ukrainian Studies

Carpatho-Rusyn Society (Pittsburgh)

Encyclopedia of Ukraine (en ligne)

European Centre for Minority Issues

Journal of Ukrainian Studies

The New Rusyn Times [Pittsburgh]